Le réveil, enfin. Après les mises en garde répétées depuis l’année dernière sur notre extrême fragilité face aux chocs extérieurs, après six semaines d’une guerre au Moyen Orient aux conséquences imprévisibles, le gouvernement a annoncé vendredi un train de mesures visant à permettre aux acteurs de l’énergie, entre autres, d’amortir les coûts supplémentaires d’une perturbation du marché mondial.
Des augmentations étaient devenues inévitables, comme celle du pain dont le prix est resté inchangé depuis 2012. Pendant ces 14 ans, les salaires et les coûts de production se sont considérablement renchéris. Si c’est un fait, on peut néanmoins discuter du montant de la hausse de la baguette et de la farine subventionnée qui sert aussi à la fabrication de pains spéciaux qui se vendent à plus de Rs 100 le sachet.
Et c’est vain de comparer les prix avec d’autres pays de la région dont la valeur de la devise est plus élevée comme, par exemple, les Seychelles, seul pays africain à être classé dans la catégorie de ceux se situant dans la tranche des revenus élevés avec un salaire minimum bien plus conséquent que ce qui est pratiqué chez nous.
Après la bonbonne de gaz qui est passée de Rs 190 à Rs 250 et le diesel de Rs 58,95 à Rs 64,80, d’autres hausses sont également dans les tuyaux. Si celle du tarif d’électricité de 15% au 1er mai prochain est déjà connue depuis vendredi, il y a celles de l’essence et du diesel, à nouveau, qui devraient être annoncées dans les prochains jours, une fois que les nouvelles cargaisons auront touché notre port.
L’austérité est là. Elle était devenue inévitable, mais… Et c’est là que les réactions populaires deviennent carrément négatives lorsqu’elles ont le sentiment que le sacrifice n’est pas partagé et que l’exemple ne vient pas d’en haut. Et la question qui revient dans l’opinion est à quand votre tour !?
Si, à l’issue du Conseil des ministres, vendredi, il avait aussi été annoncé que tous ceux qui sont rémunérés de fonds publics verront leurs salaires amputés d’un symbolique 10%, que le privilège des voitures hors-taxe ne sera accordé que tous les cinq ans, soit la durée d’un mandat parlementaire, les mesures « ser sintir » auraient, sans doute, été mieux acceptées.
Ce régime à l’économie devrait aussi être appliqué à ces nombreux conseillers sans aucune qualification et ces dirigeants d’organismes para-publics qui se disputent le package salarial et les grosses voitures. Cette obsession de la cylindrée la plus rutilante et la plus clinquante avec sa plaque minéralogique souvent ridicule est une particularité mauricienne qui n’en finit pas de susciter l’incompréhension des étrangers qui séjournent chez nous.
La période de crise aurait aussi dû être un moment de réflexion sur le changement de paradigme nécessaire pour passer à un développement différent de ce que l’on a connu durant ces 20 dernières années. Depuis le lancement de nouveaux secteurs comme les technologies de l’information, le seafood hub et quelques projets de Integrated Resort Scheme, des retombées de l’Illovo Deal qui ont vu naître Ébène et Côte d’Or pour ne citer que deux exemples tangibles des mutations opérées, rien de bien nouveau pour favoriser la croissance et la résilience.
Ce que l’on nous annonce, c’est du réchauffé qui, en plus, commence à sérieusement agacer la population. Encore des visas en or pour riches étrangers et donc davantage de morcellements et de « gated villas » et un renchérissement des terres qui devient inaccessible même pour un couple de cadres moyens.
Les mauvaises nouvelles n’arrivant jamais seules, comme pour ne pas faire démentir la loi des séries, voilà que, face aux exigences des États Unis, le Premier ministre britannique, Sir Keir Starmer a décidé de mettre le dossier Chagos en mode pause pour une durée indéterminée.
Après la disparition inquiétante et soudaine des Rs 10 milliards qui devaient alimenter le budget 26/27, le dossier, empoisonné en plus par l’installation de Britanniques d’origine chagossienne sur une parcelle du territoire, devra être repris à tous les niveaux, diplomatique d’abord, mais aussi éventuellement devant les instances internationales pour faire respecter l’accord signé le 22 mai 2025. Ce qui n’est pas une mince affaire.
Pendant ce temps, la crise qui secoue le MMM a enregistré une autre étape hier avec la décision des « délégués » de soutenir le maintien du parti au gouvernement. Drôle d’assemblée où des mineures étaient aux premières loges de même que les figures contestées qui ne quittent pas d’une semelle les ministres qui gèrent de gros contrats. Quant à la circonscription de Paul Bérenger, le nombre de délégués présent est en lui-même un cinglant désaveu de Deven Nagalingum.
Et si certains insistaient pour un vote par bulletin secret au comité central, mais pour ce qui est censé être la confirmation ultime de la décision de rester au gouvernement par l’instance suprême, le vote a été pris à mains levées.
Quoi qu’il en soit, une page est tournée. Il y a les délégués et il y a surtout ces milliers de sympathisants qui votent MMM, qui se reconnaissent de moins en moins dans certaines pratiques pouvoiristes et qui constatent que, finalement, les Jugnauth, Padayachy, Hureeram, pour ne citer que ceux-là, ont déjà allègrement trouvé leurs clones.
La recomposition des bancs de l’opposition devrait en conséquence déjà se dessiner, ce mardi, à l’Assemblée Nationale. Avec trois élus et constituant le groupe majoritaire et, ne nécessitant ni le soutien des Best losers du MSM, Joe Lesjongard, probablement satisfait que son CorexSolar ait été complètement réhabilité, et du PMSD Adrien Duval, encore empêtré dans ses déboires judiciaires, ce sera soit Paul Bérenger, soit la première député du No 16 ou celui du no 10 Chetan Baboolall qui sera appelé à prendre le poste de leader de l’opposition. Après, bien entendu, l’assentiment du Président de la République.
La séance parlementaire de mardi prochain s’annonce déjà assez piquante avec deux interpellations de la député Joanna Bérenger qui figurent en haut de la liste des questions adressées au Premier ministre. Si elle adopte la même posture qu’utilisent certains back benchers du PTr pour embarrasser les ministres du MMM, ça promet !
