Pourquoi toucher à la « pension » est vécu comme une trahison

La pension de retraite contributive est un instrument rationnel – mais uniquement là où les salaires sont payés dans une monnaie qui ne se dévalue pas. Là où un citoyen peut confortablement mettre de côté une fraction de ses revenus d’aujourd’hui en ayant la certitude que leur valeur survivra au parcours jusqu’à la retraite.

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Cette condition ne tient pas à Maurice. La roupie est une fuite lente, non une réserve de valeur. Demander aux Mauriciens de cotiser à un fonds de pension dans une monnaie qui s’érode silencieusement, c’est leur demander d’épargner dans un actif qui se déprécie, travesti en sécurité. C’est pourquoi la « pension » de l’État-providence – universelle, non contributive, financée par la fiscalité indirecte – n’a jamais été perçue comme un simple transfert social. Elle a été intériorisée par la plupart des Mauriciens comme quelque chose de plus instinctif : une couverture. Une récupération partielle, imparfaite, de ce que la TVA avait déjà prélevé.

Puisque l’essentiel de ce qu’ils consomment est importé, et puisque les prix à l’importation évoluent avec une roupie qui ne connait que la dépréciation, la « pension » est devenue un mécanisme de compensation silencieux – l’État restituant, en versements mensuels, un fragment du pouvoir d’achat qu’il avait extrait à travers le prix des produits et services achetés.

Mais le contrat ne s’arrête pas là, et c’est ici qu’il devient tranquillement accablant. La plupart des Mauriciens ne consomment pas réellement les services publics que leurs impôts financent. Ils paient des frais de scolarité ou des « leçons particulières » parce qu’ils ne font pas confiance à l’école publique. Ils recherchent des soins dans le privé parce que l’hôpital public est un endroit où l’on ne se rend qu’en dernier recours. Ils s’équipent d’un système d’alarme parce que la police est une institution qu’ils ont appris à contourner plutôt qu’à solliciter.
À cela s’ajoute le coût, souvent insupportable, d’un Carer – car la santé se dégrade, et les enfants, eux, ont souvent émigré. Une double absence que la « pension » universelle ne couvre pas. Et ce ne sont pas les parents retraités uniquement qui subissent ce manque total d’empathie de la part du gouvernement, les enfants aussi devront contribuer davantage à la subsistance de leurs parents. Au-delà des retraités, ce manque de soutien gouvernemental impacte durement les foyers. Les enfants se retrouvent contraints d’assumer une charge financière supplémentaire pour garantir la subsistance de leurs parents, aggravant ainsi les difficultés budgétaires de l’ensemble de la cellule familiale – potentiellement une source de division.

Ils sont, en réalité, taxés deux fois — une fois par l’État, et une fois par leur propre scepticisme justifié à l’égard de ce que cet État délivre. Ce qui émerge n’est pas un État-providence au sens classique du terme. C’est un arrangement fiscal dans lequel les citoyens financent des institutions auxquelles ils ne font pas confiance, reçoivent une modeste « pension » en guise de restitution partielle, et financent à titre privé les services que le système public était censé rendre. Lorsque la pénibilité du travail s’ajoute à un capital social miné par le désespoir, l’arbitraire devient une incitation, poussant les citoyens à tricher pour s’en sortir.

Le débat sur la retraite contributive, dans ce contexte, est presque une distraction. En l’absence de leadership, la technocratie prend le pouvoir, et la « rationalité » proclamée n’est trop souvent que des precriptions partielles et partiales provenant d’une chambre d’écho. La question préalable – celle qui n’atteint jamais tout à fait le discours budgétaire – est de savoir pourquoi la roupie ne cesse de perdre du terrain, et qui profite du silence autour de cette « trahison ».

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