Pêcheur porté manquant en mer – Permal Serebaden, 72 ans  : « Mo dir aster mo al fini avek sa lamer siklonn-la ! »

Il a commencé à pêcher à l’âge de 9 ans, allant jusqu’à sécher les cours au primaire. Plus tard, il deviendra pêcheur artisanal professionnel. Lui, c’est Permal Serebaden, un habitant de Cap-Malheureux, âgé de 72 ans, père de trois enfants qui avait été porté disparu en mer mardi, lorsque de grosses averses s’abattaient sur l’île. Il a finalement pu rentrer chez lui tôt hier matin, mais avoue l’avoir échappé belle. Il relate sa mésaventure, qui lui a donné des sueurs froides.

- Publicité -

« J’ai quitté mon domicile ce mardi à 4h30 du matin pour aller pêcher à l’île Ronde. Le temps était splendide. J’ai pris mon bateau à Bain-Boeuf et il faisait magnifique. J’aime beaucoup mon bateau. Je l’ai appelé Ti-Bonne femme. Je l’utilise depuis au moins 45 ans pour aller pêcher. Je garde des prises pour ma propre consommation et vends le reste », explique-t-il. Ce matin-là, le soleil était au rendez-vous et lamer ti plat, dit-il. Jusqu’à ce que les choses commencent à se gâter, « vers 11h15, lorsque j’étais en pleine mer ».

« Mo trouve zafer pa bon. Mo trouv niaz pe bare partou. J’ai donc décidé d’allumer ma lumière de brume pour rentrer vite à terre. » Sauf que le moteur a commencé à faire des siennes et refusait de démarrer. « Il ne répondait pas. Moter finn pran ler. Rakor fini ize. » Et pendant ce temps, « gro lapli dir mwa ki la », raconte-t-il.

- Publicité -

« J’ai pris au moins 15 minutes pour activer le moteur. Je croyais que j’étais sauvé. Sauf que le vent soufflait fort dans tous les sens, faisant tourner mon bateau en rond. Et j’ai perdu la direction de la terre ferme. Mo ti kouma dir enn dimounn ki danse kouma fou. Pa trouv nanye. Lapli-la ti pe pike. Nanye pa pe trouve. Mo ti pe tournn an ron. Si pa ti fer mo lespri travay, mo ti pou al La-Réunion direk ! » ajoute-t-il. Tout en faisant ressortir que si le phare de l’île Plate était opérationnel, il aurait eu un repère et su quelle direction prendre pour rallier la terre ferme.

« J’ai 72 ans et je n’ai jamais connu une mer aussi démontée à cet endroit. Enn lamer siklonn sa », dit-il. « Laoul-la pe lev 5 a 6 met oter. Mo’nn dir, momem:baster mo fini. Mo’nn res zis pou prie Bondie. » Et le pêcheur de poursuivre : « Mo ti pe trouv mo lavi defile divan mwa. Mo pe vire, tourne, mo pa pe kone kot mo pe ale. Mo ti fil laliyn, me li pa ti pe tous fon anba. Sa ve dir mo ti dan beze mem kot mo ti ete la. » La houle, aidée par des vents violents, l’aura ainsi conduit « très loin de mon site de pêche ».

- Advertisement -

« À 22h, je me suis retrouvé au large de Port-Louis. Dans un premier temps, je ne savais pas que c’était Port-Louis. J’ai donc pris la direction de la capitale pour être hors du danger. J’ai éteint mon moteur pour me reposer un peu et, à 2h du matin, j’ai mis le cap sur Trou-aux-Biches. » Là, il s’est de nouveau arrêté pour se reposer, en attendant que le temps s’éclaircisse. « Kan monn gagn Trou-aux-Biches, mo trouv Lekwin Demir aparet. » Qu’il a ensuite pris comme repère pour se diriger vers Bain-Boeuf. « J’ai regagné la terre ferme vers 4h du matin. »

Permal Serebaden en profite pour s’adresser aux autorités, à qui il dit la nécessité d’offrir un moyen de communication à la communauté des pêcheurs professionnels. « La National Coast Guard m’a cherché partout depuis lundi », dit-il. « J’étais très fatigué et encore sous le choc. Des gens qui s’apprêtaient à partir pêcher m’ont vu lorsque je suis arrivé à terre. Ils m’ont promis d’organiser une petite fête pour célébrer mon retour. »

Lorsque le rescapé arrive chez lui, il est épuisé. « J’ai pris un bain et j’ai fait ma prière. Puis j’ai consigné un Statement à la National Coast Guard. » Après quoi, « monn kwi 2 dizf, monn bat 4 rom e mo’nn al dormi ».

En se réveillant, après une bonne nuit de sommeil, il a alors senti une douleur. « Je souffrais du genou. Mais je n’ai pas été à l’hôpital. Je me suis débrouillé. »

Quant à ses prises, elles sont toutes retournées à l’eau. « J’avais pu prendre beaucoup de poissons avant que le temps se gâte. Mais j’ai dû tout remettre à l’eau, car mes prises étaient restées trop longtemps sur le bateau. Mo ti gagn zoli zoli pwason, me bizin zete, fini pouri. Mo ti gagn Viel Rouz, Vakwa, bann pwason blan… », regrette-t-il.

Durant sa carrière, c’est la deuxième fois, dit-il, qu’il affronte de telles difficultés en mer. La première fois, c’était au large de l’île Plate. « Mon bateau avait chaviré », explique-t-il. « Je crois que cette fois, Dieu m’a offert une deuxième naissance, parce qu’avec la houle, je ne savais vraiment plus quelle direction prendre. »

Pour autant, pas question pour lui d’abandonner la pêche, qu’il est seul à pratiquer dans sa famille. « Grâce à mon métier, j’ai pu construire ma vie et organiser le mariage de mes trois enfants. Monn bien gayn pwason, mo pa ekzazere. Me se vre ki parfwa, pa gayn narien. Samem ki apel peser », lance-t-il. Avant de conclure : « Ce métier me passionne, car je me sens libre. »

- Publicité -
EN CONTINU
éditions numériques