La commission de la Santé du Mouvement Socialiste Militant (MSM) tire la sonnette d’alarme sur la détérioration du système de santé publique. Lors d’un point de presse tenu au Sun Trust lundi, l’ancien ministre de tutelle, Kailesh Jagutpal, a dressé un constat alarmant de la situation, dénonçant un personnel médical « démotivé », notamment à la suite des récents cas d’agression enregistrés dans les établissements de santé.
L’ancien ministre de la Santé a accusé le gouvernement de ne déployer « aucun effort concret » pour retenir les professionnels du secteur. Il est également revenu sur une ancienne publication Facebook du ministre Anil Bachoo, jugée blessante envers certains employés de la santé. « Nous ne pouvons pas mettre tout le personnel dans le même panier et prétendre qu’il ne travaille pas. Ceux qui commettent des erreurs doivent être sanctionnés, mais il ne faut pas généraliser », fait-il ressortir.
Kailesh Jagutpal a aussi dénoncé les pénuries persistantes de médicaments dans les hôpitaux et centres de santé. « Une rupture de stock peut arriver temporairement, mais lorsqu’elle dure depuis six mois, c’est extrêmement grave », s’est-il indigné, en soulignant qu’avant les dernières élections générales, le gouvernement avait promis un accès gratuit aux médicaments. « Qu’on aille voir dans les dispensaires et les hôpitaux si tous les traitements sont réellement disponibles », a-t-il lancé.
Le MSM pointe également du doigt le manque de moyens financiers accordés au ministère de la Santé pour retenir son personnel. Selon Kailesh Jagutpal, les effectifs sont passés de 12 500 employés en 2014 à 15 500 en 2024, avant de redescendre à 15 300 selon les chiffres du budget 2025. Il a affirmé que le ministère peine même à rémunérer les heures supplémentaires. « Il n’y a pas d’argent pour payer le personnel, mais Rs 600 millions sont disponibles pour la rénovation de la State House », trouve-t-il.
L’ancien ministre a aussi évoqué les longues attentes auxquelles font face les patients. Certains devraient ainsi patienter jusqu’à huit mois avant de pouvoir subir un examen par IRM, poussant ainsi de nombreux Mauriciens à se tourner vers les cliniques privées, malgré des frais souvent très élevés.
Abordant la recrudescence de cas de chikungunya à Maurice, Kailesh Jagutpal estime que la détection tardive la situation. « Certains patients ne découvrent qu’après cinq à sept jours qu’ils ont contracté la maladie », a-t-il déclaré. Et d’évoquer un important retard dans le traitement des tests au laboratoire de Candos, qu’il attribue « au refus du ministère de financer les heures supplémentaires ».
Il a critiqué également la stratégie adoptée dans la lutte contre les moustiques, vecteurs de la maladie. Selon lui, le gouvernement a tort de ne pas privilégier davantage les opérations de Fogging, qui doivent être réalisées en fin d’après-midi pour être réellement efficaces. « Le ministre mise sur la stérilisation des moustiques, mais aucun détail n’a été fourni sur les lieux concernés, la fréquence des opérations ou les résultats obtenus », trouve-t-il.
Concernant les six décès liés à la leptospirose, Kailesh Jagutpal estime qu’ils sont la conséquence directe d’un « diagnostic tardif » et a rejeté l’argument des comorbidités avancé par le ministre Bachoo. « Si 300 000 Mauriciens souffrant de diabète contractent la leptospirose, cela veut-il dire qu’ils vont tous mourir à cause des comorbidités ? Il faut être sérieux », dit-il.
Enfin, il a déclaré que la commission du MSM a reçu des informations, non confirmées à ce stade, selon lesquelles certains Mauriciens seraient actuellement bloqués à l’étranger après avoir été en contact avec des personnes soupçonnées d’être porteuses du virus Ebola. Il a appelé le gouvernement à vérifier rapidement ces informations et a réclamé des explications sur le protocole sanitaire mis en place à l’aéroport et au port pour prévenir toute éventuelle menace sanitaire.
ÉCHIQUIER POLITIQUE | Contre-offensive du Sun Trust Le MSM dénonce une « crise profonde » dans le secteur de la santé publique
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