Chagos : Lettre de non-consentement et manifestation à Londres

  • Ordre d’éviction contesté des occupants de l’île du Coin : la décision finale du juge toujours attendue

Le dossier des Chagos, déjà au cœur d’un bras de fer diplomatique entre Maurice et le Royaume-Uni, connaît un nouvel épisode avec la mobilisation de certains groupes chagossiens au Royaume-Uni. Le 12 mars 2026, jour de la fête nationale mauricienne, des Chagossiens se sont rassemblés devant l’ambassade de Maurice à Londres, afin de remettre une déclaration officielle de non-consentement au transfert de souveraineté de l’archipel à Maurice.

La lettre, adressée au Premier ministre Navin Ramgoolam, est signée par Misley Mandarin, qui se présente comme Interim First Minister du Chagossian Government. Les signataires affirment représenter des Chagossiens britanniques et contestent toute décision concernant l’avenir de l’archipel qui serait prise sans leur consentement.

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Contester le transfert de souveraineté

Dans cette déclaration, les auteurs affirment que les Chagossiens de Londres n’ont jamais été consultés sur l’accord conclu entre Londres et Port-Louis, qui prévoit le transfert de souveraineté des îles à Maurice, tout en maintenant la base militaire stratégique de Diego Garcia sous contrôle britannique et américain pour plusieurs décennies.

Le document invoque le principe du droit à l’autodétermination, estimant que le peuple chagossien doit pouvoir décider lui-même du statut politique de son territoire.

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Les signataires rappellent également que les habitants de l’archipel ont été expulsés de force entre les années 1960 et 1970 lors de la création de la base militaire de Diego Garcia. Selon eux, il serait inacceptable qu’une nouvelle décision concernant les îles soit prise sans leur participation directe.

La lettre se veut aussi un appel au dialogue avec le gouvernement mauricien, afin que les Chagossiens soient associés aux discussions sur l’avenir de l’archipel.

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Incident devant l’ambassade de Maurice

La remise de la lettre a, toutefois, donné lieu à un incident. Selon les manifestants, le personnel de l’ambassade mauricienne aurait refusé de recevoir le document, ce qui aurait conduit à l’intervention de la police britannique.

Un policier présent sur les lieux aurait demandé au personnel diplomatique d’accepter la lettre destinée au PM mauricien. Les protestataires affirment que la demande aurait été refusée et que le document n’a pas été officiellement reçu.

Les Chagossiens indiquent avoir finalement déposé la lettre dans la boîte aux lettres de l’ambassade.

Cet épisode illustre les tensions qui entourent désormais le dossier chagossien, où se mêlent revendications historiques, enjeux juridiques et intérêts géopolitiques.

Ordre d’éviction contesté : la décision finale du juge toujours attendue

La mobilisation à Londres intervient alors que Misley Mandarin et trois autres Chagossiens ont récemment tenté de s’installer sur l’atoll de Peros Banhos, dans l’archipel des Chagos.

Le 18 février dernier, les autorités du British Indian Ocean Territory (BIOT) leur ont signifié un ordre officiel, leur demandant de quitter immédiatement les îles. Le document précisait qu’un refus pourrait entraîner jusqu’à trois ans de prison ou une amende pouvant atteindre £3,000.

Mais le lendemain, la justice du territoire est intervenue. Le Chief Justice du BIOT, James Lewis a accordé une injonction provisoire suspendant l’expulsion, estimant que les Chagossiens ne représentaient pas de menace immédiate pour la sécurité.

Cette décision empêche pour l’instant les autorités britanniques de procéder à leur éviction. Le jugement sur le fond de l’affaire est désormais attendu, et devra déterminer si l’ordre d’expulsion peut être appliqué ou s’il doit être annulé.

Une bataille juridique et politique

La présence de Chagossiens sur les îles constitue un défi pour les autorités britanniques, qui maintiennent depuis des décennies un contrôle strict de l’accès à l’archipel pour des raisons de sécurité liées à la base militaire de Diego Garcia.

Pour Misley Mandarin et ses partisans, cette occupation vise à démontrer que les Chagossiens ont toujours un droit de retour sur leurs terres ancestrales.

Cette initiative reste, cependant, controversée. Le “Chagossian Government” qu’il revendique diriger n’est reconnu ni par les États ni par les organisations internationales, et plusieurs associations chagossiennes contestent sa représentativité.

Un dossier diplomatique toujours bloqué

Ces tensions surviennent alors que le traité entre le Royaume-Uni et Maurice, conclu en 2025 pour transférer la souveraineté des Chagos, reste en suspens.

Le projet de loi nécessaire à sa mise en œuvre a été bloqué au Parlement britannique, notamment en raison de débats politiques et des préoccupations liées à la base militaire stratégique de Diego Garcia.

Dans ce contexte, certaines prises de position de groupes chagossiens sont également utilisées dans les débats politiques britanniques pour contester ou ralentir le processus de transfert de souveraineté.

Entre décolonisation et enjeux géopolitiques

Le dossier des Chagos illustre la complexité d’un conflit où se croisent plusieurs enjeux :

  • la revendication de décolonisation portée par Maurice,

  • les droits des Chagossiens déplacés, et

  • l’importance stratégique de Diego Garcia dans l’architecture militaire occidentale dans l’océan Indien.

Alors que les discussions diplomatiques se poursuivent, la mobilisation de certains groupes chagossiens et les procédures judiciaires en cours pourraient encore retarder une solution définitive à l’un des contentieux territoriaux les plus sensibles de la région.

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