Le Port-Louis (Ile Maurice) d’hier et d’aujourd’hui (LXXXVII) : Le théâtre au Jardin de la Compagnie : début, évolution et fin

Le théâtre ou Salle de Spectacle au Jardin de la Compagnie qui occupait un emplacement proche au cinéma Majestic, a été achevé sous le gouvernement consulaire (1803-1810) dirigé par le capitaine-général Decaen. C’est au Citoyen Etienne Thuillier que la Commune de Port-Louis confia le 10 avril 1797 l’emplacement «pour l’établissement d’une salle de spectacle.»(1) Aussi, il faut savoir qu’auparavant la Commune devait utiliser l’emplacement pour «l’établissement d’un nouveau bazar», mais «la pénurie des moyens où s’est trouvé la Commune ne lui a pas permis de l’exécuter.»(Idem) D’où la décision de la Commune de céder l’emplacement à Thuillier pour une salle de spectacle.
Le bâtiment devait être sérieusement endommagé durant l’ouragan de 1818. Les autorités abandonnèrent l’idée de rebâtir le théâtre au Jardin de la Compagnie. Comment sont-elles arrivées à cette triste décision? Voici comment les choses se sont passées. Après sa destruction lors de l’ouragan de 1818, «Lislet Geoffroy, architecte de la ville, fut chargé de faire un rapport sur la possibilité de réparer l’édifice.»(Idem) Le directeur du théâtre, M. Laglaine, «soumit également un plan à cet effet; mais juste à ce moment l’assemblée se trouva suspendue par le général Hall et dut renoncer à s’en occuper.»(Idem) On finit par renoncer au projet de réparation de la Salle de Spectacle du Jardin de la Compagnie, vu les coûts prohibitifs, et le bâtiment fut mis en vente. «Plus tard en présence des dépenses énormes que coûterait la remise en état on y renonça; le bâtiment fut alors vendu à M. Leddet qui le démolit complètement en 1820.»(Idem)
Une nouvelle salle de théâtre à un autre emplacement
Toutefois, Laglaine, le directeur du théâtre, obsédé à l’idée que Port-Louis n’aurait plus une salle de théâtre, prit les taureaux par les cornes pour éviter ce drame. «Quelque temps après, sur l’instigation de Laglaine, un groupe de capitalistes fonda une société par actions pour la reconstruction d’une nouvelle salle de spectacle. L’ancien emplacement du Jardin de la Compagnie fut délaissé pour un terrain situé rue du Gouvernement à l’angle de la rue des Limites, sur une partie de celui de l’ancien bazar incendié en 1816.»(Idem) La rue des Limites est aujourd’hui la rue Rémy Ollier. Les autorités furent favorables à l’idée de Laglaine. «Le général Darling accorda sans difficulté la concession de ce terrain. Le 29 septembre 1820 Farquhar posa la première pierre du nouvel édifice dont la construction , confiée à l’architecte Poujade, fut terminée le 18 juin 1822. C’est le théâtre actuel sans la campanile et autres fioritures dont on l’a enjolivé vers le milieu du XIXe siècle.»(Idem)
Ainsi, un nouveau théâtre (celui que nous connaissons aujourd’hui) y a été construit «par l’architecte Pierre Poujade et décoré par le peintre Etienne Thullier.» (2) Le nouvel édifice «est inauguré le 11 juin 1822.»(Idem) Quid du programme inaugural? «Le spectacle inaugural se compose de la comédie La Partie de chasse d’Henry IV et d’un opéra en un acte La Maison à vendre; il est donné par une société d’amateurs de l’île jusqu’à l’arrivée d’une troupe professionnelle, en septembre.»(2) Une revue a été particulièrement lyrique à propos de l’inauguration du théâtre: «Encore une de ces grandes époques qui laisse de grands souvenirs dans un pays! Un monument nouveau destiné à réunir tous les soirs les habitants d’une ville, ainsi que les étrangers à leur offrir l’instructif et agréable délassement d’un Spectacle dont les peuples civilisés ont tous ressenti l’utilité Demain, 11 juin 1822, demain, jour mémorable pour les Colons de l’Isle de France, les Jeunes gens, Amateurs-Sociétaires, feront l’ouverture de cette Salle Brillante, aux acclamations de leurs familles enchantées; et pour augmenter la satisfaction générale, le produit des recettes a été affecté au soulagement des pauvres.»(3)
Après un bon commencement l’aventure devait continuer. Ainsi, trois mois plus tard, le 24 septembre,« une troupe française dirigée par Joseph Laglaine arriva à Port-Louis sur le navire français Arthur, capitaine Michel. Ils débutèrent le 3 octobre avec deux opéras- Le Prisonnier et l’Opéra-comique. Il y eut foule à cette première représentation; il en vint davantage le 8 octobre quand furent joués Adolphe et Clara et Le Traité Nul. On se plaisait au théâtre malgré la chaleur excessive qui régnait dans la salle.»(Idem)
B. Burrun

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Hors-texte
L’officier de santé, M. Laglaine, un amoureux de théâtre
Auguste Toussaint a évoqué le rôle capital qu’a joué M. Laglaine dans la promotion du théâtre à Maurice: «M. Laglaine, officier de santé à bord d’un navire de guerre français, est le premier qui ait eu l’idée de conduire à l’Ile de France une troupe théâtrale. Cette troupe débarqua au Port-Louis le 20 avril 1790, au début de la Révolution. La Salle de Spectacle du Jardin de la Compagnie n’étant pas encore achevée à ce moment, les premières représentations se donnèrent dans un vaste immeuble situé à l’angle des rues de Paris (aujourd’hui Desforges) et de l’Eglise, aujourd’hui occupé par le Registration Office. L’épidémie de petite vérole de 1792 démembra et dispersa cette troupe. Avec ses debris renforcés de quelques artistes amateurs, Laglaine parvint cependant à monter quelques pièces convenables, sous Decaen, dans la Salle de Spectacle qu’il avait louée, aussitôt son achèvement. Après la destruction du bâtiment par l’ouragan de 1818, ce fut lui qui décida le public à réclamer la construction du bâtiment d’une nouvelle salle de spectacle. Pendant que l’administration s’en occupait il alla en France recruter une seconde troupe théâtrale qu’il ramena le 24 septembre 1822. Il en conserva la direction jusqu’à sa mort survenue à Maurice le 10 mars 1824. Pour tous détails sur les diverses troupes théâtrales qui se sont succédé à Maurice après celles de Laglaine vid. Revue Pittoresque – T.1, pp. 130-179: Seymour Hitié. Le Théâtre à Maurice depuis. General Printing. 1917, et Morangis. Le Théâtre à Maurice depuis 1867 à nos jours. Port-Louis: Imp: de The Merchants and and Planters Gazette, 1897.»(1)

Références
1. Toussaint, Auguste, Port-Louis, deux siècles d’histoire (1735-1935), Port-Louis, La Typographie Moderne, 1936 Réédité par les Éditions Vizavi à l’Ile Maurice en 2013.
2. Chelin, Jean-Marie, «Port-Louis Histoire d’une capitale, Volume I Des origines à 1899», Phoenix: Imatech 2017 puisant des sources suivantes «Le Théâtre de Port-Louis» de Norbert Benoît et «En Revues et en Français, une anthologie de chroniques, nouvelles et contes mauriciens» de Robert Furlong.
3. Le No. 14 des Annales des Modes, des Spectacles et de Littérature Récréative Dédiées aux Dames. 10 juin 1822.

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