Présentation lundi, à l’université de Maurice, à Réduit, du projet La délimitation transdisciplinaire du périmètre archéologique lié au site du naufrage du Saint-Géran, 1744, pour explorer le paysage sous-marin et contribuer au patrimoine culturel dans la continuité des recherches entreprises par Jean Yves Blot, docteur en archéologie navale, en 1979. Le projet vise à utiliser l’imagerie satellitaire à très haute résolution (VHR) pour définir l’interface spatiale entre l’onde marine, le paysage sous-marin respectif de l’environnement corallien dur et leur lien avec les restes de navires dispersés de 1744.
Nadeem Nazurally, Project Leader (Mauritius) de la faculté d’agriculture de l’université de Maurice, a parlé d’une nouvelle ère de recherche autour du naufrage du Saint-Géran. Plongeant jusqu’à 60 mètres sous l’eau, son record à ce jour, Nadeem Nazurally a travaillé sur l’épave du Water Lily Emily. Il avait été approché par le Dr Blot, satisfait de son travail sur la restauration des coraux artificiels. Le Dr Blot a voulu qu’il travaille sur la biodiversité entourant ce site où se trouve l’épave du Saint-Géran qui a fait naufrage le 18 août 1744, causant la mort de 200 passagers.
« Le site du naufrage a été découvert par les pêcheurs en 1966. Sur le site du Saint-Géran, il y a une diversité d’espèces. Il n’y a plus de bateau qui s’est désintégré au fil des années, mais des canons, un boulet, une ancre… Il y a des coraux qui ont poussé tout autour, et on a décidé d’utiliser l’imagerie satellitaire à très haute résolution pour un meilleur suivi. En 1966, près du bateau du Saint-Géran en état de décomposition totale, les plongeurs ont pu découvrir des canons en fer et des ancres et une cargaison générale de la partie centrale inférieure (cale) du navire et d’une partie spécifique de la poupe. Le tout a été amalgamé en août 1978 et présenté à la communauté archéologique internationale de Nashville, Tennessee en 1979. »
Dans le même ordre d’idées, Nadeem Nazurally a indiqué qu’il y a eu une première mission archéologique sur le site du naufrage du Saint Géran en 1979, effectuée en partenariat avec l’Institut mauricien et la Commission mauricienne auprès de l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture. Mission qui, a-t-il dit, a été menée par le Dr Jean Yves Blot et son épouse aujourd’hui décédée. C’est un peu en sa mémoire et en attachement à notre île qu’il a voulu poursuivre cette mission d’envergure.
D’ailleurs, lors de la causerie, lundi, au Burrenchobay Lecture Theatre de l’université de Maurice, le Dr Jean Yves Blot a laissé entendre que le projet, mis en place par l’UoM en collaboration avec l’université Nova de Lisbonne, « aiderait les étudiants à se familiariser avec une forme de patrimoine intéressante et riche qui pourrait offrir des opportunités à long terme pour le tourisme culturel et récréatif et le développement durable ».
L’intérêt 200 ans après le naufrage
Sudheer Maudhoo, ministre de l’Économie bleue, des Ressources marines, de la Pêche et de la Navigation a demandé à l’UoM d’entreprendre davantage de recherches sur les épaves et de publier des documents importants pour encourager les gens, en particulier les touristes, à venir visiter ces zones, développant ainsi davantage l’économie bleue. Dans la même foulée, il a appelé à des efforts collectifs « pour restaurer les sites historiques de l’île de la Passe et de l’île au Phare tout en soulignant que des activités de préservation et de restauration du patrimoine culturel de la République devaient être initiées ».
Avinash Teeluck, ministre des Arts et de la Culture a, pour sa part, fait état de son appréciation de ce projet qui a permis d’éclairer davantage l’histoire du naufrage du Saint-Géran, qui a laissé des traces dans l’histoire et la littérature mauricienne. Il a souligné qu’il était important de retracer l’histoire vu que de nouveaux éléments s’ajoutaient constamment au patrimoine. Tout en s’attardant sur trois nouveaux sites du patrimoine national dont Bassin-des-Esclaves, Pamplemousses, Marche aux Esclaves, Pamplemousses et le bâtiment Sattiram (Satron) à Sainte-Croix, Avinash Teeluck a fait appel à l’aide et à l’expertise de l’UoM pour la restauration des épaves de la bataille de Grand-Port.
Montrant les photos de ce qui reste du naufrage du Saint Géran, Nadeem Nazurally s’est attardé sur des canons qui ont été sous l’eau plus de 200 ans, enveloppés de coraux. Et fait part que « si on les retire de l’eau, il faudrait les traiter, et cela nécessiterait un an de traitement, au coût de Rs 1 M ». En 1979, a-t-il dit, le musée de Mahébourg a fait l’acquisition des restes de l’épave du Saint-Géran. « On ne doit rien déplacer pour éviter la dégradation des objets, d’où la raison de ce projet autour du thème “La délimitation transdisciplinaire du périmètre archéologique lié au site du naufrage du Saint-Géran, 1744”, présenté à l’université de Maurice. Il n’y a pas que des trésors sous l’eau, mais aussi l’histoire du naufrage qui, plus de 200 ans après, continue à susciter de l’intérêt. La mer est un “cultural asset”, pas uniquement pour le développement durable mais aussi pour développer une culture autour de la protection de nos eaux. »
Nadeem Nazurally a parlé du travail accompli par le Dr Blot et son épouse, aujourd’hui décédée, et des chercheurs étrangers. Il a expliqué que tout ce que renfermait le bateau du Saint Géran a été offert au musée de Mahébourg en 1979 par l’Unesco et le Mauritius Institute de l’époque. Sous l’eau, il y a encore des cylindres, canons, ancre, tonneaux.
« On doit la découverte de ce site du naufrage du Saint-Géran à des pêcheurs en 1966. Le but est de préserver ce site, d’empêcher des activités illégales de pillage, car personne n’a le droit de retirer les canons sous la mer. À ce jour, il reste 11 canons. Ce projet sera accompagné d’un rapport. Peut-être qu’il y a eu une explosion du bateau, mais tout cela n’a pas été documenté. Mais grâce à des images satellitaires de haute résolution, d’autres découvertes seront mises au jour. La recherche va nous permettre de savoir ce qui s’est passé sous l’eau, on utilise aussi des drones. C’est un patrimoine qui est remis en avant sous la mer. Aujourd’hui, le naufrage du Saint-Géran ne se résume plus à l’histoire de Paul et Virginie. Un site web sera mis en place pour mettre en relief une documentation plus poussée sur ce sujet. »

