L’engrenage autour du scandale de la Silver Bank — marquée par de graves irrégularités, une gestion controversée et des soupçons de détournements à grande échelle — n’a pas fini de faire couler de l’encre. Des déposants de ladite banque se sont exprimés, jeudi, lors d’un point de presse. Les zones d’ombre relatives au plafonnement de l’indemnisation à Rs 300 000 pour les déposants de l’ex-institution bancaire suscitent leur courroux. Abdel Ruhomutally, directeur de GFA Insurance, représente les entreprises touchées. Il souligne que « ma société avait déposé des fonds non par choix, mais en raison d’une obligation légale de diversification.Le plafond ne concerne que les particuliers, laissant les entreprises comme GFA Insurance dans l’incertitude quant aux mesures envisagées par les autorités pour les protéger », dit-il, remettant en question l’efficacité du fonds de garantie des dépôts.
Ce scandale lié à l’homme d’affaires Prateek Gupta — soupçonné d’avoir orchestré une fraude de 577 millions de dollars sur le marché du nickel au détriment du groupe Trafigura — avait pris une tournure des plus inquiétantes le 13 février 2024, lorsque la Banque de Maurice (BoM) a placé la banque sous administration judiciaire, après moult alertes et une précédente mise sous tutelle. Plusieurs investisseurs s’étaient manifestés, mais aucune offre n’a été jugée satisfaisante, notamment en raison d’un manque de transparence sur l’origine des fonds des comptes de la Silver Bank qui n’ont plus été audités depuis 2021.
La BoM a finalement décidé, le 30 mars 2026, de mettre fin à la mise sous administration de Silver Bank Limited, après un examen approfondi de l’ensemble des faits et informations disponibles, notamment sa situation financière.
La Financial Crimes Commission (FCC) enquête actuellement sur cette affaire qui pourrait sonner le glas du recouvrement d’environ 500 millions issues des 3 milliards de roupies investies dans la banque au titre des fonds liés au COVID.
Ceux qui avaient confié les économies de toute une vie à une institution qu’ils pensaient fiable et solide disent se sentir abandonnés, trahis et laissés pour compte dans le scandale qui éclabousse la banque en question. Quand bien même une plainte a été déposée le 1er juin 2025 contre l’ancien gouverneur de la BoM, Harvesh Seegolam, ainsi que contre l’ex-ministre des Finances, Renganaden Padayachy, les intervenants lors de ce point de presse ont abondé dans le même sens : la priorité des épargnants n’était pas d’engager une bataille judiciaire, mais avant tout de récupérer les fonds investis auprès de la banque.
Selon Abdel Ruhomutally, « cette levée est devenue urgente afin de trouver une solution concrète à une crise qui continue de fragiliser des centaines de familles », estimant que cette affaire dépasse désormais le simple cadre bancaire et risque d’affecter l’image du centre financier mauricien. S’il reconnaît que le gouvernement actuel n’est peut-être pas directement à l’origine de cette situation, Abdel Ruhomutally considère toutefois que « les autorités ont aujourd’hui une responsabilité morale et institutionnelle dans la gestion du dossier et dans la recherche d’une issue pour les victimes. On souhaite qu’une réunion soit organisée dans les plus brefs délais avec le ministère des Finances, le bureau du Premier ministre ainsi que la Banque de Maurice. » Les déposants pointent du doigt la Banque centrale, « responsable de ce désastre financier en raison de son inaction et de son incapacité à superviser et à réglementer la Silver Bank, aujourd’hui disparue ».
Plusieurs questions taraudent Abdel Ruhomutally sur le fonctionnement du fonds de garantie des dépôts : « Combien d’argent contient ce fonds ? Qui le gère ? Quels sont les coûts administratifs ? Qui contribue et comment ? Qui paie finalement ? » Concernant les démarches pour récupérer les montants dépassant Rs 300 000, il estime que le processus relève avant tout du liquidateur : « Il n’y a aucune démarche spéciale à faire. C’est au liquidateur de contacter les déposants, de liquider les actifs et de rembourser les déposants ». L’autre intervenant, Gérard Portalis, ayant placé des dépôts à terme à des taux ordinaires d’environ 5 %, est revenu sur les réponses fournies au Parlement par le Premier ministre Navin Ramgoolam et de DPM Arianne Navarre-Marie au sujet de ce dossier (voir plus loin).
Le chef du gouvernement a, selon lui, évoqué un schéma de mauvaise gestion et de fraude délibérée, tout en soulignant les failles de la BoM. Gérard Portalis estime que les interventions du Premier ministre et de la DPM se limitent aux fonds publics, sans prendre en compte la situation des déposants individuels qui ont perdu leurs économies personnelles dans cette affaire.
Saga Silver Bank : Les zones d’ombre autour du plafond d’indemnisation inquiètent les déposants
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