Une bonne décision

Le Conseil des ministres a pris, vendredi dernier, une décision qui aurait dû avoir été prise depuis bien longtemps : celle de mettre sur un pied d’égalité les employés du service public et du privé en cas de fortes pluies ou de pluies torrentielles. En ce faisant, le gouvernement a corrigé une injustice qui séparait la main d’œuvre mauricienne en deux catégories distinctes : les fonctionnaires de l’État et les employés du secteur privé.

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Une injustice flagrante, institutionnalisée, depuis l’augmentation conséquente des fortes pluies due au changement climatique provoqué par le réchauffement de la planète. Une injustice séparant en catégories distinctes une population devant faire face, par ailleurs, aux divisions religieuses, communalistes, castéïstes et politiques que nous cultivons à Maurice. Jusqu’à cette semaine, donc, en cas de grosses pluies ou de pluies diluviennes, les fonctionnaires étaient autorisés à quitter le travail pour rentrer chez eux, alors que les employés du secteur privé étaient obligés de finir leur journée de travail. Les autorités semblaient considérer que les fonctionnaires étaient plus fragiles que les employés du privé, qu’ils pouvaient moins résister aux trombes d’eau que les autres. Encore une motivation pour inciter les Mauriciens à entrer dans le gouvernement pour bénéficier de tous les avantages officiels et officieux attachés à la fonction. On se souvient des embouteillages de voitures de fonctionnaires rentrant chez eux en pleine journée, alors que leurs voisins des entreprises privées, parfois leurs voisins, n’en avaient pas le droit et devaient attendre un avis d’un comité quelconque pour le faire. Il était temps que le gouvernement rétablisse une situation qui donne le même droit de se protéger des intempéries à tous les Mauriciens, quel que soit leur employeur.

Dans la foulée, il serait grand temps de revoir le protocole des intempéries en ce qu’il s’agit des établissements scolaires, en commençant par mettre de l’ordre dans les définitions de la météo. Pourquoi émettre un bulletin de veille de fortes pluies, alors que ces fameuses ondées annoncées ne s’abattront sur le pays que le lendemain ? Si elles tombent comme annoncées, car de plus en plus les prévisions se réalisent plus ou moins, en raison des changements climatiques. En effet, depuis quelque temps, même si le bulletin météo est national, les pluies sont de plus en plus localisées. Il est courant que Rose-Hill soit inondé, alors que le soleil brille à Beau-Bassin ou qu’en même temps, Curepipe soit ensoleillé, tandis que parapluies et pardessus sont nécessaires pour circuler dans la capitale. Il faudrait aussi revoir les horaires d’émission de ces bulletins de la météo. Ce n’est pas normal d’obliger une population à écouter le bulletin émis à 4h du matin par la météo et retransmis un peu plus tard par les radios, pour savoir si les écoles seront ouvertes ou fermées. Parce que de nos jours, envoyer ou pas un enfant à l’école peut être un parcours du combattant pour les parents, qui ont le sentiment que leurs enfants sont faits de sel et ne peuvent pas se laisser mouiller par la pluie. Il faut donc organiser le transport aller et retour de l’élève, avec prolongement en cas de leçons particulières après les classes. Alors, venir informer le parent vers 4h du matin que l’établissement scolaire n’ouvrira pas ses portes, en raison de grosses pluies, vient casser son programme reglé comme du papier à musique, et il doit improviser. Avant vendredi dernier, si le parent travaillait dans le service public, pas de grand problème puisqu’il avait de fortes chances que son ministère ou son corps paraétatique soit également fermé pour cause d’intempéries. À moins qu’il ne soit enseignant, ce qui l’obligeait à se rendre à l’école pour des raisons pas très claires. Mais c’était une autre paire de manche si le parent en question travaillait dans le secteur privé. Parce qu’il lui fallait, en très peu de temps, et à quatre heures du matin, se débrouiller pour faire veiller l’élève qui ne peut aller à l’école, ou alors marquer un sick leave, tout en allant travailler. Selon le principe injuste que le fonctionnaire devait être plus protégé que l’employé du secteur privé.

Mais heureusement, grâce à la décision prise vendredi dernier, face aux intempéries climatiques, les employés mauriciens, du privé comme du public, seront désormais traités sur un pied d’égalité. Vu sur le papier, ça semble ne pas être grand-chose, mais pour des milliers d’employés du secteur, cela fait toute la différence. Que le gouvernement de l’Alliance pourra inscrire sur la liste de ses rares réalisations dans le cadre de sa politique de rupture avec les pratiques du passé…

Jean-Claude Antoine

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