Le Front Militant Progresis a été officiellement lancé, hier, à Vacoas, après une période d’hésitation pour le nom et le logo, ce qui a permis à certains de parler de plagiat. Mais quelques semaines après avoir quitté le gouvernement, l’alliance, puis le MMM, Paul Bérnger commence à perdre un peu de l’aura médiatique qui l’a accompagnée au cours de sa longue carrière politique. Il a droit à moins de direct live sur plusieurs réseaux sociaux pour retransmettre ses conférences de presse, comme cela a été le cas jusqu’à tout récemment. En tout cas, au niveau du discours, il n’y a pas grand-chose de nouveau et les objectifs sont pratiquement les mêmes : le Front va barrer la route au MSM, ce que fit le MMM après sa cassure avec le parti orange au lendemain de la défaite de l’alliance mauve/orange en 2005, quand Paul Bérenegr tenta d’imposer à la tête du parti l’oncle à la place du neveu Jugnauth. La nouveauté, si l’on peut dire, c’est que le Front a également ajouté dans les partis dont il veut barrer la route le PTr qui, prophétise son leader, « va finir comme le MSM. » En tout cas, selon son nouveau leader, le Front tout neuf « se veut une alternative aux deux formations politiques (le MSM et le PTr) avec pour objectif de proposer une nouvelle orientation sur l’échiquier politique mauricien. »
Au Parlement, la nouvelle partie de l’opposition – celle qui est sur le point d’en prendre le contrôle avec sa petite minorité ? – commence à se faire entendre. Aux questions de Joanna Bérenger, le gouvernement n’arrête pas, dans ses réponses, de lui rappeler que les décisions qu’elle critique aujourd’hui ont été prises alors qu’elle faisait partie du gouvernement. C’est un refrain qu’on lui servira longtemps encore, tout comme le gouvernement n’arrête pas de rappeler à chaque fois qu’il en a l’occasion – ou la provoque – les péchés commis par le MSM et ses alliés. Si Paul Bérenger n’a pas encore posé de question parlementaire, il a toutefois commencé à se faire entendre dans l’hémicycle, en s’élevant contre Madam Speaker qui, dans ses efforts pour protéger le gouvernement, a lancé un surprenant « Do not answer, Minister », quand le ministre du Travail était interrogé sur l’organisation et les dépenses du concert fiasco. Ce n’était pas tout à fait le goal keeper du gouvernement, mais ça commence à y ressembler.
On aurait pensé qu’après le fiasco du concert du 1er Mai, massivement boycotté par les Mauriciens, les ministres mesurant leur niveau d’impopularité, se seraient fait oublier. Mais c’était sans compter sur Navin Ramgoolam qui, une fois de plus, oublie qu’il aurait intérêt à tourner sa langue sept fois dans sa bouche avant de faire une déclaration. Galvanisé par le micro et une petite foule, il n’a pas hésité à dire qu’il avait besoin d’un nouveau mandat pour faire disparaître ce que le MSM avait fait. On aurait peut-être accepté une telle déclaration à la veille des prochaines élections. Mais la faire alors qu’il lui reste trois ans et demi de mandat et que, de l’avis général, son gouvernement n’a pas fait grand-chose en dehors de repousser l’âge de la pension et de faire le contraire de ce qu’il avait promis ? Cette demande a été accueillie comme une provocation et suscité les multiples réactions négatives qu’elle méritait. De quoi se demander si Navin Ramgoolam a changé ou, comme le disait Gaëtan Duval, sur la tombe duquel il s’est rendu le 1er Mai, serré entre Ashock Soubron et Arianne Navarre-Marie, il ne faisait que faire semblant ? En tout cas, la demande d’un deuxième mandat et l’insistance à aller au Congo-Brazaville ressemble beaucoup au Navin des dernières années de son deuxième mandat. Si c’est le cas, on comprend que Paul Barenger prédise que si le PTr continue sur cette route, il finira comme le MSM.
Un mot sur la nomination d’Ariane Navarre-Marie au poste de DPM où elle aura beaucoup de mal à entrer dans les chaussures de son prédécesseur, et surtout à marcher avec. Beaucoup ont mis l’accent sur le fait qu’elle descendait d’une famille chagossienne, que son père était docker et que sa nomination était un avancement pour la cause des femmes. Ne soyons pas hypocrite pour oublier que sa nomination est avant tout le résultat d’un accord basé sur un calcul politique qui fait qu’un ticket électoral, et ce qui s’ensuit, est d’abord attribué sur une base communale, pas sur les mérites et compétences. Cela dit, il faut reconnaître qu’Ariane Navarre-Marie a eu le mérite de mentionner ce qu’elle devait à son mentor, même si ce dernier a récemment choisi une voie différente d’elle.
Une reconnaissance que n’ont pas les autres membres de ce qui reste du MMM vis-à-vis de leur ex-leader. Il suffit d’entendre ce que disent de lui Rajesh Bhagwan et Deven Nagalingum, les ex-fidèles d’entre les fidèles. Est-ce qu’effectivement, les femmes pratiquent la politique différemment ? Il appartiendra à la nouvelle DPM de le démontrer dans la durée, par ses actions et ses prises de position.
Jean-Claude Antoine
