« La démission de Paul Bérenger, Joanna Bérenger et Chetan Baboolall du MMM, est très différente de toutes les autres scissions au sein du MMM.
« Cette différence ne réside pas tant dans l’écart entre le nombre de dirigeants du MMM d’un côté ou de l’autre lors de la rupture : en 1983 et en 1994, il y avait eu des scissions bien plus importantes, avec un nombre beaucoup plus conséquent de grands dirigeants militants qui avaient rejoint le camp opposé à Paul Bérenger.
« La différence, c’est que Paul Bérenger, cette fois-ci, est en train de perdre le MMM. Il est en train de perdre son parti.
« Pourtant, le MMM était devenu un parti bérengiste. Et cela est vrai depuis au moins 1982, c’est-à -dire depuis 44 ans, une très longue période. Et aujourd’hui, un parti « bérengiste » se retrouve sans Bérenger. Et Bérenger se retrouve sans son parti.
« Mais c’est une suite logique depuis que Paul Bérenger a commencé sa série de conférences de presse en solo l’année dernière, au mois d’août. Il était étrange qu’il tienne des conférences de presse non pas en tant que leader du MMM, ni en tant que Vice-Premier ministre, mais plutôt en tant que Paul Bérenger. Et, dès le moment où Bérenger s’est séparé de l’« Alliance du changement », il y a eu une succession d’événements qui semblaient inexorables et qui nous ont menés jusqu’à son isolement vis-à -vis de l’ensemble de son parti.
« Ce qui est regrettable, ce sont les arguments avancés par Paul Bérenger pour expliquer sa démission du parti, dont il était le seul membre fondateur encore présent à la direction. Il s’agit d’une série de raisons affligeantes.
« D’abord, la réforme électorale est le premier point spécifique qu’il mentionne. Son explication ne représente pas un point stratégique. C’est plutôt une forme d’expression technique que centrée sur un contenu politique. Il aurait pu, par exemple, dire : Je démissionne parce que la classe capitaliste a pris le contrôle des partis politiques au pouvoir, faute de contrôle suffisant sur les dépenses électorales ; il faut donc une réforme électorale. Cela, ce serait stratégique. Mais il dit : chaque voix ne compte pas à sa juste valeur. Paul Bérenger a l’habitude de s’exprimer avec plus de précision que cela. Si l’on lit son raisonnement, on pourrait croire qu’il parle de l’inégalité du nombre d’électeurs dans chaque circonscription, un argument simpliste souvent avancé par des personnes peu expérimentées en analyse démocratique, qui ne prennent pas en compte, par exemple, la distance par rapport à la capitale ou aux autres centres urbains où les facilités sont concentrées. Mais comme nous connaissons Bérenger, nous savons qu’il fait plutôt référence, comme on a pu l’entendre chez Guy Ollivry — dont la trajectoire semble d’ailleurs similaire — à la question de la représentation proportionnelle.
Conflits raciaux
Ensuite, il devient moins spécifique lorsqu’il parle de valeurs. Lorsqu’un politicien se réfugie derrière un concept aussi vague et creux que les valeurs, sans programme, sans objectif politique ni stratégie, il y a lieu de s’inquiéter.
« Avant cela, il évoque sa contribution à l’amélioration des droits des travailleurs, ce que le MSM revendique également au passage. Mais en réalité, Paul Bérenger, lorsqu’il était militant durant ses onze premières années d’engagement, c’est-à -dire de 1969 à 1980, a fait bien plus que simplement contribuer à l’amélioration des droits des travailleurs. Il a porté un MMM dont le slogan principal était la lutte des classes, pas la lutte des races, contribuant ainsi à sortir la classe ouvrière du marasme des conflits raciaux qui avaient éclaté autour de l’indépendance, provoqués par toutes les forces réactionnaires amalgamées. Bérenger a contribué, en aidant la classe ouvrière à mettre en place des syndicats démocratiques, à planifier les grèves de 1971, de 1979 et le grand mouvement de 1980, afin que les travailleurs non seulement améliorent leurs droits par leur propre action, mais aussi, en tant que classe, acquièrent une telle force qu’ils ont contraint le patronat et son État bourgeois à leur arracher ces droits.
« Mais, depuis 1981, Bérenger a renié ce type de lutte de classe. Et aujourd’hui, il renie ce passé héroïque qui était le sien. Il a même contribué à réduire les droits des travailleurs, à commencer par son rôle réactionnaire en tant que ministre des Finances en 1982, lorsqu’il s’est tellement soumis au FMI que Anerood Jugnauth et Kader Bhayat l’ont écarté du gouvernement et ont défié à la fois lui et le FMI. C’est la vérité.
Suppression
Et ce n’est pas nouveau : cela remonte à longtemps. Et jamais Bérenger n’est revenu à la lutte des classes comme moteur de l’histoire. Il n’y adhère plus. À sa décharge, il l’a lui-même déclaré. Le problème, c’est que beaucoup de gens, surtout dans la classe ouvrière, pensaient qu’il disait cela uniquement pour tromper le patronat !
« Quant à l’élargissement des libertés, Paul Bérenger y a effectivement contribué, mais il a aussi fait le contraire. Lorsque le gouvernement MMM-PSM a amendé le Public Order Act et voté le Public Gathering Act, certaines mesures ont apporté davantage de liberté — comme la suppression des peines de prison obligatoires pour participation à des manifestations illégales — mais, en même temps, les organisations ont été contraintes d’informer la police bien plus longtemps à l’avance avant toute manifestation.
Tout cela pour dire que Paul Bérenger est quelqu’un qui, en tant que leader, a eu tendance à représenter la classe la plus forte. Ainsi, lorsque la classe ouvrière était suffisamment forte, il a été un leader exemplaire : courageux, honnête envers les travailleurs, stratégique, et engagé au point de mettre sa vie en danger lors de la grève de la faim de 1979 avec Ram Seegobin et d’autres militants et travailleurs, suivie du grand mouvement de grève générale, puis encore une fois lors de la grève de la faim de 1980, toujours aux côtés d’autres militants et travailleurs.
« Mais lorsque la classe ouvrière a été affaiblie par la mécanisation des docks — avec le vrac — ainsi que par la centralisation des usines sucrières (de 21 à 4) et la mécanisation des champs de canne, dans une telle période, Bérenger a eu des difficultés à représenter une classe confrontée à une immense vague de défis objectifs. Il a alors conclu des alliances communales, notamment avec Harish Boodhoo et son PSM, et a adopté une nouvelle stratégie pour remplacer la lutte des classes. Il appelait cela le « Nouveau Consensus Social ». Et, comme nous le disons depuis longtemps au sein de LALIT, il s’est nettement écarté de son combat initial.
« Aujourd’hui, il ne quitte ni le gouvernement de l’Alliance du Changement, ni le MMM parce qu’il serait en désaccord avec leur absence de position claire contre Israël et les États-Unis dans leur génocide contre les Palestiniens. Non. Il reste silencieux sur ce point, même après avoir démissionné des deux. Il n’a pas quitté le gouvernement ni le MMM parce que la majorité dans les deux voulait louer Diego pour 99 ans, abandonner une victoire en droit international et accepter en échange une monnaie de sang permettant au Royaume-Uni et aux États-Unis d’exercer leur souveraineté. Non, ce n’est pas pour cette raison qu’il est parti.
Triste
« Il n’est pas parti non plus parce que ni le gouvernement ni son ancien parti n’ont pris position contre la guerre d’agression menée par les États-Unis et Israël contre l’Iran, ni parce qu’ils permettent l’utilisation de notre territoire pour cette guerre, faisant de nous des belligérants, voire des agresseurs. Il n’a pas quitté le gouvernement ni le MMM parce qu’ils sont trop lâches pour exiger que les grands propriétaires mettent immédiatement, disons, un tiers de leurs terres en culture vivrière, alors même qu’une guerre prive la population de la République de Maurice de nourriture. Non. Il n’est pas parti non plus parce qu’il s’oppose à la suppression de la pension universelle pour les personnes âgées de 60 à 65 ans.
« Ainsi, toutes ces absences dans son raisonnement sur les raisons de son départ signifient que Paul Bérenger a finalement révélé à tous ce qu’il est devenu politiquement : un politicien pro-capitaliste, pro-impérialiste ordinaire. C’est triste. Mais cela remonte à sa rupture avec la politique de classe, amorcée vers la fin de 1981 et culminant avec l’adoption du Nouveau Consensus Social. »
Démission du MMM de Paul Bérenger, Joanna Bérenger et Chetan Baboolall |Réaction de Lalit : « Un parti bérengiste sans Bérenger »
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