Aujourd’hui – Le service postal fête ses 250 ans

JEAN-MARIE HURON

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L’administration de l’Isle de France connut un tournant avec la prise en charge par le Gouvernement Royal. Elle fut accompagnée par la venue d’administrateurs éclairés et modernes tels Pierre Poivre qui encouragea non seulement le développement de l’île et le commerce extérieur mais aussi la vie culturelle et scientifique.

C’est ainsi que l’imprimerie fut introduite en 1768. Dans cette lignée d’entrepreneurs, Nicolas Lambert, deuxième imprimeur de l’île, et ses associés prirent l’initiative de la publication d’un journal Annonces, Affiches et Avis Divers pour les Colonies des Isles de France et de Bourbon pour informer les habitants de l’île des dernières nouvelles commerciales tant locales que de l’outre-mer. Ils proposèrent aussi la création d’un service postal accompagnant la livraison des journaux aux résidents de l’intérieur de l’île.

Ce premier service postal privé obtint l’agrément des collectivités locales et le premier bureau de poste, le Bureau Général des Postes et Gazettes démarra ses activités le lundi 21 décembre 1772, avec Lambert comme Directeur des Postes. Ce bureau était situé dans les locaux de l’imprimerie à l’angle des rues Royale et de l’Hôpital. Lambert employait un assistant et huit messagers à pied, probablement ses esclaves aussi appelés Noirs Facteurs, qui desservaient l’île en huit zones.

Une particularité de tous les services postaux de par le monde à cette époque était que le coût du transport du courrier était payé par le récipiendaire et non comme maintenant par l’expéditeur.

Le service postal fut ensuite incorporé dans le service gouvernemental et assura le service sur une base modeste jusqu’à 1810. Les deux seules ordonnances s’agissant de l’administration postale furent des lois françaises concernant le courrier maritime vers la France. Une seule marque postale fut utilisée à partir de 1787 durant 2 ans sur le courrier pour la métropole.

Le courrier maritime vers l’Europe se signalait à cette époque par la longue durée des voyages et aussi l’imprévisibilité, des navires étant coulés ou capturés. Une lettre devait être écrite en plusieurs exemplaires afin de s’assurer qu’une d’entre elles arrive à destination.

Au début de l’administration anglaise, le service postal ne fut considéré par le Gouvernement que comme un moyen de transmettre l’information officielle et ne traitait pas le courrier privé. À partir de 1835, une ordonnance régissant le courrier maritime eut force de loi. Des règlements permirent la transmission du courrier privé à travers l’île. Le service postal se caractérisait par un manque de revenus.

Le service postal mondial connut une véritable révolution au début des années 1840, et ce changement partit du Royaume-Uni. Ainsi, parmi les décisions majeures, ce fut dorénavant l’expéditeur qui paierait l’affranchissement, dont les coûts furent dramatiquement baissés, l’introduction du timbre-poste constituant preuve du paiement de l’affranchissement.

Ce changement atteignit ensuite l’île Maurice et les colonies britanniques. L’Ordonnance postale en 1846 modernisa le service postal local. Elle entérina le paiement de l’affranchissement par l’expéditeur, l’introduction du timbre-poste, la création des bureaux de poste dans les villages, le transport régulier du courrier à travers l’île, le transport gratuit des journaux et le courrier outre-mer.

La Poste Centrale à Port-Louis en 1880

Maurice fut la première colonie et le 5e pays au monde, en 1847, à émettre des timbres, les fameux Post Office qui furent gravés et imprimés localement par Joseph Barnard. Ceux-ci furent remplacés par le Post Paid, avec des réimpressions jusqu’à 1859 quand les timbres imprimés en Angleterre furent introduits.

Les nouveaux bureaux étaient des agences postales sous la responsabilité de maîtres de poste, employés à temps partiel. Les habitants y déposaient et recevaient le courrier.  Bon nombre d’entre eux ne purent assumer ces charges très longtemps, ce qui résulta en un nombre élevé de changements. Parmi ces maîtres de poste figurent quelques femmes qui assumèrent leur rôle avec efficacité.

Le transport du courrier fut assuré par des courriers pédestres, puis, à partir de 1856, par des carrioles sous contrat. L’introduction du service ferroviaire facilita le transport du courrier et contribua à l’expansion du service postal. Plusieurs bureaux furent transférés aux gares routières et en dehors du circuit ferroviaire, dans des administrations gouvernementales. Le nombre de bureaux augmenta graduellement à plus d’une centaine. La livraison à domicile du courrier, débutée à Port-Louis en 1847, s’étendit à partir de 1867 dans les principaux villages et essaima ensuite dans la plupart des villages.

Le courrier maritime connut une stabilisation durant la fin des années 1860, avec l’ouverture de la ligne des Messageries Maritimes entre la France et ses colonies d’Afrique et de l’océan Indien à travers le nouveau Canal de Suez, Maurice étant le terminus. Les Messageries Maritimes assurent un service interrompu durant plus d’un siècle et furent un lien vital avec l’Europe.

En 1870, le Département Postal prit ses quartiers dans ses nouveaux locaux en pierre, de style victorien à la Place du Quai. Précédemment, la poste centrale avait occupé des locaux dans 13 différents bureaux loués à des particuliers. Elle occupa ses locaux jusqu’à 2003.

À la fin de la 2e Guerre mondiale, le transport aérien du courrier débuta et prit de plus en plus d’importance. Aujourd’hui Maurice est relié à tous les continents par de nombreuses connexions.

Le Département des Postes améliora graduellement sa panoplie de services postaux (enveloppes et cartes postales prépayées, lettres recommandées, express, transfert d’argent, acheminement des colis). Les services furent modernisés – introduction du télégraphe et du téléphone et au cours des années 1960, telex, appareils à oblitérer les enveloppes. Il devint aussi l’agent du gouvernement pour la réception des taxes et le paiement de prestations dont la pension de vieillesse. En 1952, la création de la Banque d’Epargne Postale contribua à répandre parmi la population la culture de l’épargne.

En 2003, le service postal fut de nouveau privatisé à travers la création de la Mauritius Post Ltd. Cette compagnie s’inscrivit dans la digitalisation de ses services et le développement du service des colis.

La causerie du CCEF à 18 heures

ROBERT FURLONG, Président du Ccef  

Le Centre Culturel d’expression française organise ce mercredi 21 décembre une causerie sur le développement du service postal à Maurice pour marquer ce brillant anniversaire. En fait, 250 ans, c’est bien plus qu’un simple anniversaire… surtout s’il s’agit de célébrer la création d’une institution permettant aux individus de communiquer entre eux, d’échanger, de commercer, de développer le pays, de bâtir des ponts avec le monde, de sortir de l’isolement… Cela fait donc deux siècles et demi que la Poste est à Maurice au service des autres même si aujourd’hui on s’écrit moins en utilisant une belle enveloppe sur laquelle on aurait apposé des timbres courants ou soigneusement choisis. Le Centre culturel d’expression française a voulu en initiant cette causerie célébrer cette institution indispensable et honorer son personnel d’hier, d’aujourd’hui et de demain. Vive la Poste !

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