La réunion de travail du sous-comité sur la sécurité intérieure du « Groupe de contact » Maurice–La-Réunion/France s’est tenue, hier, aux Casernes centrales. Plusieurs institutions mauriciennes et réunionnaises, notamment l’Anti-Drug and Smuggling Unit (ADSU), la gendarmerie, la police nationale française, la Financial Crimes Commission (FCC) ainsi que le ministère du Transport terrestre, ont participé à cette rencontre axée sur le renforcement de la coopération régionale en matière de sécurité.
Dans son allocution d’ouverture, le commissaire de police, Rampersad Sooroojebally, a estimé que « la présence des Français témoigne de la volonté de faire de la sécurité une priorité, fondée sur la concertation, l’intelligence et l’action concertée pour mieux combattre toutes les formes de criminalité ». Selon lui, cette réunion reflète « un engagement commun à renforcer la sécurité, la coordination et l’efficacité de nos actions face aux défis actuels. »
Rampersad Sooroojebally a avancé que les menaces actuelles dépassent désormais les frontières insulaires. Il a notamment évoqué le trafic de stupéfiants, le blanchiment d’argent, les atteintes à l’ordre public ainsi que les risques liés à la sécurité routière. « Les réseaux criminels exploitent les failles et tirent profit de chaque faiblesse », a-t-il déclaré, ajoutant que « c’est pour cela que la réponse doit être globale, intégrée et cohérente. »
Le commissaire de police s’est appesanti sur le fait que la lutte contre les stupéfiants demeure au cœur des priorités. « Ce fléau détruit des vies et nourrit les circuits financiers illicites. Ce crime doit être brisé à toutes ses étapes, de la production à la distribution, jusqu’à la réinsertion de l’argent sale dans l’économie », a-t-il soutenu.
Il a également mis l’accent sur la lutte contre le blanchiment d’argent, plaidant pour un renforcement des capacités de détection et du partage d’informations entre les différents services. « Aucun pays ou institution ne peut agir seul face à des crimes transnationaux. Le partenariat avec La-Réunion illustre parfaitement cette volonté commune de coordonner nos actions », a-t-il affirmé.
La sécurité routière figurait également parmi les thèmes abordés lors des échanges. Selon le CP Sooroojebally, les comportements à risque sur les routes sont souvent liés à des problématiques plus larges, telles que la consommation de substances illicites, les incivilités ou encore le manque de responsabilité. « La prévention, le contrôle et la répression doivent aller de pair pour sauver des vies », estime-t-il.
Pour Frédéric Bontems, ambassadeur de France à Maurice, les réseaux criminels internationaux ne connaissent pas les frontières. « Les défis auxquels font face Maurice et La-Réunion sont largement les mêmes », a-t-il fait comprendre, soulignant l’importance d’une collaboration étroite entre les autorités sur les deux territoires. « Nous avons des moyens parfois complémentaires. Avec des échanges en commun, nous réussirons à être beaucoup plus efficaces dans la lutte contre les fléaux qui menacent nos sociétés », a-t-il ajouté.
L’ambassadeur français a également cité l’importante saisie de drogue effectuée le 15 avril par la frégate Floréal comme exemple concret de l’efficacité d’une bonne coordination entre les services. Il a, par ailleurs, salué le plan national de lutte contre la drogue dévoilé récemment par le Premier ministre, Navin Ramgoolam.
Abordant la question du blanchiment d’argent, Frédéric Bontems a estimé qu’il s’agit d’un enjeu majeur pour la crédibilité du secteur financier d’un pays. « La complexité des enquêtes rend encore plus indispensable la coopération internationale », a-t-il indiqué, précisant que la douane française et la Mauritius Revenue Authority collaborent étroitement dans ce domaine.
De son côté, Kan Oye Fong Weng-Poorun, Secretary for Home Affairs, a évoqué les relations étroites entre Maurice et la France. Elle reconnaît que cette réunion s’inscrit dans la continuité d’une précédente rencontre tenue à La-Réunion en septembre 2025. « Les deux parties avaient affirmé leur volonté d’approfondir un partenariat opérationnel structuré autour de priorités bien définies, comme la lutte contre le trafic de stupéfiants, le blanchiment d’argent, le maintien de l’ordre et la sécurité routière », a-t-elle fait valoir.
Elle a également proposé la cybersécurité comme nouvel axe potentiel de coopération entre les deux pays. « Des engagements concrets ont été pris pour des échanges de renseignements en temps réel », a-t-elle souligné, tout en regrettant que certaines lourdeurs administratives retardent parfois des actions immédiates.
Kan Oye Fong Weng-Poorun a indiqué que les travaux du sous-comité sur la sécurité intérieure s’inscrivent dans une volonté commune de maintenir une coopération structurée. « Avec sa vaste zone économique exclusive, Maurice est particulièrement exposée aux menaces transnationales », a-t-elle dit en misant sur « une coopération tournée vers l’action avec nos partenaires, notamment la France, est plus qu’indispensable. »
Enfin, Vincent Bernard-Lafoucrière, directeur de cabinet du préfet de La-Réunion, a fait état de la coopération entre les deux pays, notamment dans le cadre de la Commission de l’océan Indien. Il a salué les résultats obtenus grâce aux échanges entre les différents services et mis en avant « un état d’esprit commun et pragmatique » entre les deux îles. « Nous souhaitons avoir des échanges concrets afin de planifier des actions opérationnelles », a-t-il déclaré, saluant également la tenue de cette réunion en présentiel entre les institutions des deux territoires.
Il a enfin affirmé rester à la disposition des deux parties pour envisager l’activation d’un sous-comité supplémentaire consacré à la sécurité civile.

