Elles ont reçu un avis d’évacuation dans un délai de 15 jours du conseil de district de Grand-Port, agissant sur les directives du ministère des Collectivités locales sans aucun logement alternatif proposé
Coup de tonnerre pour 60 familles habitant des maisons ex-CHA/EDC dans le district de Grand-Port. Elles ont reçu, la semaine dernière, un Notice du conseil de district pour évacuer leurs maisons contenant de l’amiante, et ce dans un délai de 15 jours. Cependant, elles ne savent pas où se rendre vu qu’aucun logement alternatif ne leur a été proposé. Lalit a alerté le ministre du Logement, Shakeel Mohamed, à ce sujet, lui demandant de stopper cette évacuation, dans l’attente d’une meilleure planification.
Il y a un mois, le ministre des Terres et du Logement, Shakeel Mohamed, a fait une déclaration à l’Assemblée nationale, indiquant que le gouvernement procédera au désamiantage des maisons ex-CHA/EDC. La nouvelle a été bien accueillie par l’ensemble des familles concernées et ceux qui militent pour le remplacement de ces maisons depuis des années. D’autant, qu’à plusieurs reprises, les gouvernements successifs ont signifié la même intention sans jamais la concrétiser.
Cette fois-ci, il semble que les autorités ont voulu agir rapidement. Toutefois, il n’y avait aucune indication préalable sur le début des évacuations et du plan de relogement pendant les travaux. Ainsi, la semaine dernière, 60 familles du Sud ont été prises de court lorsqu’elles ont reçu un Notice du conseil de district de Grand-Port pour évacuer leurs maisons dans un délai de… 15 jours !
L’avis d’évacuation indique, entre autres, qu’un ingénieur a procédé à un Survey des unités de logement et qu’il a conclu que l’état était dangereux. Le plus surprenant est que les familles ont même été averties : « Be warned that pursuant to section 22 (4) of the Building Control Act 2012 (as amended), should you fail to comply with any of the requirements and exigencies of the present Notice, the council shall cause the building or wall to be pulled down… » Ce qui veut dire que non seulement les familles n’ont aucun endroit où aller, mais elles subissent aussi la menace de voir leurs maisons être démolies si elles refusent de collaborer.
Avertie de cette situation, Rajni Lallah, de Lalit, a accompagné un groupe d’habitants de Cluny dans le cadre d’une réunion avec le vice-président du conseil de district de Grand-Port, Ritesh Gopy, vu que le président, Rajiv Jangi est absent du pays. Il a fait comprendre que le conseil a agi sur directives du ministère des Collectivités locales. Elle a alors écrit au ministre Shakeel Mohamed, qui préside le comité interministériel sur le remplacement des maisons en amiante.
Clarifier la situation
Rajni Lallah demande ainsi au ministre de « veiller à ce que le ministère de l’Environnement, de la Gestion des déchets solides et du Changement climatique, ainsi que celui des Collectivités locales cessent de demander au Conseil de district de Grand Port, ainsi qu’à tout autre conseil de district ou municipalité, ne signifient des avis d’expulsion aux habitants des logements en amiante. »
Par ailleurs, Lalit fait ressortir que ces avis menacent, avec insensibilité, les occupants de logements en amiante en leur indiquant que leurs maisons risquent d’être « démolies » et « enlevées », les laissant sans abri. « Nous vous appelons également à veiller que les deux ministères donnent immédiatement des assurances formelles et publiques aux habitants des logements en amiante, que ces avis seront annulés et qu’ils travailleront en collaboration avec les habitants concernés afin de les reloger et/ou de remplacer leurs habitations par des logements sûrs et sécurisés. »
Cette clarification est considérée comme « urgente » vu la confusion et la panique provoquées par l’avis d’évacuation. Lalit avance qu’une provision dans le prochain budget pour le remplacement des logements en amiante démontrerait clairement le sérieux de l’engagement du gouvernement à cet égard.
La correspondance de Lalit au ministre Mohamed indique que lors de la réunion avec le vice-président de Grand-Port, en présence de la Chief Executive et de l’ingénieur qui a rédigé le rapport, le 4 juin, il a été dit que « le ministère de l’Environnement demandait depuis plusieurs années au ministère des Collectivités locales d’amener le Conseil de district de Grand-Port à émettre de tels avis. » L’instruction pour l’avis d’évacuation, provenant des Collectivités locales, date du 13 novembre 2025, selon le conseil de district. Soit, bien avant la déclaration de Shakeel Mohamed, à l’Assemblée nationale, le 12 mai dernier.
Lalit relève également que lors de cette déclaration, il avait été mentionné « qu’aucun plan de remplacement des logements en amiante n’a encore été finalisé ». Au contraire, il avait été énoncé que « le ministère des Collectivités locales accélérera l’émission des avis légaux concernant les unités abandonnées ». Ce qui amène à se poser la question s’il y a eu un manque de communication entre les différents ministères concernés quant à ces avis d’évacuation.
Cette formation politique met l’accent sur l’urgence de clarifier la situation au plus vite, car on ne sait si d’autres conseils de district ou de municipalité ont reçu les mêmes directives pour émettre des avis d’évacuation.
Shakeel Mohamed affirme être dans l’ignorance de l’évacuation
La lettre de Lalit étant adressée au ministre Shakeel Mohamed, qui préside le comité interministériel sur les maisons contenant de l’amiante, Le-Mauricien a sollicité sa réaction sur cette évacuation. Son service de communication a ainsi fait parvenir les clarifications suivantes :
« Un comité interministériel a effectivement été mis en place, afin d’examiner cette question. Toutefois, le comité n’a pas encore finalisé ses recommandations.
« Par ailleurs, le dernier rapport de Statistics Mauritius n’a été reçu que récemment. Le comité examinera attentivement ses conclusions, et le rapport sera communiqué à tous les membres du comité interministériel pour étude. D’autres consultations avec le ministère des Finances sont également prévues, avant que le comité ne finalise ses recommandations.
« Il importe de souligner que le comité n’a ni le mandat ni le pouvoir de suspendre toute opération d’évacuation. À ce stade, le ministre n’a été informé d’aucun ordre d’évacuation ayant été émis. »
Le ministère des Terres précise que l’autorité compétente dans cette affaire est le ministère des Collectivités locales. Par ailleurs, le ministère des Terres affirme avoir également pris contact avec Lalit en vue de partager le rapport de Statistics Mauritius. Une réunion sera programmée très bientôt. Il est aussi souligné que le ministère avait déjà entamé des discussions avec des membres de Lalit sur la question de l’amiante, bien avant la tournure de ces événements.
Collectivités locales : « L’ordre d’évacuation a été suspendu »
Au ministère des Collectivités locales, les dernières informations en fin de journée sont que l’avis d’évacuation a été suspendu, suite à une rencontre avec des membres de Lalit et quelques résidents. « Il a été demandé au conseil de district de Grand-Port de donner le temps aux familles concernées de trouver des logements alternatifs. Nous pouvons donc donner l’assurance qu’il n’y aura pas d’évacuation. L’ordre a été suspendu. Les familles seront informées par le biais d’un nouvel avis dans les jours à venir », confirme-t-on.

