Ces voyages si convoités – MTPA : qui décide réellement ?

·      Une nouvelle controverse autour des missions à l’étranger ravive le débat sur les limites entre supervision ministérielle et autonomie statutaire
·       Le directeur de la MTPA, Benoît Harter, brandit une nouvelle fois la carte de la démission
Une simple participation à un salon touristique international à Francfort a fini par ouvrir une question beaucoup plus large : qui dirige réellement la Mauritius Tourism Promotion Authority (MTPA) ? Son Conseil d’administration et sa direction, comme le prévoit la loi, ou l’administration de son ministère de tutelle à travers des interventions au cas par cas ?
C’est cette question qui se trouve aujourd’hui au cœur d’une nouvelle controverse opposant le directeur de la MTPA, Benoît Harter, à la Permanent Secretary du ministère du Tourisme, Indira Rugjee.
Au départ, l’objet du différend semble relativement technique : la participation d’une Desk Officer responsable du marché allemand au salon IMEX à Francfort. Mais à travers des échanges de courriels internes obtenus par Week-End de source autorisée, le débat dépasse rapidement une simple question de déplacement officiel pour toucher directement à la gouvernance même de l’institution.
Ce que dit la loi : le Board au centre du dispositif
La Mauritius Tourism Promotion Authority Act 1996 définit une architecture relativement claire.
L’article 5 prévoit que l’Autorité est administrée par un Conseil d’administration (Board).
L’article 8 précise que le Directeur est responsable de l’exécution des politiques décidées par le Board ainsi que du contrôle et de la gestion quotidienne des activités de l’institution.
Dans son courrier adressé au ministre du Tourisme, Richard Duval, au président du Conseil d’administration, Dinesh Burrenchobay, et aux membres du Board, Benoît Harter soutient qu’une fois une mission approuvée par le Conseil d’administration, les aspects opérationnels et la désignation des représentants relèvent de ses responsabilités administratives.
Les acteurs au cœur de la controverse
• Benoît Harter — Directeur de la MTPA
C’est lui qui a formalisé ses préoccupations dans un courrier adressé au ministre, au Chairman et aux membres du Board. Il estime que des interventions tardives dans des décisions déjà validées créent une désorganisation opérationnelle et risquent d’affaiblir l’intégrité institutionnelle de la MTPA.
Il confirme également avoir désigné Mme Lamy, responsable du marché allemand, pour participer au salon IMEX aux côtés des partenaires mauriciens tels que Constance Group, Radisson, Stage In, Bedouin Event et Impact Production.
• Indira Rugjee — Permanent Secretary au ministère du Tourisme
La Permanent Secretary réfute toute notion de crise institutionnelle et estime qu’il s’agit davantage d’une question de procédure administrative et de responsabilités fiduciaires. Selon elle, les noms des participants auraient dû être clairement indiqués dans les documents initiaux présentés au Board afin de permettre une approbation complète.
Elle rappelle aussi que l’approbation ministérielle pour les déplacements officiels constitue une procédure administrative établie depuis longtemps dans le secteur public.
• Dinesh Burrenchobay — Chairman du Board de la MTPA
Le président du Conseil d’administration de la MTPA, Dinesh Burrenchobay, apparaît également comme un acteur important dans les échanges internes. Son nom figure parmi les destinataires du courrier adressé par Benoît Harter au ministre Richard Duval et aux membres du Board.
Dans la réponse formulée par la Permanent Secretary, il est fait référence au fait que le Chairman aurait rappelé que l’autorité première de la MTPA demeure le Conseil d’administration lui-même.
Les documents disponibles ne permettent toutefois pas d’établir une position personnelle détaillée de Dinesh Burrenchobay sur le fond du différend. Son rôle apparaît surtout comme celui du président de l’instance appelée à assurer l’équilibre entre gouvernance stratégique et fonctionnement institutionnel.
• Richard Duval — ministre du Tourisme
Même s’il n’apparaît pas directement comme l’initiateur des échanges, Richard Duval se retrouve au centre du dossier en raison de sa fonction de ministre de tutelle.
Les courriels évoquent notamment un précédent lié à l’Africa Travel Indaba où une approbation verbale du ministre aurait permis de débloquer à la dernière minute la participation d’un Desk Officer chargé du marché sud-africain.
Cette situation soulève une autre interrogation : les ajustements opérationnels doivent-ils relever du Board, de l’administration ministérielle ou d’interventions ponctuelles du ministre lui-même ?
Le cœur de la polémique : supervision ou ingérence ?
C’est probablement là que se situe aujourd’hui la véritable problématique. Le ministère soutient exercer son rôle normal de supervision et de contrôle des procédures impliquant des fonds publics. La direction de la MTPA estime de son côté que certaines interventions pourraient empiéter sur les responsabilités opérationnelles prévues par la loi.
Car si la MTPA Act autorise effectivement le ministre à donner des orientations générales dans l’intérêt public, elle ne décrit pas explicitement une intervention directe dans la gestion quotidienne de l’institution.
Derrière un débat qui semblait initialement porter sur des missions officielles et des déplacements internationaux apparaît désormais une question beaucoup plus profonde : dans la pratique, où s’arrête la supervision ministérielle et où commence réellement l’autonomie d’une institution créée par la loi ?
Dans les couloirs de la MTPA et du ministère, on laisse même entendre qu’il y a un fantôme qui peut changer la donne avec un clap des doits…

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