Le Regard de l’Ancêtre Esclave, de l’exil à la mémoire : Constance Couronne, figure héroïque 

Victime de l’esclavage : qui était Constance Couronne, une esclavée mauricienne enfermée, jugée puis déportée vers un pays inconnu? Cette figure de la lutte contre l’esclavage connaît une première depuis le lancement du livre de Nicolas Couronne, chercheur indépendant, passionné d’histoire, colauréat du prix littéraire Jean Fanchette en 2025. L’historicité de Constance est loin d’être mince. Dans son livre Le Regard de l’Ancêtre Esclave, de l’exil à la mémoire lancé récemment, Nicolas couronne convoque la mémoire du personnage selon une trame narrative solide, de sa situation initiale à sont statut de femme remarquable, issue de l’esclavage. En Australie, elle est aujourd’hui reconnue comme “remarkable woman of the Central West”. Le système colonial esclavagiste a toujours suscité résistances et oppositions. À la figure héroïque d’Anna de Bengal, esclave, militante, dont la mémoire est honorée au fort Frederick Hendrick, à Vieux-Grand-Port vient s’ajouter celle de Constance Couronnequi a aussifaçonné la mémoire de l’esclavage.
Aujourd’hui, les chercheurs analysent les mémoires transnationales de cette période. Nicolas Couronne, à travers ses écrits ou ses recherches, a permis de mettre en lumière les spécificités de la violence esclavagiste subie par une femme noire et esclave. Il offre un éclairage essentiel sur l’esclavage colonial en mettant à l’honneur une femme d’exception qui a payé un lourd tribut pour défendre sa liberté. Ses recherches menées depuis 2018 ont établi des faits : une femme noire, une ressemblance frappante avec sa famille dont les racines sont du côté de Mahébourg. Constance avait 8 ans quand elle a été arrachée à ses parents, enfermée, jugée puis déportée vers l’Australie. Sa mémoire ne doit jamais être oubliée, dit l’auteur du Regard de l’Ancêtre Esclave, de l’exil à la mémoire.
Les recherches de Nicolas Couronne ont été menées dans les archives mauriciennes sous la direction de l’historienne britannique Clare Anderson. En 2023, elles se sont poursuivies en Australie, dans les archives de Sydney et à la rencontre des descendants de Constance.  Celle-ci a été réduite à l’esclavage par une esclave plus âgée, sa cousine, Elizabeth Verloppe, 12 ans. Elles ont été envoyées par leur propriétaire, Mme Morel, pour apprendre la couture, Ensuite, elles ont ensuite été accusées, enfermées, condamnées puis déportées. L’auteur a retrouvé leurs traces en Australie. Peu avant l’abolition de l’esclavage, les enfants accusés d’un délit étaient condamnés à la prison, puis à la déportation à vie. Une lourde sanction destinée à terroriser les esclaves. En mai 1834, Constance, âgée de neuf ans, est envoyée en Nouvelle-Galles du Sud. Lorsqu’elle débarque à Sydney le 9 juillet 1834, elle devient la plus jeune condamnée de toute l’histoire du peuplement australien. Un fait historique majeur, encore largement méconnu.
De l’esclave à la figure héroïque
Nicolas Couronne raconte le passé en analysant des documents et des sources: Constance n’est plus esclave en Australie. Elle est convict, prisonnière du système pénal britannique. Elle est incarcérée à la Female Factory de Sydney, avec Élisabeth. Mais leur particularité — enfants noires ne parlant pas anglais — attire l’attention d’un magistrat, Henry Wilson, qui décide de les placer comme prisonnières assignées. C’est là qu’intervient une figure clé : Martha Wilson, fille du magistrat, qui vient en aide à Constance. Lorsque Martha se marie et quitte la région, elle emmène Constance avec elle. Cette rencontre sera déterminante pour Constance. Cette dernière rencontre Robert Trudgett, un ouvrier anglais. Grâce au soutien de son entourage, elle obtient l’autorisation de se marier. Ils s’installent sur une propriété au nom de Gum Flat. Ils auront onze enfants. Constance travaille aux champs, élève sa famille, devient une sage-femme respectée.
En Australie, elle est aujourd’hui reconnue comme une “remarkable woman of the Central West”.  Dans cette histoire sombre, la lumière trouve son chemin. Et s’il y a un prix à payer, la réparation se dresse sur le seuil d’une maison familiale. Enquête familiale, l’intime devient vecteur historique. Texte, photographies composent un récit sensible, un travail mémoriel qui donnent à voir une survivante et des victimes d’une idéologie raciste.

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