— Sotravic Ltée/Strata s’engage à régler les arriérés d’ici à vendredi prochain
Un litige opposant le consortium Sotravic Ltée/Strata à des camionneurs engagés sur une base contractuelle a perturbé les opérations au site d’enfouissement de Mare-Chicose vendredi. Le mouvement faisait suite à des revendications liées à des paiements en attente, affectant le transport des déchets depuis plusieurs stations de transfert vers le site géré conjointement par lesdites compagnies. Le blocage concernait 15 propriétaires de camions engagés sur une base contractuelle pour assurer l’acheminement du lixiviat vers les centres de traitement. Dans le huis clos des tractations avec le ministère de l’Environnement, un accord a finalement été trouvé entre les deux parties, l’opérateur s’engageant à régler les arriérés d’ici à vendredi prochain.
Sept mois qu’ils sont réduits à quémander leur argent, fruit d’un dur labeur dans un lieu d’affectation où les conditions de travail sont de plus en plus dangereuses et éprouvantes. La pilule est d’autant plus dure à avaler pour les camionneurs, que le duo Sotravic Ltée/Strata n’est pas à son coup d’essai. On se souvient que dans la matinée du 18 décembre 2025, à l’aube des festivités, les opérations au site d’enfouissement de Mare-Chicose avaient été perturbées par un mouvement de grève et de blocage faisait suite à des revendications liées à des paiements en attente, affectant le transport des déchets depuis plusieurs stations de transfert vers le site. La mobilisation concernait plus d’une vingtaine de propriétaires de camions de 40 pieds, représentant une flotte d’environ 60 véhicules. La situation semblait avoir évolué dans l’après-midi, à l’issue de négociations entre les deux parties, permettant la reprise des opérations. Ce n’était finalement que de la poudre aux yeux. La tension, que l’on pensait aplanie, est de nouveau à son comble quatre mois plus tard.
La colère des camionneurs atteint le point d’ébullition. Signe de cette atmosphère : c’était le branle-bas de combat dans la matinée de vendredi devant le centre d’enfouissement, où les15 camions concernés ont bloqué l’accès au site. « Pe tourn nou an bourik. Sak semenn pe dir pou peye, me nou pasians ena limit. On doit non seulement subvenir aux besoins de nos familles, mais les dépenses liées à l’entretien des camions et aux travaux mécaniques, entre autres, sont astronomiques », confie Yadev. D’autres reproches sont adressés à Sotravic et son partenaire. « Zot pe amenn enn mari move rol. Au-delà des salaires impayés, ils ont eu le toupet d’enrôler d’autres camionneurs pour faire le travail à notre place », ajoute notre interlocuteur.
Rien ne laissait présager un changement de cap de la part des grévistes, à la mi-journée, mais il a finalement suffi de quelques heures pour changer la face des négociations. Tout est parti d’un communiqué émis par le ministère de l’Environnement, de la Gestion des déchets solides et du Changement climatique indiquant suivre de près l’évolution de la situation en collaboration avec l’opérateur du site. Des négociations, orchestrées par le ministre de tutelle, Rajesh Bhagwan, sont alors entamées avec Sotravic/Strata dans une tentative de débloquer la situation et permettre une reprise rapide des opérations. Dans le même temps, une plainte est déposée au poste de police de Cent-Gaulettes.
Il était d’autant plus urgent que les opérations reprennent que les camionneurs à l’origine du mouvement de grève ont la responsabilité d’évacuer des quantités de lixiviat, un mélange d’eau de pluie et de fermentation des déchets enfouis, emmagasinées dans le bassin de stockage du site. Ils contiennent une pollution de type azotée (ammoniac, NH4), de type carbonée (déchets organique, DCO), et des métaux lourds. À en croire certaines sources dans le milieu, le lieu d’enfouissement de Mare-Chicose produit des milliers de litres de lixiviat qu’il faut traiter tous les jours dans des bassins d’aération. Puis, les liquides retournent dans la nature. Or, nos sources se rejoignent sur un autre constat : le site n’a pas toujours eu la capacité d’accumuler les eaux toxiques des déchets qui percolent, ce qui fait que, depuis l’ouverture du site en 1997, des rejets ont dépassé les normes à quelques reprises.
Face à la fronde, et à l’issue d’intenses négociations avec le ministère de l’Environnement, Sotravic a changé son fusil d’épaule en s’engageant à régler les arriérés d’ici à vendredi prochain. Les camionneurs se disent prêts à enterrer la hache de guerre si cette dernière respecte sa promesse.
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Le dernier rapport (mars) de Luxconsult enfonce Sotravic
La pierre d’achoppement du contrat paraphé… pour 3 650 jours
Rajesh Bhagwan : « J’ai pris un avis du State Law Office »
Le contrat de Sotravic/Strata en tant que gestionnaire de Mare-Chicose avait pris fin en décembre 2019. Sauf que le fiasco lié au processus d’appel d’offres avait permis à l’opérateur de bénéficier des extensions de son contrat sur une base mensuelle, jusqu’à ce qu’on lui attribue, le 1er juillet 2024 (sous l’ancien régime) un contrat sur le long terme (3 650 jours)… au coût de Rs 4,1 milliards, malgré son offre financière nettement supérieure aux deux autres soumissionnaires qui, contrairement à elle, disposent d’un arsenal d’équipements modernes et adaptés dans le compactage des ordures. Contacté hier, le ministre de l’Environnement, Rajesh Bhagwan, soutient que « Sotravic/Strata a de nouveau été épinglé dans le dernier rapport de Luxconsult, publié en mars, sur le fait qu’elle n’a toujours pas rectifié le tir quant aux manquements significatifs relatifs à ses obligations contractuelles. »
C’est de notoriété. Mare-Chicose est en feu, depuis des lustres, au sens propre comme au sens figuré ! Au-delà de la levée de boucliers des camionneurs lésés, les nombreux incendies monstres qui ont branlé le centre d’enfouissement, depuis six ans, ont jeté une lumière crue sur une série de manquements contractuels relayés par le consultant Luxconsult — en charge du suivi de l’exécution du contrat — portant sur la gestion verticale complète du site, incluant l’exploitation opérationnelle, la fourniture d’équipements, le personnel, les assurances et la maintenance du centre d’enfouissement.
Entre novembre 2024 et mars dernier, Luxconsult a jeté des pavés dans la marre, en espérant un sursaut d’orgueil de la part de Sotravic/Strata concernant notamment le volet de la police d’assurance, les équipements et l’obligation d’évacuer le lixiviat à une fréquence de 6 000 m² par semaine. À en croire Rajesh Bhagwan, « si la firme a démontré quelques améliorations sur le site, elle n’a pas respecté de nombreuses clauses du contrat ni déployé les ressources nécessaires pour donner un coup d’accélérateur aux opérations, malgré de nombreux rappels à l’ordre. Après avoir été payée de manière intégrale par la Solid Waste Management Division du ministère de l’Environnement, durant plusieurs mois, on a pris la décision qu’elle percevrait plus que la moitié de son argent », dit-il.
À la lumière du dernier document publié par Luxconsult, Rajesh Bhagwan souligne qu’il peaufine les derniers détails à l’écriture d’un rapport, de concert avec ses officiers, qu’il remettra au conseil des ministres dans les semaines à venir : « Le centre d’enfouissement de Mare Chicose fait l’objet d’une attention accrue du ministère de l’Environnement depuis que j’en ai pris les manettes et l’incapacité de Sotravic à réduire l’échelle du problème est quelque chose qui m’ennuie. Sauf qu’il est hors de question d’aller trop vite en besogne en parlant de résiliation d’un contrat qui a été paraphé pour 3 650 jours sous le MSM. Nou bizin sir nou pwin avan. Il ne faut pas qu’on se retrouve sans gestionnaire, d’une part, et à devoir payer, d’autre part, des milliards de roupies de dédommagement. J’ai pris un avis auprès du State Law Office en ce sens. »
En juin 2025, le ministère de l’Environnement avait exclu Sotravic Ltée de toute participation à des appels d’offres pour une durée de six mois. Il avait entériné cette décision après avoir sollicité un avis légal, et en vertu de l’article 35A de la Public Procurement Act dans le cadre du contrat de gestion des déchets à La Chaumière. Elle a été formalisée par courrier daté du 21 juin 2025, signé par B. Beerachee au nom du secrétaire permanent. Dans cette correspondance, il est reproché à l’entreprise des « défaillances significatives et persistantes » dans l’exécution du contrat intitulé Operation and Maintenance of La Chaumière Transfer Station and transportation of wastes from La Chaumière Transfer.
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Le torchon brûle…
Samedi 23 novembre 2024. Fraîchement nommés ministre et Junior Minister au portefeuille de l’Environnement et du Changement climatique, Rajesh Bhagwan et Joanna Bérenger héritent déjà de l’une des patates chaudes… les plus brûlantes du gouvernement sortant : le dossier lié au centre d’enfouissement de Mare Chicose, avec pour toile de fond la catastrophe écologique en cours sur une superficie d’environ 31 500 mètres carrés. Sur place, les deux concernés rappellent l’enjeu crucial que représente Mare-Chicose pour la gestion des déchets à Maurice et promettent de rectifier le tir. Ils sont désormais à couteaux tirés sur ce dossier.
Les rancunes sont tenaces au sein de la famille militante. Elle s’est développée par médias interposés, au cours de ces dernières 48h, entre Rajesh Bhagwan et Joanna Bérenger dans le sillage de la grève des camionneurs qui a braqué les projecteurs sur le duo de gestionnaires controversé de Mare-Chicose. C’est Joanna Bérenger qui a sonné la charge, vendredi soir, en estimant que les difficultés rencontrées à Mare-Chicose étaient prévisibles, dénonçant une « passivité face à des manquements du contracteur observés depuis plus d’un an ».
Elle a remis en question les délais de mise en œuvre des recommandations formulées par le consultant mandaté par le gouvernement pour le suivi du site. « Dans l’intérêt de l’environnement, j’espère que le ministre commencera à diriger plutôt qu’à subir, et à sanctionner plutôt qu’à tolérer, ainsi qu’à anticiper plutôt qu’à réagir. Car si cela n’est pas fait, c’est l’environnement qui en paiera les conséquences. »
Réponse du berger à la bergère. « Le dossier de Mare-Chicose a été hérité de l’ancien gouvernement, le contrat ayant été attribué avant le changement de majorité. À plusieurs reprises, j’ai rencontré l’opérateur en compagnie de l’ex-Junior Minister, en raison de manquements constatés dans l’exécution du contrat. J’ai présenté un rapport au Conseil des ministres en fin d’année dernière, détaillant les actions envisagées. Jusqu’à ce qu’elle démissionne comme Junior Minister, zame mo’nn tann Madam Bérenger vinn koz sa kalite koze-la, alor ki li ti ar mwa dan minister e dan renion. Nou kapav enn adverser politik zordi, me sa kalite demagozi-la zame mo’nn trouve », confie Rajesh Bhagwan.
MARE-CHICOSE — BLOCAGE DES CAMIONNEURS : Un accord trouvé dans le huis clos des tractations…
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