Le réseau routier de Quatre-Bornes — sous pression avec l’avènement du métro, la conversion de la route St-Jean de quatre à deux voies et la suppression d’une myriade de places de parkings —, peine à absorber le flot de véhicules roulant au pas. C’est le capharnaüm bien souvent entre la gare et le marché, mais aussi en zone résidentielle à Sodnac, malgré l’aménagement, en 2021, de l’autopont Hillcrest. La députée de la circonscription, Stéphanie Anquetil, avait questionné le ministre des Transports, Osman Mahomed, à ce sujet, le 5 mai, au Parlement. Ce dernier a évoqué plusieurs projets destinés à améliorer la fluidité du trafic, dont l’amélioration du flyover de l’autoroute, la création de nouvelles voies de liaison entre les autoroutes M1 et M3, ainsi que laPellegrin-Trianon Link Road en cours de mise en œuvre, dans les parages de l’école primaire Dukesbridge Trianon.
« Les problèmes de circulation à Quatre-Bornes sont pris au sérieux. Ils sont surtout liés au tracé du Metro Express. Les inquiétudes exprimées durant la phase de construction du projet n’étaient pas infondées », a soutenu Osman Mahomed, rappelant qu’« en 2019 déjà, des questions parlementaires concernaient l’alignement du tracé sur la route Saint-Jean. Il a estimé que plusieurs avertissements sur les conséquences du projet sur la circulation avaient été ignorés. » Certes, le ministre n’a pas tort, mais malgré ses détracteurs, le métro semble avoir été adopté avec plus ou moins d’enthousiasme par les habitants de Quatre-Bornes, même si la question des embouteillages aux heures de pointe se pose avec une acuité accrue. Il ne s’agit plus de gloser sur cette nouvelle configuration routière, mais de débattre autour des pistes d’amélioration destinées à alléger le trafic et de permettre une cohabitation harmonieuse rames/voitures.
Un proverbe dit « le temps, c’est de l’argent » : il se vérifie très concrètement dans le cas des embouteillages. Et pour cause, lorsque le conducteur est coincé dans les bouchons, il enchaîne les arrêts et les redémarrages. Conséquence ? Non seulement, il risque de rentrer en retard au travail, mais il consomme aussi beaucoup d’essence et diesel. En cette période de crise au Moyen-Orient, des mesures pérennes s’imposent. Une tâche herculéenne attend toutefois les autorités. Car les sommes colossales investies à ce stade dans la construction de nouvelles voies de circulation n’ont pas valu leur pesant d’or dans le décongestionnement de certains axes de la ville des fleurs.
Report des bouchons
d’un point critique à l’autre
Une telle déduction est en apparence d’une logique imparable, la réalité de la circulation étant plus compliquée compte tenu du report des bouchons d’un point critique à l’autre. Un constat s’impose en prenant le seul exemple de l’échangeur de Hillcrest, inauguré en aout 2021, au coût Rs 276 millions. L’aménagement de cette infrastructure a certes offert une alternative crédible aux automobilistes en provenance de Quatre-Bornes de rejoindre l’autoroute M1 en direction de Port-Louis ou d’aller vers le Sud, surtout aux heures de pointe. Sauf qu’elle a créé l’effet inverse, plus loin, vers Sodnac, l’une des zones résidentielles les plus embouteillées de l’île, qui absorbe ce flot de véhicules roulant au pas, mettant les nerfs des habitants et des automobilistes à rude épreuve.
Se basant sur des informations communiquées par la Traffic Road Management & Safety Unit (TRMSU), Osman Mahomed a soutenu que plusieurs zones continuent de connaître d’importants embouteillages aux heures de pointe, notamment Saint-Jean Road entre La Louise et Trianon, Hillcrest Road, Belle-Rose Avenue, Rémy Ollier Avenue, Pasteur Avenue ainsi que le centre-ville de Quatre-Bornes et les abords des écoles et du marché. Outre les nouvelles voies de liaison entre les autoroutes M1 et M3, la Pellegrin-Trianon Link Road fait partie de l’examen du concept et du plan de gestion visant à améliorer la circulation sur les principales artères de Quatre-Bornes, Sodnac et Trianon.
Quid de la délocalisation
de la caserne des pompiers ?
Le ministre des Infrastructures nationales, Ajay Gunness, a effectué, le 6 mai, une visite de terrain à Ébène et à Trianon, en compagnie de Stéphanie Anquetil, afin de faire le point sur la Pellegrin-Trianon Link Road, l’élargissement de Julius Nyerere Avenue, ainsi que la liaison B1-M1. « Le projet de la Pellegrin-Trianon Link Road devrait être complété d’ici juin 2026 et vise à réduire considérablement les embouteillages à St-Jean ainsi que sur l’autoroute M1. Quant aux travaux d’amélioration de Julius Nyerere Avenue et de la B1-M1 Link Road, leur livraison est prévue pour septembre 2026. Ces infrastructures offriront une voie de sortie supplémentaire depuis Ébène Cybercity vers l’autoroute M1, contribuant ainsi à fluidifier la circulation et à réduire le temps de trajet des automobilistes », a soutenu le ministre.
La question des grosses difficultés rencontrées par les services d’urgence tentant de se frayer un chemin à travers la voie permettant à une seule file de véhicules de circuler sur la route St-Jean pour atteindre le lieu de l’accident ou des sinistres revêt aussi son importance dans le processus de décongestion tous azimuts. En atteste le projet de relocalisation de la caserne des pompiers de Quatre-Bornes vers l’avenue Tulipe, à Sodnac, initié par le Mauritius Fire and Rescue Service (MFRS) il y a six ans, qui est toujours en attente. À en croire le maire Bryan Kennoo, « la mairie, le MFRS et le ministre des Collectivités locales, Ranjiv Woochit, se rejoignent sur un point. Ce projet de verra le jour coûte que coûte. Il y a certains points à éclaircir auprès de certains habitants de la rue Tulipe qui voient cette délocalisation d’un mauvais œil. »
L’aménagement d’aires de stationnement… une priorité pour la mairie
La lutte contre le fléau des stationnements anarchiques figure parmi les actions que la mairie compte entreprendre. « Sous peine que cette pratique s’installe de manière pérenne à la route Saint-Jean, on a vite pris le taureau par les cornes. Au-delà des nombreuses aires de stationnement gratuites déjà disponibles un peu partout à la route St-Jean, d’autres places de parking se sont greffées au lot », confie le maire Bryan Kennoo.
Un parking relais de 45 places, en face de la gare centrale de Quatre-Bornes, devrait être mis en service d’ici fin juin afin d’encourager davantage d’automobilistes à laisser leurs véhicules pour utiliser le train. Le projet du nouveau marché de Belle-Rose, accompagné d’un parking et d’un espace vert, entre aussi dans sa phase de concrétisation.
Pour fluidifier le déplacement des véhicules et des autobus, la mairie de la ville des fleurs entend se donner les moyens de ses ambitions en acquérant des terrains, ici et là, en vue d’aménager des espaces libres et spacieux depuis les abribus longeant la route St-Jean et la ligne du chemin de fer, et faciliter en amont l’embarquement et le débarquement des passagers. La transformation d’un terrain en friche alloué par l’État, sis en face du restaurant Boulette Palace, en un abribus moderne, a été entérinée par le Conseil.
« Cet arrêt d’autobus est dépourvu d’un abri et de bancs. Ce n’est pas sérieux lorsqu’on observe qu’en face, il y a une plateforme ferroviaire moderne. Avec l’acquisition de terres, on élargira l’espace autour de l’abribus qui, non seulement protégera les gens du vent, du soleil et de la pluie, mais offrira également confort, sécurité, design attrayant, flexibilité et protection de l’environnement. Les autobus pourront très bientôt faire halte dans cet espace dédié pour libérer la seule voie de circulation menant vers le rond-point de St-Jean. C’est la première étape d’un plan de décongestion que la mairie entend orchestrer », dit-il.

