Meraj Mohamad Bageeruthy (34 ans), arrêté dans le sillage d’un crime survenu à Camp Yoloff en 2024, formule de graves allégations à l’encontre du sergent Paramasiven Arnasala. Dans un affidavit juré au cours de la semaine, sous la tutelle de l’avoué Abhishaye Gungabissoon, l’intéressé fait des révélations concernant l’ancien responsable de la Crime Intelligence Unit de la division Nord.
D’emblée, Meraj Bageeruthy, actuellement en détention préventive à la prison de Melrose, dit être un informateur de la police. Il indique que l’un de ses contacts, à qui il fournissait des renseignements, était le sergent Paramasiven Arnasala. « Of all dealings with the police officers, all of them have always acted diligently and honestly, save and except for the aforesaid Mr Paramasiven Arnasala », déclare-t-il.
Le déposant rapporte ensuite plusieurs incidents liés à des affaires de drogue, au cours desquels le policier lui aurait fait certaines déclarations. Il affirme dans son affidavit qu’à la fin de 2019 ou au début de 2020, le sergent Arnasala lui a confié que le trafiquant de drogue présumé Ritesh Gurroby avait formulé des allégations contre lui. « To pa konn li, marsan pwason sa. Bizin donn li enn zoli koreksion », aurait déclaré l’ancien responsable de la CIU Nord.
Meraj Bageeruthy évoque ensuite un second incident survenu vers octobre-novembre 2021, alors qu’il se trouvait dans une voiture noire près du poste de police de Terre-Rouge. Le policier était au téléphone et aurait dit : « Bizin tir inspekter Lepois dan l’ADSU ki lor nou la rout, bizin anvwoy li Vacoas. » Après avoir raccroché, le témoin lui aurait demandé à qui il parlait. Selon lui, le sergent Arnasala a répondu : « Garson bourzwa la sa, nou ki pou kontrole aster, ant twa ek mwa. » Meraj Bageeruthy estime que le sergent Arnasala serait impliqué dans des actes de “drug planting” avec ses complices, dont « garson bourzwa ».
L’auteur de l’affidavit revient également sur un autre épisode survenu sur le parking d’un centre commercial à Riche-Terre, le 23 mai 2022. Il dit avoir reçu un appel du sergent Arnasala, qui lui aurait dit : « Ey, Meraj, B. (le nom d’une personne) to konn li, li travay stasion Terre-Rouge CID. P*** la, li finn gat enn travay. Ant mwa et twa, pou garson bourzwa la sa. » Selon Meraj Bageeruthy, le policier lui aurait expliqué qu’un “drug planting” de 500 grammes était prévu contre un individu connu sous le nom de Kafil. « Sa p** B. la finn dekouver sa travay la ek li finn p*** ar sa g** travay la. Mo pe gayn mari presion avek garson bourzwa la », aurait-il ajouté.
Le policier lui aurait alors proposé de l’accompagner afin d’exercer des pressions sur cet élément de la CID de Terre-Rouge, ainsi que sur des individus dénommés Requin et Vape.
Le témoin confie avoir appris que l’officier de la CID avait surpris un motocycliste en train de placer un colis suspect sous la voiture du dénommé Kafil. Il aurait alors pris en chasse Vape, tandis que Requin aurait pris la fuite dans une autre direction. L’opération de “drug planting” aurait ainsi échoué. Vape aurait été interpellé puis relâché, tandis que le colis de drogue aurait disparu.
Dans un autre incident, Meraj Bageeruthy relate que le sergent Arnasala lui a demandé de placer deux sacs de drogue dans la voiture de Bryan Stevenson C., un habitant de Souillac. Le policier aurait allégué que ce dernier était raciste et l’ennemi d’une communauté. Le témoin dit toutefois avoir refusé de participer à cet acte.
Se serait ensuivie une autre demande du policier, qui lui aurait demandé de vérifier la présence de caméras de surveillance au domicile d’un habitant de Tranquebar. Selon Meraj Bageeruthy, il a rencontré le propriétaire, qui lui a assuré ne pas être impliqué dans une quelconque activité illicite. Cette affaire n’aurait pas connu de suite.
Meraj Bageeruthy a indiqué qu’en mai 2024, il a été arrêté après le meurtre de Goolam Hossen, à Camp-Yoloff, survenu à la suite d’une bagarre entre deux gangs dans le cadre d’une affaire liée à la drogue. Il soutient avoir tenté de séparer les deux groupes et nie toute implication dans cette altercation.
Il précise que sa dernière conversation avec le sergent Arnasala remonte au 3 mai 2024. Ce dernier lui aurait montré une vidéo de l’incident et lui aurait conseillé de ne pas se constituer prisonnier dans l’immédiat, tout en lui suggérant de « monter une histoire » pour se disculper. Selon Meraj Bageeruthy, il a refusé et s’est rendu à la CID de Port-Louis Nord le 4 mai 2024, en compagnie de quatre autres suspects. Depuis, il affirme ne plus avoir eu de contact avec le sergent Arnasala.

