Joëlle Coret, présidente du conseil d’administration de la Mauritius Society of Authors, a eu la désagréable surprise, il y a quelques mois, d’apprendre qu’elle ne pourra plus exercer son métier de chanteuse dans les hôtels d’un groupe. Elle a été depuis remerciée. Dans une lettre ouverte adressée au ministre du Tourisme, Richard Duval, elle interpelle les autorités sur la place accordée aux artistes dans le modèle touristique mauricien. S’appuyant sur les récentes déclarations du Junior Minister au Tourisme, Sydney Pierre, qui plaide pour un tourisme davantage axé sur « l’authenticité, la culture et l’expérience humaine », elle souligne le paradoxe entre ce discours officiel et la réalité vécue par de nombreux artistes, dont elle-même, sur le terrain.
Remerciée depuis le 21 mai, Joëlle Coret, chanteuse au sein d’un groupe hôtelier, estime avoir perdu son emploi dans un contexte où sa profession n’est pas suffisamment encadrée juridiquement. C’est par le biais d’un « contracteur » qu’elle exerçait dans les hôtels du groupe. Remerciée, selon elle, pour des raisons économiques liées à l’impact de la guerre au Moyen-Orient sur la clientèle du groupe, elle rappelle que son cas reflète la vulnérabilité des artistes évoluant dans le secteur hôtelier.
Dans sa lettre, Joëlle Coret rappelle que l’expérience touristique ne repose pas uniquement sur les chiffres, les performances hôtelières ou les taux d’occupation, mais aussi sur l’émotion et l’identité culturelle que les visiteurs retiennent de leur séjour. Selon elle, les artistes jouent un rôle central dans cette dynamique, notamment à travers les prestations musicales et les animations live proposées dans les hôtels, restaurants et espaces touristiques. Cependant, Joëlle Coret dénonce une précarité persistante dans le secteur artistique. Elle évoque « l’instabilité des collaborations » entre artistes et établissements touristiques ainsi qu’un « manque de reconnaissance structurelle du rôle artistique dans le tourisme ». Sans entrer dans la polémique ni personnaliser son propos, elle estime que certaines collaborations prennent fin « sans véritable cadre de dialogue, d’échange ou de considération sur leur contribution globale ».
L’artiste revient également sur sa propre expérience dans le circuit hôtelier, expliquant avoir toujours cherché à « professionnaliser la place de l’animation live », « encourager le dialogue entre artistes et décideurs », « valoriser la culture mauricienne » et « renforcer l’expérience authentique offerte aux visiteurs ». Pour elle, les difficultés rencontrées dépassent largement le cadre personnel et révèlent un problème plus profond : « La place réelle accordée aux artistes dans la stratégie touristique mauricienne ». Joëlle Coret pose ainsi la question : « Peut-on parler d’expérience culturelle sans sécuriser et reconnaître ceux qui la créent ? » Elle estime qu’il est impossible de promouvoir une expérience culturelle authentique sans reconnaître, protéger et structurer davantage le travail des artistes qui la rendent possible au quotidien.
Se défendant de toute intention polémique, l’auteure appelle plutôt à une réflexion nationale sur plusieurs enjeux : « La structuration du secteur de l’animation live dans les hôtels », « la reconnaissance du rôle culturel et économique des artistes », « la nécessité d’un cadre de dialogue plus équilibré entre établissements et artistes », ainsi que « l’intégration réelle de la culture dans le modèle touristique national ».

