« Un rêve en partage » de Georges-André Koenig

Hier, en pleine nuit, je fus réveillé par une main qui prit délicatement la mienne et, sur le ton mélodieux d’une voix céleste, me dit : « Venez. Suivez-moi ». Et, curieusement, ce geste qui aurait dû m’impressionner m’apparut comme tout à fait normal. Je me laissais donc, sereinement, guider par cet inconnu dont je ne voyais même pas le visage, car la nuit était d’encre.

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Et c’est ainsi que nous marchâmes quelques minutes, sans bruit, sur ce qui me semblait être un tapis de feuilles, et le seul son qui me parvenait était le doux murmure du vent.

Mais soudain, comme quand on découvre le décor de la scène d’un théâtre lorsque se lève le rideau, une clairière illuminée nous apparut avec, au beau milieu, une crèche simple, mais très riche par le nombre d’adultes, d’enfants et d’animaux qui entouraient Joseph, Marie et l’Enfant Jésus.

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C’est alors que, me retournant vers cet homme que j’avais suivi les yeux fermés jusqu’ici, je reconnus, sans aucun doute, le visage du Christ. Il pointa alors du doigt un tronc d’arbre couché, comme à notre intention, à côté de la crèche, et me dit avec douceur : « Asseyez-vous, je vous en prie ».

À peine assis, il m’enveloppa de son bras les épaules, et se mit à me chuchoter à l’oreille des choses étranges.

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Bien des croyants pensent, me dit-il, que l’enfer est une invention de Dieu, et qu’il se trouve dans ce qu’ils appellent « l’au-delà ». Or, c’est l’homme qui crée, ici-bas même, son propre enfer.

Je suis venu sur Terre, voilà quelque 2000 ans, donner aux hommes un sens à leur vie … L’unique et le vrai. Je les exhortais à s’aimer et à se pardonner les uns les autres, car c’était le seul moyen pour eux d’accéder, déjà en ce bas monde, ne serait-ce que dans une petite mesure, à la joie céleste qui s’irradie de l’Amour infini qui unit tous les esprits du Ciel. Et, qui plus est, je leur promettais qu’ils possèderaient un jour cette joie, totalement et pour l’éternité.

Mais depuis ce temps-là jusqu’à nos jours, l’homme ayant été créé entièrement libre de ses pensées et de ses actes, même ceux qui ont eu la chance d’entendre la Parole de Dieu sont de plus en plus nombreux à faire fi de cet enseignement-là, afin de pouvoir jouir, sans limite, de tous les plaisirs d’ici-bas, quels qu’illicites soient-ils, et sans tenir compte du mal qu’ils font souvent aux autres, au passage. L’égoïsme prend ainsi de plus en plus le pas sur la charité, et l’agnosticisme, sinon l’athéisme, sur la foi et l’espérance.

Et ce mal, contrairement à la pensée la plus courante (Les préceptes de l’Eglise n’étant pas toujours conformes à mon enseignement), les hommes le payent, par intermittence, au cours de leur vie sur Terre. Le malheur, en effet, les frappe au moment, souvent, où ils l’attendent le moins. La maladie, la disparition d’êtres qui leur sont chers, les déboires inévitables de la vie professionnelle, et la vieillesse, avec tous les aléas qui l’accompagnent, sont les formes les plus courantes de ce malheur inhérent à la condition humaine.

Et la jouissance des plaisirs terrestres ne suffit plus à anesthésier leur souffrance, et leur angoisse de ce néant qui s’est mis à planer au-dessus de leur tête. Ils entrent alors dans cet enfer qu’ils ont eux-mêmes enfanté.

Sur ces troublantes paroles du Christ, mon rêve prit fin. Et, de nouveau sur terre, une pensée d’Antoine de Saint-Exupéry me revint à l’esprit : « Il faut redonner à l’homme des inquiétudes spirituelles, une signification spirituelle ». Je me dis, alors, que je continuerai d’œuvrer dans ce sens-là aidé, je l’espère, par ceux qui me liront, et avec qui j’aurai eu plaisir à partager ce rêve en cette période de Noël.

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