ABRI DE NUIT — Social Register — Robert Hungley : « Vous pourrez vous faire enregistrer »

Le vice-président de la république, Robert Hungley, qui avait dans la matinée de ce dimanche à une rencontre inter-religieuse das les jardins à l’église Saint Marc, Flic-en-Flac, était aussi présent à Saint-Jean à cette occasion. « Le gouvernement fait ce qu’il faut pour venir en aide aux sans-abri », fait-il comprendre d’emblée. Aussi, dans ce sillage, « ils pourront bientôt se faire enregistrer sur le Registre social de Maurice (RSM) ». Il s’adressait aux résidents et nouveaux venus de l’abri de nuit de Saint-Jean dans le cadre d’une Journée solidaire dédiée aux personnes sans domicile fixe, dimanche dernier. Une collaboration entre Caritas Île Maurice et l’Ong NuKpav, avec le soutien de bénévoles.
Robert Hungley indique qu’il est important qu’ils puissent se faire enregistrer et bénéficier du soutien de l’État. Pour cela, les bénéficiaires potentiels doivent cependant tous avoir leur carte d’identité nationale respective . Il a donc lancé un appel à tous ceux qui n’en ont pas de le faire au plus vite.
Attentif aux difficultés que ceux qui les accompagnent rencontrent, Robert Hungley dit souhaiter qu’une voie rapide soit ouverte à leur intention au bureau de la sécurité sociale pour faciliter leur enregistrement et qu’ils soient pris en considération. « Il faut que ce soit Straight Forward et qu’ils soient soutenus. S’ils y sont, c’est parce qu’ils n’ont pas les moyens. Certains ne savent ni lire ni écrire. »
Une des accompagnatrices des résidents de l’abri de nuit au bureau de la Sécurité sociale, Brigitte Michel, également membre du personnel de Caritas, témoigne. « Le service n’est pas du tout Friendly. Qu’importe qui vient pour des démarches, il y a un seul département qui s’en occupe, ce qui rend l’attente très longue, d’une demi-journée voire plus. Cela décourage beaucoup ceux qui sont dans le besoin », concède-t-elle.

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Statistiques incomplètes

« De plus, souvent, ceux qui viennent d’abris de nuit sont victimes de stigmatisation. Il faudrait un guichet dédié juste pour eux. Nous demandons une simplification des procédures. » Elle poursuit : « Les chiffres qui sont officiellement communiqués ne reflètent pas la réalité car leur nombre est de deux à trois fois plus élevé. »
Robert Hungley, de son côté, a tenu à adresser un message de soutien aux résidents : « Li inportan ki zot kone ki zot konte pou nou ! » S’il reconnaît qu’il y a des difficultés dans la vie, « il y a aussi une nouvelle vie à préparer ». Il ajoute : « L’hiver arrive. Il faut prendre des précautions. Il ne faut surtout pas tomber malade. Il y a des volontaires et des accompagnateurs pour vous aider. Et avec ce qui se passe dans le monde, vous avez besoin de plus d’accompagnement pour faire face aux difficultés. Mais il y a de l’espoir… » Avant d’avoir un mot spécial également à l’adresse des volontaires.
Évoquant le fléau de la drogue, qui « amenn enn ta lamerdema », Robert Hungley dira : « ena boukou dimounn tom dan ladiksyon. Bizin fer enn demars tir zot depi ladan ! » Robert Hungley a passé une partie de la journée à l’abri de nuit.
Pour sa part, la mairesse de Beau-Bassin/Rose-Hill, Gabriella Batour, affirme que l’abri de nuit accomplit un travail remarquable en faveur des SDF. « Ces personnes peuvent y trouver un lieu pour dormir ainsi qu’un repas chaud. L’initiative menée aujourd’hui avec l’Ong NuKpav met l’humain au centre en redonnant dignité à ces personnes grâce aux services offerts et à l’engagement des bénévoles », estime-t-elle.
Pour elle, cet effort collectif montre qu’il est « essentiel de bâtir une société plus inclusive ». Elle continue : « En tant que mairesse de Beau-Bassin/Rose-Hill, je constate que de nombreux hommes, femmes et jeunes en situation de rue fréquentent cet abri. Ce type d’initiative doit se poursuivre. »
Être dans la rue, c’est « être privé de tout et exposé à de nombreux dangers », est-elle d’avis. « Cet abri de nuit, mis en place par Caritas avec plusieurs Ong, représente bien plus qu’un simple refuge : c’est un lieu d’accueil qui redonne espoir et encouragement à ceux qui mènent ce combat au quotidien. »
Le ministre de l’Agro-Industrie, Arvin Boolell, le ministre délégué au Tourisme, Sydney Pierre ainsi que le maire de Quatre-Bornes, Bryan Keenoo, et des conseillers municipaux ont aussi fait le déplacement ce jour-là.

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Un rajeunissement des SDF
La secrétaire générale de Caritas Île Maurice, Patricia Adel Félicité, et d’autres bénévoles qui sont sur le terrain constatent un rajeunissement des sans-abri à Maurice. Quant aux raisons, elles sont diverses et variées.
« Nous avons toujours tendance à penser que cela touche les victimes de l’addiction, mais tel n’est pas le cas. Il y a aussi ceux qui ont des problèmes familiaux. Par exemple, nous avons trois jeunes qui ont été mis à la porte par leur propriétaire lorsqu’ils ont perdu leur père », fait ressortir Patricia Adel Félicité. Elle fait aussi remarquer qu’il n’existe aucune structure pour les orphelins qui atteignent leurs 18 ans. « Il y a des crèches pour les bébés et enfants en bas âge, des couvents pour les plus grands, mais une fois qu’ils atteignent 18 ans, ils ne peuvent plus y rester et n’ont nulle part où aller. C’est ainsi qu’ils se retrouvent dans la rue », dira-t-elle.
Elle reprend : « nous offrons un lieu d’accompagnement aux hommes qui veulent prendre ou reprendre leur vie en main. Un lieu pour réfléchir. Nous bénéficions du soutien de beaucoup d’organisations et nous lançons un appel aux professionnels (psychologues, sociologues, thérapeutes…) en leur demandant de se joindre à nous dans cet accompagnement. D’autant que les problèmes touchent toutes les communautés. »

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L’urgence d’un abri de nuit pour les femmes
Les membres et bénévoles de Caritas Île Maurice ainsi que ceux de NuKapav affirment unanimement qu’il y a urgence pour la mise en place d’un abri de nuit pour femmes. C’était dimanche dernier lors de la journée solidaire organisée par l’abri de nuit de Saint-Jean en vue de présenter ses services et pouvoir accueillir de nouveaux résidents.
« Nous rencontrons de plus en plus de femmes sans abris, mais, malheureusement, il n’y a aucun abri de nuit pour les accueillir. Or, nous en avons absolument besoin. Il y a des Shelters pour les femmes battues et les femmes en difficulté, mais pas pour celles sans domicile fixe, et c’est là un vrai problème », indique-t-elle.
Les abris de nuit de Saint-Jean et de Port-Louis n’accueillent en effet que les hommes. « Nous avons besoin d’un abri similaire pour les femmes, un endroit où elles peuvent venir l’après-midi pour prendre une douche, un goûter, se détendre, et prendre ensuite un repas avant de se coucher », affirme ainsi Carine Papillon, présidente de l’association NuKpav, qui a démarré ses opérations bénévoles sur le terrain depuis le Covid-19 et qui est enregistrée depuis un an et demi.
« Chez NuKpav, nous ne pourrons pas gérer un abri; nous n’avons pas l’expertise. Mais avec Caritas, on peut monter un projet ensemble. Il faut que le lieu soit sécurisé, mais pas que cela ressemble à une prison non plus », dit-elle. Elle avance que le ministre délégué, Sydney Pierre, leur a parlé d’un emplacement qui pourrait, éventuellement, être aménagé pour accueillir des femmes durant la nuit.
Observant que ce fléau touche de plus en plus de jeunes, elle estime ainsi important qu’ils sachent qu’il existe des structures pouvant les soutenir. « Il est vrai que certains sont victimes de la drogue, mais pas tous. Certains ont des problèmes familiaux. Peu importe le problème, les laisser à la rue n’est pas une solution; il faut les aider à s’en sortir ! »
Jean Mée Sandian, bénévole auprès de Caritas Île Maurice, abonde dans le même sens et témoigne des démarches herculéennes qu’il faut entreprendre – parfois jusqu’aux petites heures du matin – pour que des femmes SDF cherchant refuge puissent passer la nuit sous un toit. Il explique ainsi que, récemment, une fratrie de deux garçons et une fille s’est rendue à l’abri de nuit de Saint-Jean, qui n’a pu accueillir que les hommes. « Nous avons dû faire de longues démarches pour pouvoir lui trouver une place dans un abri pour femmes victimes de violences domestiques à 1h du matin… »

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