PAULA LEW FAI
Qui peut se vanter d’être sérieux et responsable sur notre petite île aujourd’hui ?
Vogue la galère !
Et vogue l’air du temps !
Le temps de la mythologie, le temps des pensées « comme ci comme ça » au fil de l’eau.
Nous sommes sur l’île de Crète.
Ariane ou Ariadne : Les deux formes se rattachent à une même racine « être/rendre agréable » représentée en grec par le verbe handánein « être agréable, agréer ».
Séduite par Thésée, héros d’Athènes, Ariane l’aide à s’échapper du labyrinthe, construit par Dédale contre la promesse de l’épouser. Elle lui fournit un fil qu’il dévide derrière lui afin de retrouver son chemin. Mais, après avoir tué le Minotaure (monstre à corps d’homme et à tête de taureau, se nourrissant de chair humaine), Thésée l’abandonne sur l’île de Naxos, selon la tradition la plus courante ou sur l’île de Dia, selon Homère.
Nous traversons l’histoire et ne sommes plus dans la mythologie. Nous sommes à Navarre. Ce royaume de Navarre (également nommé royaume de Pampelune), est né d’une alliance entre les musulmans et les chrétiens qui ont désobéi à l’autorité religieuse pour défendre leur indépendance nationale.
Nous sommes dans le religieux. Marie, servante du Seigneur, participe à la rédemption du monde. Ce « Oui », inaugural ouvre le destin humain à la bonne nouvelle de son essence divine.
Nous sommes dans l’aujourd’hui de l’île Maurice.
Une coïncidence dans la juxtaposition de ce qui est évoqué plus haut avec la nomination de la Deputy Prime Minister ? Un calcul politique destiné à limiter les dégâts ?
Qui, en fait, tiendra vraiment le fil pour sortir du labyrinthe dans lequel est plongé le pays ?
« Être agréable, agréer »
Elle dira difficilement NON. Malgré toute sa bonne volonté. Elle ne pourra pas dire NON. L’acquiescement est demandé et elle ne représentera aucun risque pour ceux et celles qui aspirent à toujours « RISE and SHINE ».
Au sein de l’alliance qu’elle a accepté de former, de gré ou de force, elle ne pose aucune bombe à retardement ou pas. Les aspirants chefs sont là, en ordre de bataille, à côté de celle qui ne représente pas d’enjeu personnel. Trop tard dans son cycle de vie. Elle pourra partir, se dit-elle, avec honneur, celle de la première de toutes, nommée à une telle position. Les Chagossiens, Chagossiennes, la communauté créole a un étendard, signifiant la lutte de la République de Maurice pour reprendre possession de son territoire – les Chagos – et son ambition d’inclusion de toutes les communautés. Indépendance nationale. Alliance des communautés.
Nous sommes dans l’aujourd’hui de l’île Maurice.
Ce OUI au poste de Deputy Prime Minister, inauguré avec l’éclat d’une première n’ouvrira pas la porte à une ère nouvelle. Ce sera un temps mort, destiné à faire taire les ambitions de ceux qui, dans l’ombre ou ouvertement, cherchent à accroître leur pouvoir personnel. Sans leur chef historique, sans épine dorsale, ils seront obligés de rentrer dans les rangs et ne pas trop ruer dans les brancards.
Le temps figé n’apportera aucun bienfait au pays. Nous serons toujours sans vision, colmatant les brèches, nous racontant des histoires à dormir debout, nous contentant d’acquis longtemps fissurés. Nous vivons dans les mythes, dans la nostalgie.
La mythologie, l’histoire et la vraie culture religieuse nous échappent pour ne garder qu’un semblant de vernis, sans en tirer les véritables leçons.
Ce OUI réjouit-il les femmes ? Grâce est rendue à celui qui sait reconnaître leurs valeurs et potentiels ? Peut-être certaines. Or, nous ne sommes plus dans ce genre de recherche de gratification, de symboles creux qui sont présentés comme de véritables avancées quand elles ne sont que des artifices, des pions pour un agenda politique dont l’apparence est molle mais qui, en fin de compte, sait très bien comment neutraliser les gênants afin d’agrandir la cour des miracles, « cité des voleurs, hideuse verrue … » (Victor Hugo)
Ce OUI réjouit-il les jeunes ? On les croit amorphes, sans illusion, « Après moi, le déluge », génération du « Silent quitting » comme leurs aînés. Désengagement progressif, strict minimum sans chercher à s’investir davantage. Ils ne sont pas dupes. Ils veulent au fond d’eux-mêmes des modèles qui tiennent la route, de véritables combattants.es qui leur inspirent la volonté de bien faire, de sortir de la dépression personnelle et sociale. Ils refusent de vivre dans les mythes et les symboles du passé. Ils veulent un aujourd’hui de promesses réalisables, dans le consentement des sacrifices à faire. Par un pays qui veut prendre en charge sa destinée. À commencer par ceux et celles qui n’agissent plus comme des figurants.es.
« Ariane, ma sœur, de quel amour blessée
Vous mourûtes aux bords où vous fûtes laissée ! »
Jean Racine, Phèdre, acte I, scène 3

