Micaëlla Clément, Directrice Étoile d’Espérance
Le 8 mars, on célèbre la femme. D’accord. Mais parlons réalité.
La condition féminine à Maurice interpelle fortement car, malgré des progrès significatifs depuis l’indépendance et la révolte populaire des jeunes le 20 mai 1975, les femmes continuent de subir des injustices. À cette époque, les jeunes se sont insurgés contre le système capitaliste et les inégalités dans l’éducation. Il ne faut pas oublier non plus la révolte d’Anjalay Coopen, qui s’était fermement opposée à l’oppression faite aux femmes de l’époque.
Comment a évolué la femme mauricienne en 2026 ?
En 2026, la femme a beaucoup évolué. Elle a obtenu le droit de vote, peut investir, créer des entreprises au même titre que l’homme, et joue un rôle central dans la famille et la société. Elle est active et avance au cœur de la modernité, de la globalisation et du modernisme. Ce n’est plus l’époque où les filles étaient sacrifiées pour donner une meilleure chance aux frères aînés ou pour honorer la famille.
Quelles mesures ont été prises pour protéger et émanciper les femmes ?
Depuis l’indépendance, les Ministres de la Femme et du Bien-être de la famille, sous tous les régimes politiques, ont amendé plusieurs lois en faveur des droits fondamentaux des femmes, leur émancipation, leur sécurité et leur participation en politique.
Malgré ces avancées, les femmes continuent de subir des violences et des inégalités. Elles meurent encore sous les coups du conjoint, sont intimidées dans les postes de police et se heurtent à une administration rigide. Avec la montée de la violence sociale, la cherté de la vie, les abus sexuels sur mineurs et les familles déchirées par l’alcool ou la drogue, la femme mauricienne se retrouve dans une époque compliquée.
Quelles sont les pressions auxquelles les femmes font face ?
La charge mentale reste énorme. Elles jonglent entre multiples responsabilités et tentent d’être à la hauteur malgré les obstacles et la pression sociale dans une société encore fermement patriarcale. Partout — à la maison, dans la voiture, sur le lieu de travail — elles font face à des stéréotypes qui les définissent comme un « role model », une figure rassurante et aimante, sous peine d’être jugées ou considérées comme une honte.
Que doit changer concrètement pour améliorer leur condition ?
Il faut une application réelle des lois existantes, et non du cosmétique. Les politiciens doivent être plus avant-gardistes et réagir avant les drames. Les lois doivent être renforcées, la police mieux équipée pour sécuriser les femmes en détresse, et des recours légaux et psychologiques doivent être accessibles pour protéger au mieux les victimes.
En 2026,la représentation de la femme en politique représente uniquement 20%. Il y a encore des choses à faire dans ce sens car tant que le pouvoir reste dans un seul camp, nous nous retrouverons encore dans 100 ans à se poser les mêmes questions de parité hommes et femmes.
Quels exemples positifs peut-on citer ?
Il existe des femmes qui ont osé pénétrer des sphères dominées par les hommes, comme Shirin Aumeeruddy-Cziffra, première Présidente de la République de Maurice et notre actuelle speaker de l’assemblée nationale et encore, Mame Thakoor, la première dame gouverneur de la banque de Maurice, qui font la fierté de Maurice ! Ces femmes font la fierté de Maurice et montrent la voie.
Quel est votre message ?
Il faut plus de solidarité féminine, penser collectif et ne jamais céder sur nos droits. L’indépendance financière est essentielle, car elle permet à la femme de décider pour elle-même et de mener ses projets sans dépendre de personne. Il est crucial de donner plus d’opportunités aux femmes désireuses de se lancer dans l’entrepreneuriat, en mettant en place des structures de soutien et des facilités financières pour mener leurs projets à bien.

