L’inflation globale annoncée à 5,5% cette année, avec des appréhensions que ce taux atteigne 6%
Pour la première fois depuis une longue période de statu quo, le Monetary Policy Committee (MPC) de la Banque de Maurice a décidé à l’unanimité, hier, d’augmenter le taux directeur de 25 points de base, le portant de 4,50 % à 4,75 %. Cette décision a été annoncée, hier, par la gouverneure de l’institution, Priscilla Muthoora Thakoor, à l’issue de la 78e réunion du comité. Cette mesure intervient à quelques semaines de la présentation du budget 2026-27.
Priscilla Muthoora Thakoor explique que la Banque Centrale lie cette hausse aux répercussions macroéconomiques de l’escalade des tensions géopolitiques mondiales, notamment le conflit entre les États-Unis et l’Iran. Elle considère que la hausse des prix internationaux du carburant, l’augmentation des coûts de fret et de transport, ainsi que la baisse de la monnaie nationale accentuent les pressions sur l’inflation importée.
Pour ce qu’il s’agit de la situation économique dans le pays, la Banque de Maurice note que les prévisions de croissance économique 2026 ont été réduites à 2,8 %, alors que les estimations précédentes misaient sur une trajectoire comprise entre 3,3 % et 3,5 %.
Les indicateurs sectoriels récents affichent des performances contrastées. Ainsi, au niveau de l’industrie touristique, les arrivées globales ont enregistré une hausse de 4 % en glissement annuel au cours des quatre premiers mois de l’année. Toutefois, les arrivées par voie aérienne ont reculé de 8 % durant le seul mois d’avril.
Au chapitre de l’emploi et des salaires, le taux de chômage a atteint un point bas historique à 5,4 % au quatrième trimestre de l’année 2025, bien que les salaires réels soient à la baisse. Par ailleurs, le crédit accordé au secteur privé s’est accru de 11,5 % en mars dernier.
Si l’inflation globale est demeurée stable à 4,2 % sur la période de mars à avril 2026, l’inflation en termes annuels s’affiche à 3,6 %. Les mesures de l’inflation de base se maintiennent à des niveaux supérieurs : l’indicateur CORE1 s’établit à 5,5 % et le CORE2 atteint 6,1 %.
La Banque de Maurice projette désormais une inflation globale de 5,5 % pour l’ensemble de l’exercice 2026, un niveau supérieur à l’objectif initial de l’institution, fixé dans une fourchette de 2 % à 5 %. La possibilité que ce taux atteigne la barre de 6% n’est pas écartée, a prévenu la gouverneure en réponse à des questions de la presse.
Sur le marché monétaire, la Banque de Maurice a procédé à l’émission de Rs 47,5 milliards en billets et de Rs 6,0 milliards en Bonds depuis la dernière réunion du Conseil. Le volume moyen des dépôts au jour le jour s’élève à Rs 28,4 milliards, rémunérés à un taux de 3,00 %. Les rendements des obligations se répartit à 3,93 % pour les titres à 91 jours, 4,12 % à 182 jours et 4,41 % à 364 jours.
Sur le marché des changes, le chiffre d’affaires cumulé entre janvier et mai 2026 s’élève à 5,5 milliards de dollars américains. Sur cette période, la roupie a enregistré une dépréciation de 2,9 % face au dollar américain (USD), de 1,0 % par rapport à l’euro (EUR) et de 1,5 % face à la livre sterling (GBP).
Pour l’année 2026, le déficit du compte courant est projeté en repli à 6,7 % du PIB. Au niveau des réserves internationales, les actifs s’établissaient à 9,8 milliards de dollars américains, ce qui représente 13,6 mois d’importations (en excluant le secteur des Global Business Companies).
La gouverneure a précisé que le MPC privilégie la gestion des risques inflationnistes face aux risques de ralentissement de la croissance et se tient prêt à se réunir entre ses sessions ordinaires si l’évolution de la situation économique l’exige.
« Ainsi l’augmentation du taux directeur de 25 points de base s’inscrit dans le mandat de la Banque en matière de stabilité des prix et de développement économique équilibré. L’ajustement renforce la crédibilité et la confiance en matière de politique monétaire auprès des ménages, des entreprises et des investisseurs. Les conditions intérieures restent suffisamment résilientes pour absorber cette augmentation. La décision est une réponse calibrée aux risques externes tout en soutenant une croissance durable », précise Priscilla Muthoora Thakoor.
Au chapitre de l’économie internationale, la Banque Centrale concède que les récentes hausses des prix de l’énergie ont fait grimper l’inflation dans le monde entier. L’inflation américaine est passée de 3,3 % en mars à 3,8 % en avril et dans la zone Euro de 2,6 % à 3,0 %.
Les perspectives économiques mondiales d’avril 2026 du FMI projetaient une croissance mondiale de 3,1 % (révision à la baisse) et une inflation mondiale de 4,4 %. Les risques de pénurie d’offre et de destruction de la demande augmentent si le conflit au Moyen-Orient persiste. Les marchés financiers restent volatils, avec un sentiment de prudence de la part des investisseurs. Les principales banques centrales ont maintenu les taux stables, mais les marchés anticipent d’éventuelles hausses subséquentes en 2026.

