Collines éventrées, poussière et intimidations à Calodyne  : Quand le « derocking » soulève plus de questions que de réponses

• Vingt ans de plaintes, des terrains transformés et désormais des menaces alléguées contre des journalistes et riverains qui dénoncent la situation de « no law and no order »
Pendant près de vingt ans, les habitants de Calodyne et Grand-Gaube disent avoir vu leur paysage changer sous leurs yeux. Des collines autrefois considérées comme des espaces naturels se seraient progressivement transformées en terrains attaqués par des opérations de derocking, au point où certains habitants parlent aujourd’hui d’un véritable sentiment d’impuissance face à ce qu’ils décrivent comme une situation de « no law and no order ».
Une semaine après une visite de terrain effectuée par le ministère de l’Environnement, un député et plusieurs représentants d’institutions concernées, la colère demeure intacte chez les habitants mobilisés. Selon eux, malgré les annonces de Stop Order évoquées publiquement, les mouvements n’auraient pas complètement cessé sur certains sites. Des machines seraient toujours présentes et des camions continueraient à évacuer des roches déjà extraites.
Mais au-delà des collines tailladées et des nuages de poussière, un autre élément est venu ajouter une tension supplémentaire à ce dossier déjà explosif : des allégations d’intimidation visant des journalistes.
Quand les questions deviennent dérangeantes
Selon des informations recueillies, une personne – présentée par les habitants comme étant associée à certaines activités de derocking et qui pratiquerait gratuitement des travaux sur des terrains de l’État à des fins professionnelles et personnelles – aurait récemment contacté la rédaction du Mauricien pour proférer des menaces verbales à la suite d’articles et de questions soulevées autour de cette affaire.
Selon les mêmes informations, des propos similaires auraient également été réitérés auprès de journalistes de la MBC.
À ce stade, ces allégations relèvent d’informations rapportées et il appartiendrait aux autorités compétentes d’en établir ou non la réalité et la portée exacte. Cependant, pour plusieurs observateurs, voir un dossier environnemental glisser vers des accusations d’intimidation médiatique constitue un développement préoccupant.
Car derrière toute controverse publique, demeure une question fondamentale : les journalistes, comme les citoyens, doivent pouvoir poser des questions sur des enjeux touchant à l’environnement, aux terres publiques et à l’intérêt collectif, sans craindre des pressions ou des menaces.
20 ans de signalements et toujours les mêmes questions
Pour les habitants, le plus difficile reste, toutefois, le sentiment d’être confrontés à une situation connue depuis longtemps.
Plaintes officielles, pétitions, correspondances adressées à différents ministères, interventions policières, Occurrence Book numbers, et questions parlementaires : selon les citoyens mobilisés, les autorités ont été informées à plusieurs reprises au fil des années.
Des documents datant notamment de 2021 auraient même déjà attiré l’attention sur certaines opérations similaires dans cette région.
Pour Bruneau Laurette, qui agit comme porte-parole d’un groupe d’habitants mobilisés, le dossier dépasse largement une simple question d’extraction de roches. « Depuis près de 20 ans, les habitants alertent les autorités avec des plaintes, des preuves, des pétitions et des dossiers officiels. Pourtant, les collines continuent à disparaître, morceau par morceau. »
Le double visage du développement
Les habitants dénoncent également ce qu’ils considèrent comme une logique difficile à comprendre : des terrains qui auraient fait l’objet d’importantes extractions de roches finiraient, ensuite, par accueillir des projets de développement.
Dans leur lecture des choses, certains y voient un mécanisme pouvant créer un double avantage économique : une première valeur à travers l’exploitation des matériaux extraits, puis une seconde à travers l’utilisation future du terrain. Aucune conclusion officielle n’a été établie sur ce point. Mais cette perception nourrit aujourd’hui la méfiance grandissante d’une partie des habitants.
Car à Calodyne et Grand-Gaube, derrière les collines qui changent de visage, les citoyens disent avoir le sentiment qu’au fil des années, ce n’est pas seulement la roche qui disparaît progressivement, mais aussi leur confiance dans la capacité du système à protéger leur environnement et leur qualité de vie.

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