Le gouvernement de l’Alliance du Changement — moins les trois députés qui ont démissionné du MMM — a réussi un véritable exploit. Celui de refaire sa grossière erreur politique de 2025 : faire focaliser l’attention — et la colère — des Mauriciens sur la question qui lui avait valu un mécontentement national : le report de l’âge de la pension de vieillesse. Les politiciens — et leurs conseillers — ont la mémoire courte et ne retiennent aucune leçon du passé, surtout quand ils sont au pouvoir. Ce qui s’est passé vendredi à l’hôtel du gouvernement est une parfaite illustration de ce qui précède. Après sa victoire écrasante aux élections de 2024, l’Alliance du Changement avait connu une notable chute de popularité et de perte de confiance avec le budget 2025. Principalement en raison de sa décision de repousser l’âge de la pension, qui était devenue avec les surenchères des uns et des autres un argument électoral de poids. Une décision qui avait valu aux députés de la majorité se faire traiter de « voler pansion » par leurs mandants. Comme s’il avait tout oublié — ou qu’il se moque de l ’opinion de la population —, un an après, le gouvernement fait la même erreur en s’attaquant au même sujet, sans aucune explication, sans aucune communication vers le public, sans aucune concertation avec ses ministres et ses députés.
C’est seulement quelques heures avant sa lecture au Parlement que les membres de la majorité gouvernementale — ministres d’abord, députés ensuite — ont découvert le contenu du discours du budget, surtout une mesure. Avec stupéfaction, ils ont découvert qu’un comité de technocrates avait recommandé que non seulement on touche, une fois de plus, à la pension de vieillesse, mais que cette fois on la réduise — ou qu’on la supprime carrément — selon les revenus des pensionnaires. C’est-à-dire que des Mauriciens ayant travaillé toute une vie et économisé pour leurs vieux jours auront leur pension réduite ou supprimée si leurs revenus — composés en majeure partie d’économies — dépassent un certain seuil. La proposition qui va appauvrir davantage la classe moyenne, proposée par un comité d’experts, a été ratifiée par le Premier ministre et ministre des Finances. Ce comité estime — et le Premier ministre avec lui — qu’un Mauricien à la retraite peut vivre avec un peu plus de Rs 14 000 par mois. Si ses revenus dépassent cette somme, sa pension sera réduite en conséquence. Cette mesure va toucher tous les fonctionnaires et employés de secteur public qui vivent de leurs pensions privées, ajoutées à leurs économies et à la pension universelle qui les aide à finir le mois. C’est toute une catégorie sociale — toutes communautés confondues — qui est visée par cette mesure que Navin Ramgoolam a ratifiée et que son gouvernement est censé adopter et défendre. Comme il le fit l’année dernière, avec les conséquences que l’on sait. En ce qui concerne la défense de la mesure du budget à venir, on a vu, vendredi soir, des ministres — désignés d’office ? — essayer d’aller faire le service après-vente sur les plateaux de télévision. Il était visible qu’ils venaient de découvrir cette mesure, en étaient scandalisés et ont été incapables de la défendre. Malgré sa maîtrise des joutes oratoires, même Shakeel Mohamed a été incapable de répondre aux questions pertinentes de Roshi Badhain, qui a profité de l’occasion pour enfoncer le clou. Il est évident que les membres du gouvernement n’étaient pas au courant du contenu — et surtout des implications sociales et politiques — de cette mesure budgétaire. Ministres et députés ont été tenus à l’écart de la préparation du budget. On dirait que seule la cellule de communication du PMO était au courant de cette décision, mais sa manière de la défendre ne fait qu’ajouter à la confusion sur le sujet et à la colère contre le gouvernement. D’autant que sa dernière directrice semble confondre communication et propagande politique, comme le démontre le contenu de son site, dont certains textes n’ont rien à envier à ceux du MSM qui, à l’époque, attaquait quotidiennement le leader du PTr.
Finalement, cet épisode budgétaire va donner l’occasion aux élus de la majorité — PTr, MMM, ND et ReA — de faire savoir s’ils défendent les consignes gouvernementales ou les intérêts de leurs mandants. La question est de savoir si, comme l’année dernière, les élus de la majorité vont « pez nene, bwar delwil » et aller recevoir d’autres volées de bois verts de leurs mandats pour une mesure décidée à leur insu. Ou s’ils vont, cette fois-ci, se battre pour obtenir du chef du gouvernement qu’il revoie cette mesure budgétaire qui, si elle était appliquée, va impacter négativement le quotidien de centaines de Mauriciens.
Jean-Claude Antoine

