COMMÉMORATION | Manifestation estudiantine : 20 mai 75 : mobilisation, hier, contre l’oubli

 

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Un devoir de mémoire envers la lutte estudiantine de mai 1975. C’est dans ce contexte qu’un rassemblement a été organisé devant la Government House, hier, pour commémorer le 51e anniversaire du 20 mai 75. La révolte estudiantine ayant conduit à l’éducation gratuite doit être connue de la nouvelle génération, estiment les participants. Ils ont plaidé pour que l’histoire ait une place importante dans l’éducation, particulièrement à un moment où une réforme est d’actualité.
Ce rassemblement est une initiative de l’Observatoire de la Démocratie. Pour Rowland Narraidoo, le porte-parole, il est important de marquer le 20 mai, chaque année, afin que l’histoire ne tombe pas dans l’oubli. « J’étais un participant à la mobilisation estudiantine du 20 mai 1975, ainsi qu’à la grève de la faim qui s’est tenue par la suite, pour soutenir les jeunes qui avaient été arrêtés. L’année dernière, nous avons marqué le 50e anniversaire de cet événement, avec une commémoration au pont de Grande-Rivière. Mais il faut continuer à marquer cette journée tous les ans afin qu’elle ne tombe pas dans l’oubli », dit-il.
À travers ce rassemblement, un appel est lancé à la jeune génération de s’engager pour l’amélioration et la solidarité dans la société et ainsi maintenir en vie l’esprit de lutte de Mai-75. Car les revendications d’hier et les aspirations pour la construction d’une vraie société mauricienne post-indépendance et postcoloniale, estiment les participants, doivent continuer d’influencer le débat national. Pour Rowland Narraidoo : « les jeunes doivent se rappeler de cette date importante de l’histoire. D’autant que parmi ceux qui avaient participé à la mobilisation, certains sont décédés. C’est donc, aussi en leur mémoire, que nous avons tenu à commémorer Mai-75. »
Il estime également important de procéder à un bilan des retombées de cette manifestation. « Il y a eu l’éducation gratuite, il y a eu la construction de beaucoup de collèges, mais des progrès restent à faire. » Il avance que Mai-75 a beaucoup apporté à ceux qui ont connu cet événement. « Certains sont arrivés à un haut niveau dans la société et d’autres sont toujours au bas de l’échelle. Moi, j’ai beaucoup appris personnellement dans cette mouvance, notamment, sur le plan de la solidarité. C’est ainsi que les étudiants des collèges d’élite se sont montrés solidaires avec les autres », confie-t-il.
Ce 20 mai 2026, a ajouté Rowland Narraidoo, constitue l’opportunité d’un état des lieux du secteur éducatif. « Répond-elle aux attentes de la jeunesse d’aujourd’hui ? Tous les programmes éducatifs des différents gouvernements ont eu pour principal objectif de préparer les élèves pour le système économique. Beaucoup de jeunes quittent le pays. D’autres abandonnent l’école. Quelques années après Mai-75, la Convention des droits de l’enfant a eu lieu. Il faut se poser la question si le système d’éducation à Maurice correspond à ce qui est inscrit dans la Convention », poursuit-il.
Krishna Luchoomun, artiste et enseignant d’art, qui a aussi participé à la manifestation estudiantine, insiste sur la transmission de l’histoire. « Le 20 mai 1975 est une date très importante de notre histoire et la nouvelle génération doit être au courant de ce qui s’est passé. Bientôt, cette génération de Mai-75 va disparaître et les générations à venir ne sauront pas ce qui s’est passé à cette période. Moi je l’ai vécu. Je venais à peine d’entrer en Form I. J’ai débuté mon éducation secondaire avec Mai-75 », indique-t-il.
Alors qu’un projet de réforme de l’éducation est en gestation, Krishna Luchoomun plaide pour une importance plus prononcée tant à l’art qu’à l’histoire. « Nos étudiants ne connaissent pas notre histoire, ni notre Constitution et même les personnes qui ont combattu pour améliorer la vie des citoyens mauriciens. Il faut leur enseigner cette partie de l’histoire. L’art, le sport et l’histoire sont importants pour l’éducation », précise-t-il.
L’Observatoire de la démocratie a ainsi voulu marquer l’événement afin de « garder ce combat vivant dans la conscience collective car ce pan de notre histoire n’est presque pas connu de la jeune génération et s’efface de la mémoire collective avec le passage du temps ». Le rassemblement d’hier avait également pour objectif de saluer « le courage et la contribution de tous ces enfants du 20 mai 75, bloqués et même matraqués dans différents coins du pays ; la participation de certains avant, durant et après le 20 mai ainsi que la contribution pendant les jours, les semaines, les mois et même des années jusqu’à aujourd’hui pour d’autres. »
De même, il est estimé que les acquis de cette lutte sur le développement du pays doivent être connus, notamment : l’éducation gratuite au secondaire, l’âge de la majorité et le droit de vote à 18 ans, l’augmentation significative du nombre de filles venues de milieux modestes au secondaire, l’augmentation du nombre d’écoles, la valorisation et la reconnaissance du kreol morisien comme langue nationale, et la nécessité d’un dialogue national sur la vraie décolonisation et du mauricianisme axé sur l’égalité des chances.
L’événement a aussi été un hommage aux « camarades de Mai-75 » décédés, dont Malenn Oodiah, Veena Phoolchund et Kaviraj Appadoo.

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