Le budget 2026-27 de Rodrigues, doté d’une enveloppe estimée à Rs 6,8 milliards, se veut ambitieux et transformateur. Pourtant, derrière ces annonces, une réalité dérangeante refait surface : de nombreux projets du budget précédent demeurent inachevés, et des centaines de millions de roupies ont été retournées faute d’exécution. Dans ce contexte, la population ne regarde plus seulement vers l’avenir… elle exige des comptes sur le passé.
L’un des points les plus sensibles concerne les projets d’infrastructure non réalisés. Lors du précédent exercice budgétaire, près de Rs 450 millions allouées aux routes, drains et équipements publics n’ont pas été mises à contribution à temps. Résultat : routes dégradées, chantiers abandonnés et régions toujours enclavées. Ce retard chronique fragilise la crédibilité de nouvelles annonces, notamment celles liées au désenclavement et à la modernisation de Rodrigues.
Dans le secteur de l’eau, pourtant classé priorité absolue depuis plusieurs années, environ Rs 300 millions n’ont pas été consommées lors du dernier exercice financier. Des projets de réservoirs, de forages et de réhabilitation du réseau sont restés bloqués ou inachevés.
Entre-temps, des localités continuent de recevoir de l’eau seulement quelques jours par semaine. Cette situation alimente un profond sentiment d’incompréhension : comment parler de nouveaux investissements quand les anciens n’ont pas été concrétisés ?
Le domaine de l’énergie renouvelable n’échappe pas à cette tendance. Près de Rs 200 millions destinées à des projets solaires et à l’amélioration du réseau énergétique n’ont pas été utilisées. Des initiatives annoncées avec force – notamment pour réduire la dépendance au diesel – ont pris du retard, freinant la transition énergétique de l’île. Aujourd’hui encore, Rodrigues reste fortement dépendante des importations de carburant, malgré les ambitions affichées.
Du côté du développement économique, environ Rs 350 millions allouées au soutien des PME, à la pêche et à l’agriculture n’ont pas été pleinement exploitées. Plusieurs entrepreneurs dénoncent des procédures lourdes, des retards administratifs et un accès difficile aux financements. Résultat : des opportunités manquées, des projets abandonnés et une économie locale qui peine à décoller malgré les promesses répétées.
Même le secteur du tourisme, pourtant vital pour Rodrigues, a vu près de Rs 150 millions non utilisées dans des projets d’aménagement et de promotion. Des initiatives visant à améliorer l’accueil touristique ou à développer de nouveaux sites sont restées au stade de papier, alors que la concurrence régionale continue de s’intensifier.
Face à ce constat, les nouvelles annonces du budget 2026-27 suscitent autant d’espoir que de scepticisme. Certes, Rs 1,2 milliard sont prévues pour l’aéroport, Rs 900 millions pour l’eau, Rs 750 millions pour l’énergie et plus de Rs 1,5 milliard pour l’économie. Mais une question domine : ces fonds seront-ils réellement utilisés pour le bien-être de la population ?
Car le problème de Rodrigues ne réside plus uniquement dans le manque de moyens, mais dans la capacité à exécuter les projets. Les retards, les lenteurs administratives et le manque de suivi ont déjà coûté cher à l’île, non seulement en termes financiers, mais aussi en perte de confiance.
Aujourd’hui, la population envoie un message clair :
ce n’est plus le temps des annonces, mais celui des réalisations.
Ce budget 2026-27 représente donc bien plus qu’un plan financier. Il est un test de vérité. Un test de rigueur. Un test de leadership.
Rodrigues ne peut plus se permettre de voir des millions stagner pendant que les urgences, elles, restent bien réelles. Le temps presse, en effet.

