Une annonce parue dans la presse le 14 mai dernier fait réagir plusieurs citoyens et défenseurs du littoral. En cause : la mise en vente d’une portion de terrain de 6,646 arpents située en bord de mer à Bel-Ombre, le long de la route B9 et adjacente à une plage publique. Selon les informations communiquées par le collectif Aret Kokin Nu Laplaz/Mru2025, cette vente est pilotée par KPMG, agissant en tant que Receiver & Manager de KPMM (Mauritius) Ltd, actuellement en receivership.
Le collectif estime que ces terres appartiennent à l’État mauricien puisqu’il s’agit de Pas Géométriques. Dans une publication Facebook, AKNL/Mru2025 rappelle qu’une question parlementaire avait déjà été soulevée autour de l’attribution de ces terres à l’époque, demandant notamment si toutes les procédures légales avaient été respectées. Pour les contestataires, cette affaire ravive le souvenir du dossier Pomponette, où une plage publique avait été réclamée par des promoteurs avant de se retrouver au centre d’une vive polémique. « On se souvient très bien des difficultés rencontrées dans ce dossier », souligne le collectif, qui craint aujourd’hui un scénario similaire à Bel-Ombre.
Les militants dénoncent également le fait que le projet initial porté par KPMM n’aurait jamais vu le jour. Ils s’interrogent ainsi sur la légitimité de la vente actuelle alors que la société concernée est en receivership. Selon eux, l’État devrait récupérer ces terres plutôt que de permettre leur transfert à des intérêts privés. Une question est directement adressée au ministre du Logement et des Terres, Shakeel Mohamed : le gouvernement est-il favorable à cette transaction ? Et surtout, pourquoi l’État ne reprend-il pas possession de ces terrains ? AKNL/Mru2925 rappelle qu’il avait déjà écrit au ministre Shakeel Mohamed le 6 février 2026 afin de demander que cette portion de Pas Géométriques soit officiellement proclamée plage publique. Trois mois plus tard, l’annonce de la vente vient renforcer leur mobilisation.
Par ailleurs, le collectif insiste sur l’importance écologique et sociale du site. Le littoral concerné se situe dans la zone de transition de la Réserve de Biosphère UNESCO de Bel-Ombre. À leurs yeux, la protection de cet espace s’inscrit pleinement dans les objectifs du programme Man and Biosphere, qui vise à concilier conservation de l’environnement, développement durable et implication des communautés locales. Les militants estiment qu’une proclamation en plage publique permettrait non seulement de préserver un espace naturel ouvert à tous, mais aussi de valoriser le patrimoine culturel et environnemental de la région. Ils avancent également un argument lié aux risques climatiques et côtiers.
Selon eux, plusieurs études scientifiques, notamment du BRGM, classent cette partie du littoral parmi les zones les plus vulnérables à l’érosion et à la submersion marine à l’horizon 2050-2100. Dans ce contexte, ils jugent irresponsable d’envisager de nouvelles constructions en bord de mer. Ils ajoutent par ailleurs que Bel-Ombre compte déjà plusieurs établissements hôteliers sur son littoral. Le collectif considère qu’il n’est pas justifié d’ajouter un projet supplémentaire au détriment de l’accès public au littoral. « Notre littoral n’appartient pas aux promoteurs », martèle le collectif, qui appelle à une prise de conscience autour de la préservation des terres de l’État et de l’accès aux plages publiques.

