La coupe du monde de football au Qatar n’a pas fini de nous épater. En effet, avec la défaite de grosses pointures telles le Brésil, l’Argentine, le Portugal, la Belgique, l’Espagne, la France face au Cameroun, à l’Arabie saoudite, à la Corée du Sud, au Maroc, au Japon, à la Tunisie respectivement lors de la phase de poules, désormais la ligne de démarcation entre grandes et petites équipes devient de plus en plus imperceptible. D’ailleurs, l’organisation de ce rendez-vous quadriennal considéré comme la plus prestigieuse des compétitions
sportives planétaires est d’ordinaire réservée aux pays déjà dotés de structures adéquates (stades, hôtels, restauration, divertissement, transport, sécurité, etc) et adaptés à des rassemblements si massifs et festifs. Mais ce richissime émirat, petit État du Golfe persique de moins de 3 millions d’habitants comprenant plus de 80% d’étrangers, a dépensé une fortune – l’on évoque des sommes astronomiques d’environ 220 milliards de dollars – et tiré toutes les ficelles de son influence internationale pour démontrer que ce privilège n’appartient pas qu’aux élites mais à tout le monde.
C’est pourquoi, aucune coupe du monde n’a suscité tant de polémiques et controverses, pas même celle disputée en 1978 dans l’Argentine de la dictature militaire d’Augusto Pinochet qui, pour la petite histoire, avait renversé le président socialiste, Salvador Allende, 5 ans auparavant. Par conséquent, d’innombrables accusations ont été proférées à l’égard du Qatar : corruption et achats de voix à la Fédération internationale de football – soulignons, à propos, que parmi les pays qui avaient en 2010 soutenu la candidature qatarie, se trouve, en premier lieu, la France – ; exploitation des ouvriers étrangers dont de nombreux ont effectivement laissé leur vie sur les différents chantiers, l’on avance même le chiffre de 6,500 ; transgression des droits humains, particulièrement ceux des LGBT+ ; facture élevée de l’empreinte carbone associée, entre autres, au système de climatisation des stades, à la diffusion de l’événement, au nombre de vols pour le transport des logistiques, équipes et supporters. Même les boycotts politiques, tributaires de la guerre froide, des Jeux olympiques de Moscou de 1980 et, réciproquement, ceux de Los Angeles de 1984 n’avaient pas eu tant de résonance comparable à celle que l’on assiste aujourd’hui.
Pourtant, Qatar avait organisé quelques compétitions sportives majeures ces dernières années : le championnat du monde de handball en 2015, les championnats du monde d’athlétisme en 2019 ou encore un grand prix de Formule 1 en 2021. Or, personne alors n’avait crié au scandale ou appelé au boycott. Cet appel aujourd’hui n’a quasiment connu aucune suite mis à part la non-retransmission sur écrans géants des matchs dans quelques villes françaises et le refus de couvrir l’événement par certaines publications. Mais quoi qu’il en soit, le Qatar a su relever le défi, une preuve de plus démontrant que là où existent les moyens et la volonté, tout est possible, même la modification des calendriers de la compétition qui, d’ordinaire, se déroule en juin / juillet à la fin des ligues nationales dans certains pays où la construction de 8 stades monumentaux appelés à très peu servir par la suite et dont un serait démonté, vendu et reconstruit dans un autre pays. Pour garantir la réussite du mondial, l’émirat serait même allé jusqu’à inviter des supporters étrangers, tous frais payés, pour assister aux matchs et assurer l’ambiance.
Cependant, il y a également à tenir en ligne de compte le contexte particulier dans lequel se déroule cette 22e coupe du monde, en contraste avec la précédente à Moscou. Car, à l’époque, il n’y avait ni inflations records, ni récessions, ni pandémie, ni crise énergétique, ni guerre, ni menace nucléaire.
En effet, face à la morosité ambiante, le monde avait tant besoin d’une bouffée d’oxygène, d’optimisme et d’espérance et le mondial tombe donc à point nommé, venant nous mettre du baume au coeur. Selon le président de la FIFA, Gianni Infantino, Qatar 2022 pourrait même être l’événement sportif le plus suivi de toute l’histoire du foot avec un potentiel de 5 milliards de téléspectateurs ; celui organisé en 2018 en Russie, pays expulsé de la compétition cette année à cause de ses opérations militaires en Ukraine, ayant attiré 3,5 milliards. D’ailleurs, les fuseaux horaires favorables aux Africains poussent une grande partie du continent à suivre les rencontres même si pour les amateurs invétérés du ballon rond, l’heure des retransmissions ne constitue pas de contrainte majeure. Finalement, entre la politique et le sport, il est grand temps de tirer l’échelle ce afin que le sport puisse, sans ingérence aucune, accomplir une de ses missions fondamentales en tant que vecteur par excellence d’unité et de paix sur le plan universel.
DR DIPLAL MAROAM
