Ils étaient 38 Mauriciens, dont 23 jeunes, prêts pour la grande aventure de la 25e édition du Jamboree Scout mondial à Buan, en Corée du Sud. Mais avec la chaleur torride qui prévaut et la menace du typhon Khanun, le contingent mauricien a été contraint de plier tentes et bagages à Saemangeum, site initial du campement, pour être relogé au Yonsei International Campus. La cérémonie de clôture est prévue pour ce week-end. Une partie des participants mauriciens sera de retour au pays le 13 août, et l’autre groupe le 15.
Joint au téléphone, Fabrice Ponnapen, chef de la délégation mauricienne, dit avoir dû faire face à plusieurs problèmes concernant la nourriture. « C’était dur pour que le nécessaire soit fait dans les temps par le comité, car eux-mêmes devaient passer par diverses instances. Cependant, ils ont pu faire le nécessaire », dit-il.
Évoquant le sentiment auprès des jeunes, Fabrice reconnaît que c’était triste de voir des visages fermés par peur d’insécurité. « Nous avons pu les rassurer et avec l’ingéniosité des chefs de troupe, nous avons trouvé des solutions. » Ce changement de camp en pleine nature pour s’installer à l’université de Yonsei Songdo aura, selon les dires de Fabrice, été bénéfique. Car tous les participants se sont sentis rassurés et soulagés de se mettre à l’abri du typhon. « C’est un soulagement. Nous sommes tous en sécurité »,rassure-t-il.
Esprit de camaraderie exemplaire
Ritvik Neerbun, Unit Leader, explique pour sa part que, depuis lundi, les 40 000 scouts présents pour le Jamboree avaient été informés que le typhon Khanun constituait une menace pour la Corée du Sud. Mais pour l’heure, évoque Ritvik, « aucun typhon à l’horizon ; que de la pluie ».
Par contre, des raisons de sécurité évidentes, les participants ont dû être évacués en urgence mardi après-midi. « Par rapport aux instructions reçues, il y avait au moins 1 000 bus à la disposition des différents contingents pour évacuer les participants du World Scout Jamboree 2023. Les Mauriciens sont logés à Incheon, sur le campus de Yonsei Songdo, non loin de l’aéroport. Les autres, vers d’autres abris sûrs à Séoul et dans les environs », fait-il ressortir.
Ritvik Neerbun indique que les participants dorment dans des dortoirs universitaires. « Nous étions tous venus pour un Jamboree, pour une vie en plein air, mais avec le typhon, et la chaleur qui est difficile à supporter, il a fallu s’adapter. » À l’heure actuelle, pour passer le temps, le contingent mauricien a eu droit à un programme culturel, avec une visite à l’usine de médicaments Celltrion Healthcare, et au musée de l’écriture, pour voir son évolution dans ce domaine au fil des années.
Ritvik Neerbun est catégorique que les jeunes, âgés de 14 à 17 ans, sont en bonne santé et ont assuré pleinement leur mission en démontrant leurs talents, leur culture et l’art de vivre à la mauricienne. « C’est une excellente expérience humaine, un partage et un enrichissement personnel. Malgré les conditions climatiques en dents de scie, cela a renforcé nos caractères », partage-t-il.
L’enseignement que Ritvik Neerbun retient de ce Jamboree : « Des participants des autres pays m’ont évoqué un sentiment de Fun avant tout. Vu que nous étions dans un camp en plein air avec des arbres tout autour, il fallait s’attendre à des moustiques et de drôles de bestioles. Malgré les aléas de la vie, nous gardons avant tout de cette expérience un esprit de camaraderie exemplaire. »
La réaction de Yalena Arjoon, 17 ans, participant au Jamboree, repose avant tout sur une expérience de vécu unique. « Je suis vraiment triste du fait que nous ayons dû quitter le camp, mais je me dis que c’était pour un bien et que tout cela est une nouvelle expérience. Je me sens toujours dans l’ambiance du jamboree et je rencontre toujours de nouveaux amis d’autres contingents. Je suis heureux d’avoir l’opportunité de vivre tout cela malgré les événements inattendus », dit-il.
Il est rejoint par Hamzah Tarsou, 15 ans : « en ce qui me concerne, le jamboree n’est pas terminé à cause du typhon. Tout à l’heure, j’ai échangé un badge de contingent avec un garçon de Trinité et Tobago. Hier, j’ai troqué le foulard palestinien. J’ai aussi rencontré des gens d’autres pays, comme la Côte d’Ivoire, Monaco, l’Ukraine, le Kenya, Oman, la Libye, etc… C’est super d’être encore ici avec des scouts de différents pays, et je profite au maximum des derniers jours ici. »
C’est la première fois que le Jamboree Scout mondial a dû affronter des conditions climatiques perturbant les activités mises en place. RFI et la BBC ont noté plusieurs manquements, dont des centaines de malaises à la suite des fortes chaleurs, ainsi que des problèmes sanitaires et de nourriture. Les participants anglais, avant le typhon, étaient tombés malades et avaient décidé d’arrêter le jamboree. Idem pour les Américains et les Singapouriens.
L’accent a aussi été mis sur l’organisation approximative, ne faisant guère honneur au pays hôte. Ahmad Alhendawi, secrétaire général de l’Organisation mondiale du mouvement scout, a pour sa part évoqué un « événement de malchanceux, avec la vague de chaleur sans précédent et le typhon ». L’OMMS, avec la participation du gouvernement coréen, a mis à la disposition des 40 000 scouts présents au Jamboree 1 000 autocars et identifié 130 hébergements, garantissant une gestion rapide et efficace vers des sites dans et autour de Séoul.
Au plus fort, 134 cars quittaient les sites toutes les heures. Les scouts ont fait preuve d’un grand esprit de résilience et la majorité des contingents sont arrivés sains et saufs à destination, tout en bénéficiant de l’hospitalité continue de la Corée du Sud.
La grande fête mondiale des scouts écourtée
La grande fête mondiale des scouts, que des milliers de participants ont déjà fui à cause de la chaleur et de la mauvaise organisation, va s’achever plus tôt que prévu en raison d’une alerte au typhon.
« En raison de l’impact attendu du typhon Khanun, un départ anticipé sera prévu pour tous les participants », avait annoncé lundi l’Organisation mondiale du mouvement scout, en demandant aux autorités de l’aider à rapatrier les dizaines de milliers d’enfants et d’adolescents participant au festival.
« Nous demandons instamment au gouvernement d’accélérer le plan de départ et de fournir toutes les ressources et le soutien nécessaires aux participants pendant leur séjour et jusqu’à ce qu’ils retournent dans leur pays d’origine », a-t-elle ajouté.
Quelque 36 000 participants venus de 156 pays avaient été évacués dès mardi. Environ 43 000 personnes venues du monde entier avaient rejoint le « jamboree » géant des scouts fin juillet à Saemangeum, sur la côte Ouest de la Corée du Sud.
Mais l’événement a vite tourné au cauchemar: des milliers de participants, dont les 4.000 Britanniques et les 1.500 Américains, ont quitté prématurément le rassemblement en fin de semaine dernière en raison de la chaleur extrême et de l’organisation défaillante.
Selon les autorités locales et les organisateurs, environ 600 participants ont été victimes de coups de chaleur ou autres maux liés aux températures torrides.
Les Britanniques se sont repliés vers Séoul, tandis que les Américains ont été accueillis par l’armée de leur pays dans sa base de Pyeongtaek, au sud de la capitale.
Les scouts de Singapour ont également décidé de quitter le site plus tôt que prévu.
Les médias locaux ont qualifié la situation de « honte nationale » vu le temps dont a disposé le pays pour préparer ce gigantesque rassemblement.
Pour Lee Hoon, spécialiste du tourisme à l’université Hanyang de Séoul, le problème tient au fait que ce sont des fonctionnaires qui l’ont organisé et non des experts scouts.
« Les événements scouts doivent être supervisés par quelqu’un d’expert, qui connaisse réellement les programmes », a dit M. Lee à l’AFP, estimant que « cela va certainement endommager la réputation de la Corée du Sud à l’étranger ».
Le gouvernement a dépêché sur place des médecins et infirmiers militaires ainsi que des autobus climatisés et des camions frigorifiques chargés d’eau glacée.
Une aide d’urgence de 6,9 milliards de wons (5,3 millions de dollars) a également été adoptée pour faire face à cette situation.
Outre les problèmes posés par la chaleur, les médias locaux ont fait état de mauvaises conditions de camping, avec des douches et des toilettes rudimentaires. Sans compter les nombreuses piqûres d’insectes.

