À l’issue de sa déclaration, la gouverneure de la BOM, Priscilla Muthoora Thakoor, a répondu à des questions de la presse. En voici des extraits:
À la lumière de votre déclaration, nous pouvons conclure que la situation continue d’être affectée par ce qui se passe au Moyen-Orient ?
Tout à fait. Nous sommes une petite économie ouverte et les développements économiques sont largement tributaires de ce qui se passe à l’extérieur. Et comme nous l’avons constaté, il y a eu une répercussion immédiate sur les prix à l’importation qui se sont traduits par des augmentations de prix au niveau domestique.
Et nous pensons qu’il y aura des effets secondaires assez importants.
Vous avez évalué l’impact sur les individus qui ont des prêts à la banque et sur les entrepreneurs lorsque, du coup, le coût des traites va augmenter avec le relèvement annoncé après la réunion du Monetary Policy Committee?
Absolument.
C’est une décision qui a pris en considération un certain nombre de facteurs. Déjà les pressions inflationnistes, le fait que nos projections sont que l’inflation augmentera pendant un certain temps et qu’il faut maîtriser cette inflation.
Par ailleurs, nous avons tenu compte du fait qu’une inflation non-maîtrisée aurait aussi un impact sur les individus au niveau du pouvoir d’achat, du taux de rendement réel sur leurs dépôts qui serait érodé par le taux d’inflation. Nous avons aussi pris en considération dans nos discussions le niveau d’endettement des ménages.
J’ai évoqué un peu plus tôt les tests de résistance que nous avons menés dans notre analyse au sujet de la stabilité financière. Ces tests ont conclu que le système bancaire dans son ensemble demeure, pour l’instant, bien capitalisé. Il y a une capitalisation adéquate et le système bancaire demeure résilient.
C’est vrai qu’une augmentation du taux directeur de 25 points de base va se répercuter à la fois sur les taux à l’emprunt, mais il devrait aussi se répercuter sur les taux qui sont perçus sur l’épargne des individus et des ménages.
Est-ce un signal que la Banque Centrale et le MPC sont prêts à agir en augmentant les taux de l’épargne de 25 points de base…?
En augmentant les taux, nous nous concentrons sur le mandat de stabilité des prix de la Banque. La situation reste très incertaine.
Personne ne sait comment et quand la guerre sera terminée et personne ne connaît l’étendue de la destruction des demandes qui pourraient ou ne pourraient pas arriver plus tard au cours de l’année. La politique monétaire doit être libre. Pour paraphraser Christine Lagarde, nous devons être Data-Driven et décider réunion par réunion.
Lors d’une récente conférence de presse, les représentants du FMI ont reconnu que la situation économique est difficile mais qu’il fallait prendre en considération les personnes les plus vulnérables dans le cadre des mesures qui doivent être adoptées. Qu’en pensez-vous ?
L’instrument de politique de la Banque de Maurice, c’est le taux d’intérêt. C’est un taux qui ne nous permet pas de cibler. C’est un taux qui influence les prix dans l’économie, dans sa globalité.
Nous n’avons pas un taux directeur ou un taux d’intérêt pour les ménages plus pauvres, plus vulnérables, et un autre taux pour ceux qui ont les moyens supplémentaires. En agissant sur la politique monétaire, en s’assurant que l’inflation ne prenne pas une trajectoire qui soit hors de contrôle, c’est un moyen de protéger ceux qui sont plus vulnérables, sachant qu’une inflation élevée a un impact disproportionné sur ceux qui sont les plus vulnérables, sur les ménages à faibles revenus.
La Banque de Maurice a publié la semaine dernière un communiqué par rapport à de fausses nouvelles titrées sur le money printing de Rs 80 milliards en 2025. Vos réactions, comme gouverneure de la Banque de Maurice, par rapport à cela ?
C’est une question importante. Et merci de me donner l’opportunité d’apporter des éclaircissements.
En tant que gouverneure de la Banque Centrale, et par respect pour la fonction que j’occupe et l’institution que je sers, j’ai choisi d’exercer une certaine réserve dans ma communication. Les allégations sur le Printing de l’argent constituent une fausse nouvelle. Cela n’a rien à voir avec qui a fait l’allégation.
La BOM a dénoncé la publication de fausses nouvelles parce qu’elles peuvent déstabiliser l’économie. Elle souligne que les fausses nouvelles affectent directement les perceptions de l’indépendance de la Banque Centrale. Elles affectent la réputation de la Banque de Maurice et de Maurice comme centre financier international.
La Banque de Maurice a vécu une période de difficultés l’année dernière, pour dire le moins. Et quand je suis arrivée, j’ai fait de la priorité de reconstruire la confiance et la crédibilité de l’institution. C’est un point sur lequel beaucoup de membres de la Banque de Maurice travaillent tous les jours, en prenant des décisions qui sont conformes à notre mandat et aux directives que nous proposons.
En tant que Banque centrale qui plaide pour l’autonomie et l’indépendance, nous sommes conscients que l’indépendance et la redevabilité sont les deux côtés de la même pièce. Nous sommes donc engagés envers la transparence. Nous publions nos données régulièrement et la vérification des données montre qu’il n’y avait pas d’argent imprimé pour un montant de Rs 83 milliards, comme il a été allégué.
Dans un communiqué, je ne peux pas détailler l’explication, mais je crois que l’unité de communication de la Banque a envoyé aux journalistes un tableau expliquant comment les Rs 83 milliards ont été alléguées et en clarifiant qu’il s’agit en fait d’une création de crédit par les banques.
Laissez-moi faire trois points. Pour être claire, la Banque Centrale n’a pas imprimé ou transféré de l’argent au gouvernement en 2025.
Nous avons donc évoqué cette clarification, nous l’avons partagée avec beaucoup de médias, nous sommes heureux d’avoir passé un certain temps à vérifier les chiffres, si nécessaire, pour clarifier.
Deuxièmement, nous savons que la seule fois que la Banque Centrale a imprimé de l’argent pour financer le gouvernement, c’était en 2020.
Je pense que la Banque Centrale a été transparente dans sa démarche. En fait, à chaque réunion du Monetary Policy Committee, comme aujourd’hui, nous rapportons sur la liquidité d’excès structurelle, les instruments que nous utilisons pour lutter contre la liquidité d’excès, et nous publions aussi des données.
Et troisièmement, j’aimerais conclure avec ceci : je voudrais remercier tous ceux qui sont intervenus sur le sujet pour leur feedback.
La supervision de la Banque Centrale a été dans l’actualité cette semaine. Qu’est-ce qu’on peut faire pour empêcher que Rs 25 milliards soient volatilisés par les banques ?
Alors, je vais d’abord préciser qu’il y avait Rs 25 milliards et on avait cité quatre banques, dont la Banque de Développement. La Banque de Développement n’est pas supervisée par la Banque de Maurice.
Il y a beaucoup de critiques qui circulent. Encore une fois, je l’ai dit, aucune Banque Centrale ne doit penser qu’elle est au-delà de la critique. Certaines fois, les critiques sont justifiées, mais il y a des critiques qui vont trop loin.
Le plus souvent, ces accidents ont lieu parce que les automobilistes sont distraits, ils sont en train de faire de l’excès de vitesse, peut-être qu’ils sont en train de conduire sous l’influence de quelque chose, ou peut-être qu’il y a une défaillance mécanique, des conditions de conduite dangereuses, du brouillard, que sais-je.
La réponse après chaque accident n’est pas de blâmer la police ou de dire que toute la force policière doit être renvoyée. C’est un peu là que j’essaie de cadrer le débat.
Les banques ont des comités pour évaluer le crédit, des comités pour l’audit, pour le risque. Ce sont les premières lignes de défense. La Banque de Maurice supervise et met en place des réglementations pour plusieurs institutions dans le secteur bancaire et dans le secteur financier.
La Banque de Maurice ne restera pas les bras croisés. Il y a, avec les nouvelles technologies, avec les nouvelles directives qui sont émises par les agences internationales, des standards de régulation et de supervision qui sont amenés à évoluer, à s’améliorer et qui permettront une meilleure surveillance. Une surveillance qui sera un peu plus proactive plutôt que réactive.
Alors, il y a une marge de manœuvre pour améliorer la situation. Et la Banque de Maurice a bien l’intention de s’approprier ces outils pour rehausser le niveau de surveillance. Mais cela ne remplacera pas un système de contrôle, ni le rôle du conseil dans les institutions d’action.
Le FMI a pratiquement fait les éloges de la Banque Centrale en disant que vous étiez dans la bonne voie en ce qui concerne la Mauritius Investment Corporation. Donc, où allons-nous ?
Nous allons dans le sens d’un désinvestissement. Nous avançons peut-être plus lentement que je l’aurais souhaité.
C’est vrai que quand vous regardez de dehors, la perspective que vous avez est très différente. Et c’est une leçon d’humilité que moi-même j’ai reçue, puisque l’idée, c’était vraiment que la Banque se désinvestisse le plus tôt possible. Lorsque nous regardons de plus près, lorsque nous allons dans le détail, nous nous heurtons à beaucoup de contraintes légales, beaucoup de contraintes liées aux contrats que la MIC a signés.
Et là, nous nous rendons compte que c’est plus compliqué en pratique. Mais nous progressons dans cette voie. Et pour nous, il est important, pour la Banque de Maurice, de mettre derrière nous cet héritage découlant de l’utilisation de la planche à billets, de la création monétaire en 2020-2021.
Priscilla Muthoora Thakoor face à la presse: « Mettre derrière nous cet héritage découlant de l’utilisation de la planche à billets en 2020-21 »
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