À quelques mois de la fin du présent mandat gouvernemental, le congrès de l’alliance PTr-MMM-PMSD à Mare-D’Albert le 28 juillet dernier marque le début des grandes manœuvres électorales qui, selon toute vraisemblance, s’étaleront jusqu’aux prochaines législatives. Cueillie à froid manifestement par la réussite relative de ce rassemblement, l’alliance au pouvoir a promptement réagi lors du comité central élargi le lendemain, le PM tentant allègrement de minimiser l’événement en le qualifiant de « véritable flop » mais exhortant toutefois sa troupe à occuper « chaque pouce de terrain pour ne pas laisser le champ libre à l’adversaire ». Il va sans dire qu’étant à ses premiers balbutiements, cette alliance « historique » de l’opposition a encore un long chemin à parcourir afin de démontrer, au-delà d’une attitude de cohésion affichée en public, sa capacité effective d’agir en tant qu’entité homogène pour pouvoir éventuellement gérer les affaires du pays au cas où elle obtiendrait la confiance de la population. Car le peuple en a marre de ces arrangements électoraux sans lendemain, concoctés dans l’unique objectif de déloger le pouvoir pour prendre sa place mais incapables d’instaurer une gouvernance cohérente et crédible avec pour conséquences directes, embrouilles, mésententes, séparation débouchant ensuite sur l’instabilité politique et sociale. Le dindon de la farce n’est alors autre que l’électorat.
En ce qui concerne cette alliance triangulaire, à vrai dire, elle projette malheureusement une image peu reluisante. Car sa concrétisation ne repose sur aucune base socio-politique pertinente pouvant se transformer éventuellement en un projet de société viable afin de faire avancer le pays, redémarrer l’ascenseur social et renaître l’espérance dans les cœurs de nos compatriotes, particulièrement ceux éprouvant beaucoup de peine à mettre les pieds à l’étrier en ce moment de grande morosité et de déprime. Certes, quelques engagements pris pour marquer « une rupture avec le passé », à l’instar de cette mesure annoncée concernant l’embauche des nominés politiques seulement après leur évaluation par une commission parlementaire, pourraient aider à promouvoir une culture de mérite et de compétence devenue, au fil des ans, une denrée rare et éviteraient la nomination des candidats ne possédant pas les qualifications appropriées, comme l’on a assisté tout récemment. Mais la grosse pierre d’achoppement de cette alliance, que ses dirigeants ont préféré soigneusement botter en touche à Mare-D’Albert demeure, bien évidemment, le revers subi par son leader devant le Conseil privé du Roi le 21 juillet dernier dans l’affaire des coffres-forts. S’il ne convient certainement pas de commenter une affaire toujours devant la justice, le sens de la transparence aurait dû encourager la communication de divers scénarios envisagés au cas où Navin Ramgoolam est reconnu coupable, à l’instar de son ancien ministre, Siddick Chady. L’adoption d’une Freedom of Information Act ayant même été évoquée au congrès, par conséquent, charité bien ordonnée devrait normalement commencer d’abord par soi-même.
‘Éternels’ patronymes…
Cependant, force est de constater que la vraie rupture avec le passé interviendra seulement lorsque la page de la dynastie politique sera définitivement tournée plus de 50 ans après notre indépendance. Par ailleurs, si l’affluence à un rassemblement ou meeting constitue toujours un indicateur de popularité de l’alliance ou parti organisateur, c’est toutefois la masse silencieuse de même que les indécis qui déterminent l’issue d’un scrutin et la formation d’un gouvernement. Dans ce contexte, le trio rouge-mauve-bleu a encore une tâche titanesque à abattre pour convaincre si elle veut se positionner comme une véritable alternative ce même si le congrès du 28 juillet représente un dynamisme non négligeable pour ses activités politiques futures.
À l’opposé, il y a l’alliance MSM et consorts qui, face à la nouvelle donne sur l’échiquier, n’a pas droit à l’erreur si elle veut maintenir son emprise sur le pouvoir sachant pertinemment, cependant, que les prochaines législatives détermineraient, une fois pour toutes, la destinée de deux protagonistes de l’histoire politique de notre pays, Paul Bérenger et Navin Ramgoolam. Pravind Jugnauth, lui, qui croit toujours en sa bonne étoile – en passant, sur la pétition électorale de Suren Dayal, même les trois leaders n’ont pipé mot à Mare-D’Albert, ce qui laisse transparaître leur état d’âme sur ce dossier –, doit se rendre à l’évidence que seuls le développement tous azimuts des infrastructures du pays et l’octroi de diverses prestations sociales ne constituent pas un gage fiable de victoire aux élections. Il y a aussi les institutions et la qualité de services offerts qui ont des répercussions directes sur la vie quotidienne des citoyens. Si la baisse du pouvoir d’achat est, dans une grande mesure, tributaire des facteurs exogènes, qu’en est-il, en revanche, de la qualité et l’efficacité des institutions qui dépendent exclusivement des facteurs internes comme, par exemple, la Police et l’insécurité grandissante dans le pays, l’ICAC et la corruption, la Santé dans son ensemble, le Transport public et le calvaire quotidien des usagers particulièrement des personnes âgées, le respect du mérite et la compétence, la fuite des cerveaux, entre autres.
Bref, au niveau institutionnel, tout est à revoir, à reconstruire mais existe-t-il réellement la volonté politique de lever le nez du guidon ? C’est pourquoi le pouvoir suprême de l’électorat ne peut être exercé comme un réflexe de Pavlov pour désigner une équipe entre deux blocs ou un dirigeant entre deux ‘éternels’ patronymes mais doit être utilisé de manière judicieuse afin de donner au pays un nouveau souffle et à la population une nouvelle destinée.
Dr Diplal MAROAM
