SAINT-JEAN — Journée solidaire — Abri de nuit : un accompagnement pour se reprendre en main

Un rajeunissement et une féminisation du phénomène des SDF à Maurice

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Le 12 avril dernier, l’abri de nuit de Saint-Jean, sis à proximité de la cure de l’église de Saint-Jean, ouvrait ses portes dans le cadre d’une journée solidaire. Objectif : faire connaître les services qu’il offre aux sans-abri dans le cadre d’un programme d’accompagnement qu’il met en œuvre depuis plus de 30 ans. Aujourd’hui, les bénévoles disent constater un rajeunissement et une féminisation de la situation à Maurice.
« Auparavant, nous parlions des tontons. Ils avaient la cinquantaine passée. Maintenant, nous ne pouvons plus parler de tonton, car il y a un rajeunissement de cette population, et nous les prénommons les résidents. Beaucoup ont entre 18 et 40 ans », affirme d’emblée Jean-Mée Sandian, bénévole auprès de Caritas, présent tôt ce matin-là pour accueillir les nouveaux arrivants. Deux jeunes semblant tout juste sortis du collège sont là. Ils se font coiffer, font un tour dans la cour, discutent avec d’autres bénévoles ou résidents peut-être… Sans la pièce d’identification des bénévoles ou les membres du personnel de Caritas, il est difficile de savoir qui sont les résidents ou potentiels résidents, et qui ne le sont pas.
Sur des tables, des vêtements propres et des serviettes sont posés. Des coins coiffure et manucure ont été aménagés. « Lors qu’ils arrivent ici aujourd’hui, nous nous occupons d’eux : ils se font une coupe, une manucure, nous leur procurons des vêtements propres et une serviette. Ils prennent leur douche. Nous leur offrons aussi un déjeuner, et des jeux sont mis à leur disposition. Cela pour leur montrer qu’ils sont importants et qu’ils ont un lieu pour dormir. Nous accueillons des nouveaux aujourd’hui », explique Jean-Mée Sandian à Le-Mauricien.
Pascal, 36 ans, fait partie de ceux-là. « Mo ti anvi enn meyer lavi ki lor sime. Mo papa inn desede. Monn separe depi monn konkibinn e monn retrouv mwa dan lari e monn tom dan sintetik. Par lagras Bondie, monn resi sorti e mo anvi enn plas an sekirite pou mo pa retonbe », témoigne-t-il, un grand sac plastique noir, contenant ses quelques effets personnels et des vêtements, jalousement gardé dans ses bras.
Quand cet ancien cuisinier d’un hôtel du litoral Est tombé dans la drogue, il a tout perdu, y compris son travail. Il s’est alors retrouvé dans la rue… pendant deux ans. « Mo ti pe dormi deryer bazar Rose-Hill. Mo pa ti kone. Bann kamrad zwenn lor sime dir mwa mo kapav dormi la, ena bann lezot kamrad la. Ena anviron 25 dimounn ki dormi laba », confie-t-il.

Cercle vicieux

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Du fait de ses problèmes de logement, il ne trouve pas de travail fixe non plus. « Pena plas pou reste e pa gagn travay parski pena lakaz », raconte-t-il, tout en gardant l’espoir de trouver du travail et, éventuellement, une maison. « Mo debrouyar. Mo kapav fer tou travay. Dernierma mo ti pe fer mintenans pisinn enn madam. Linn parti la ! », poursuit Pascal. Aussi a-t-il pris la décision de rejoindre l’abri de nuit ce jour-là.
Pour sa part, cela fait neuf mois que Ricardo, la cinquantaine, s’y trouve. Lorsqu’il perd sa femme et son frère, il tombe dans l’alcool et, ensuite, la drogue. Il perd son travail et sa maison. À travers un ami, il prend connaissance de l’existence de l’abri de nuit. Il participe d’abord à un programme de sevrage dans un centre de désintoxication et rejoint l’abri de nuit.
« J’ai bien galéré, et je ne veux plus me retrouver dans la rue », dit-il. Se sentant en sécurité sur place, il propose ses services de maintenance de l’abri de nuit à l’équipe gestionnaire. Proposition acceptée. Il passe alors d’abord par un temps d’essai et est finalement recruté. « Je m’occupe de la maintenance et je reçois les dons des gens pendant la journée », témoigne-t-il. Et depuis quelque temps, il peut enfin se payer un loyer. « Je vis en colocation », dit-il. 
Dans le cadre de son programme d’accompagnement, Caritas Île Maurice offre aussi un soutien à la gestion d’un budget aux résidents. « Nous les encadrons pour une réinsertion professionnelle. Et une fois qu’ils trouvent un emploi stable, quelqu’un les aide à faire un budget mensuel. Au bout d’un an à peu près, nous essayons de leur trouver un logement. »
Le père Eddy Coosnapen, responsable de l’ensemble pastoral, comprenant les paroisses de Notre Dame du Rosaire et de Saint-Jean, accueille cette initiative favorablement. « C’est l’occasion de mettre en valeur les services offerts à l’intention de nos frères et sœurs qui sont dans le besoin. Souvent, nous nous deman-dons : ki legliz fer ek ki nou kapav fer pou lezot. Voilà, c’est une manière de communiquer sur ce qui se fait », lance le père Coosnapen.
L’abri de nuit accueille les résidents à partir de 16h30 tous les jours. Après la douche et le goûter, ils se détendent. A 19h, le repas est servi et les chambres s’ouvrent à partir de 20h. Le lendemain matin, ils quittent la chambre au plus tard à 8h. Ils sont encouragés à profiter de la journée pour trouver du travail. L’abri de nuit de Saint-Jean dispose de 40 places et accueille aujourd’hui 25 personnes, contre 26 pour celui de Port-Louis.
Les abris de nuit sont financés par Caritas ainsi que la National Social Inclusion Foundation.

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