AIDS CANDLELIGHT MEMORIAL Au Caudan, hier soir — Nicolas Ritter : « Apre 30 lalit, pasian ankor pe sibir linzistis ek diskriminasion ! »

-Désormais une Malini Day commémorée en mémoire de l’unique Mauricienne à avoir avoué publiquement vivre avec le virus, et qui a été rejetée et chassée par les siens

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« Nous sommes en 2026 et pourtant… Mo inpe fatige. Oui, j’en conviens, des progrès nous en avons fait beaucoup. Que ce soit dans le traitement et dans d’autres sphères, nombre de choses ont été améliorées. Me li pa normal ki depi 30 an nou ape lite, nou pe fer prevansion, nou pe fer pledwaye, nou pe informe ek former pasian ankor pe sibir move tretma, inzistis ek diskriminasion. Kan zot al lopital, seki pe get zot met doub legan ek res lwin… Kouma dir pasian-la pou transmet viris-la ! Mais enfin ! Ce n’est pas possible ! » Fidèle à lui-même, Nicolas Ritter a laissé parler son cœur. C’était dimanche soit, au Caudan Waterfront qui accueillait la tenue du AIDS Candlelight Memorial, en mémoire aux Mauriciens décédés de causes liées au virus du sida, et en hommage à ceux vivant avec le VIH.

Un des membres fondateurs de PILS (Prévention, Information et Lutte contre le Sida) et premier Mauricien à avoir déclaré publiquement qu’il vit avec le VIH, Nicolas Ritter a lancé un vibrant appel à tous : gouvernement, secteur privé, tous les partenaires et prestataires dans ce combat que nous menons assidûment depuis 30 ans.

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« À la fin de 2026, Maurice ne bénéficiera plus du Global Fund : le challenge qui nous attend est énorme. Mais pas impossible. Je demeure positif et optimiste qu’ensemble, nous allons pouvoir faire avancer les choses dans la bonne direction. Avec courage, solidarité, humanité, sincérité et passion. Nous pouvons tous, militants, activistes, personnel soignant, Peer Educators, membres du gouvernement, du ministère de la Santé, nous pouvons joindre nos efforts et faire que le manque de financement du Global Fund n’impacte pas les patients de manière négative. De ce présent gouvernement, nous avons encore d’énormes attentes. Et nous prions que nous ne serons pas déçus », fait-il comprendre avec conviction.

L’activiste de la première heure a aussi décrié « une attitude et manière de faire bien cavalière et injuste envers des travailleurs étrangers qui contractent le virus après leur arrivée à Maurice. Plusieurs ont témoigné qu’une fois qu’ils ont été testés et trouvés positifs, ces travailleurs, des professionnels dans leurs secteurs qui contribuent à l’économie du pays, sont sujets à des traitements très injustes. De quel droit et sur quel Ground ces personnes sont déportées ? »

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À ce titre, parmi les témoignages qui ont animé l’AIDS Candlelight Memorial, celui d’une jeune Malgache venue travailler à Maurice pour subvenir aux besoins de ses parents. « Quand j’ai découvert que mon conjoint me trompait, je suis allée faire un test… qui s’est malheureusement révélé positif ! Mais je ne peux pas dévoiler ma condition de santé autour de moi, et encore moins, à mon employeur. Malgré les problèmes de santé que je rencontre de temps à autre, je préfère taire mon statut sérologique. Autrement, je serais déportée immédiatement. Qui s’occupera de ma famille ? » déclare-t-elle.

Marraine de la première heure du combat contre le virus du Sida, dans le pays, Marie-Michèle Etienne, ayant une longue et fructueuse carrière à la radio et la télévision nationale, a confié comment « durant les premières années, quand des premiers cas étaient détectés à Maurice, li pa ti fasil pou koz sa size-la. Ni lor radio ek ankor mwin lor televizion ! »

« Tout ce qui avait rapport au sexe était très tabou à l’époque. L’idée d’aborder le thème était quasiment inimaginable… Mais quand j’ai compris qu’il y avait là une urgence nationale et qu’un travail d’information pour la santé publique était impératif, j’ai pris l’engagement et la décision de mettre à profit ma profession pour faire passer les bonnes infos et les message qu’il fallait », indique-t-elle.

Marie-Michèle Etienne a salué « le courage et la passion de Nicolas Ritter et Dhiren Moher, les deux Mauriciens qui ont eu l’audace de dire qu’ils vivent avec le virus. Il y a eu aussi le Dr Chan Kam et d’autres personnes encore avec qui nous avons fait des émissions pour attirer l’attention de tout un chacun sur l’urgence de cette maladie. »

La commémoration était aussi marquée par des plages musicales engagées animées notamment par les artistes Sayaa, Bernard Moonsamy et Eric Triton.

Une “Malini Day”

Plusieurs témoignages ont ponctué la tenue de la commémoration d’hier au Caudan Waterfront. L’un d’eux était particulièrement émouvant.

« Le 15 mai 2005, à Rose-Hill, Maurice organisait son premier AIDS Candlelight Memorial. Ce soir-là, une femme prit le courage de déclarer qu’elle était positive et qu’elle vivait avec le virus. Cette jeune Mauricienne souhaitait, par son témoignage, partager son vécu et prévenir d’autres Mauriciens, les avertir pour qu’ils ne tombent pas dans le même piège qu’elle. Elle voulait alerter les Mauriciens au sujet du sida et leur demander de faire attention. Elle avait mis une jolie robe bleue; s’était joliment maquillée pour l’occasion et avait un sourire qui venait du cœur… Ce cœur qui lui demandait de venir en aide aux autres. Dan so latet, kan li ti pou rant kot li, li ti pe atann ki so fami pou akeyir li, pran li dan zot lebra ek ki zot pou dir li zot fier kouraz ek travay ki li finn fer. Mais à la place, quand elle arriva chez elle, elle ne rencontra que colère, insultes, jurons, reproches. Ses voisins et parents qui l’avaient vue à la télévision étaient remontés qu’elle ait déclaré vivre avec le Sida.

« Pour eux, elle avait attiré la honte sur eux, sur leur région, leur entourage. Aussi, pour la “punir”, ils la chassèrent de leur endroit. Elle qu’ils avaient vu grandir tous sous leurs yeux et avec toute leur affection ! Sans réfléchir, en une fraction de seconde, ils l’avaient jugée. Elle n’avait plus sa place auprès d’eux. Quelques mois plus tard, elle fit à nouveau son témoignage public. C’était au Centre des Conférences de Grand-Baie dans le cadre de la Journée mondiale de la lutte contre le sida, un 1er décembre.

« Entretemps, le cœur de Malini s’était brisé. Son sourire s’estompait peu à peu. Elle avait été rendue amère par l’incompréhension, le rejet, l’absence d’amour de ceux qu’elle avait toujours cru l’aimaient. Malini est décédée peu de temps après. Ce 27 juin, nous allons marquer sa mémoire. Désormais, chaque année, nous marquerons une Malini Day en mémoire de cette grande dame, l’unique Mauricienne à avoir voulu faire tomber les préjugés et sortir les patients de l’anonymat. »

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