Dr Diplal MAROAM
À la planète entière, particulièrement à la communauté des climatosceptiques, le vote à l’ONU le 20 mai dernier par une écrasante majorité – 141 voix pour, 8 contre et 28 abstentions – d’une résolution présentée par le Vanuatu et 12 autres États, appelant les gouvernements à aligner leurs politiques de développement sur les obligations juridiques de limiter le réchauffement climatique à +1,50C, notamment en réduisant drastiquement et durablement leurs émissions de gaz à effet de serre et en respectant le droit à un environnement sain, envoie un signal robuste et sans ambiguïté, engageant la responsabilité des peuples et nations en vue de la protection de notre « maison commune ». Ainsi, le texte réaffirme formellement les conclusions de l’avis consultatif rendu en juillet 2025 par la Cour internationale de Justice selon lesquelles les États sont chargés, en vertu du droit international, de prendre des mesures urgentes et adéquates dans le but d’éviter toute dérive au niveau du climat.
Cependant, il est malheureux de constater que, parmi les pays qui ont voté contre la résolution ou qui se sont abstenus alors que la survie même de toute l’humanité est directement concernée, l’on compte ceux se trouvant parmi les plus grands pollueurs de la planète tels les États-Unis, la Russie, l’Inde et des gros producteurs et exportateurs de pétrole, à l’instar de l’Arabie Saoudite, l’Iran, du Qatar, du Nigéria. Ce qui pourrait constituer un frein non négligeable au processus de la transition énergétique sur le plan global et battre en brèche toute politique de développement durable. Or, force est de reconnaître que, quelle que soit leur puissance – économique, technologique ou militaire – en fin de compte, face à la justice climatique, tous les pays n’auront qu’à déposer les armes. Car, une économie « casino » (Pierre Moscovisci dixit) mettant l’accent sur la croissance à tout prix par une exploitation à outrance des matières premières et la maximisation des profits sans considération écologique aucune, n’est pas viable dans le temps et absolument incompatible avec les principes fondamentaux de la protection de la nature et sa biodiversité.
Pourtant, comme ne cesse de le répéter le GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat), la lutte contre le réchauffement climatique ne constitue pas l’antithèse de la croissance ; elle représente même une opportunité économique significative car permettant de pérenniser le processus du développement en combattant la dégradation de notre biosphère pour la sauvegarde et le renouvellement des ressources vitales de la planète. La Chine en a d’ailleurs déjà pris conscience dans certains domaines et appelle d’autres États à suivre le pas. D’ailleurs, en France, cette année, un avertissement de chaleur canicule a même été émis au mois de mai, ce qui n’a jamais été le cas auparavant. Le White Christmas des pays du Nord, tant adoré par de nombreux compatriotes qui se rendent presque chaque année dans la capitale britannique en décembre, pourrait un jour n’exister que sur des cartes de souhaits. À Maurice, le phénomène de l’érosion côtière n’est pas uniquement confiné à Tamarin mais affecte presque tout le littoral de l’île quoique dans une moindre mesure, du moins pour l’instant. En outre, avec les projets immobiliers tous azimuts qui poussent comme des champignons après la pluie et envahissent nos côtes et la mer qui grignote inexorablement nos plages, l’espace de détente préférée des Mauriciens se rétrécit comme une véritable peau de chagrin.
Le plus grand paradoxe du problème écologique à ce jour, c’est que ce sont d’abord les petits États qui subissent le plus durement les foudres des activités polluantes des grands pays développés. Ainsi, les impacts des sècheresses, inondations et événements extrêmes qui accompagnent le dérèglement du climat sont particulièrement sévères sur la production alimentaire et les services de santé dans les pays du Sud et les petits États insulaires. Le risque de multiplication des famines ne fait plus de doute car certaines cultures de base comme le maïs et le riz, si vitales pour les populations des pays les plus vulnérables, sont particulièrement sensibles aux fluctuations des températures et aux extrêmes saisonniers. Pour un 10C de plus, le rendement du riz, la denrée très couramment consommée sur toute la planète, chute de 10% à 20%, dépendant des régions concernées. Le maïs, aliment de base de plus de 300 millions d’Africains de l’Est et composant essentiel de l’alimentation du bétail dans le monde, reculerait d’au moins 20% de la production actuelle si rien n’est entrepris d’ici à 2030 pour sauvegarder la culture. Toujours selon la FAO, la perte pourrait alors atteindre les 100 milliards de dollars par an pour notre continent.
Aujourd’hui, les grandes puissances sont plus enclines à asseoir leur autorité sur la planète par tous les moyens possibles et imaginables, incluant la force des armes, la fleur au fusil ou pas. Vu les circonstances géopolitiques actuelles, alimentant mépris et animosités, violences et destructions, des pays développés tels la France, la Grande-Bretagne, l’Allemagne, le Japon, entre autres, consolident leur arsenal militaire, comprenant le nucléaire, à coups de milliards de dollars, fonds qui auraient bien pu être canalisés dans le combat contre la malnutrition, les maladies et l’insalubrité dans de nombreux pays du Sud. Or, aucune étude globale de la crise écologique planétaire ne pourrait négliger le rôle de l’armement qui, avec ses industries parasitaires de support, constitue le plus grand gaspilleur des ressources énergétiques et minérales existantes, donc le plus grand producteur des émissions toxiques, polluant tous les écosystèmes de la planète. Avec la réduction de l’approvisionnement en énergie fossile, provoquée par la guerre en Iran, État du Golfe persique qui contrôle le détroit d’Ormuz où transitent quotidiennement environ 20% du pétrole mondial, une opportunité majeure se présente pour une accélération de la transition énergétique. La volonté de la saisir existe-t-elle réellement ?
Le vote du 20 mai à l’ONU constitue certes une lueur d’espoir pour toute la planète et l’humanité dans son ensemble ; cependant, il pourrait malheureusement demeurer dans les méandres de l’histoire si les grandes puissances continuent à faire fi de tous les protocoles et accords internationaux sur le climat et la sourde oreille au « cri de détresse » émis par la planète bleue déjà en état de dégradation avancée.
