Les entreprises orientées vers l’exportation poursuivent leur contraction : baisse de l’emploi, recul du nombre d’entreprises et affaiblissement des exportations confirment les difficultés persistantes d’un secteur historique de l’économie mauricienne.
Les derniers chiffres publiés par Statistics Mauritius confirment que les entreprises orientées vers l’exportation (EOE), héritières de l’ancien secteur de la zone franche, traversent une nouvelle période difficile.
Premier constat : l’emploi poursuit sa baisse.
Si les exportations résistent encore sur certains marchés, l’emploi continue de se contracter et plusieurs indicateurs montrent que le secteur peine à retrouver un véritable souffle.
Au 31 mars 2026, les EOE employaient 27 652 personnes, contre 30 105 un an auparavant, soit une perte de 2 453 emplois (-8,1 %). Rien qu’au premier trimestre 2026, 572 postes supplémentaires ont disparu. Derrière ces chiffres se cachent 801 suppressions d’emplois, partiellement compensées par 229 créations liées à l’expansion de certaines entreprises.
Le recul touche aussi bien les travailleurs mauriciens que les expatriés. Les effectifs mauriciens diminuent de 1 621 salariés sur un an, tandis que le nombre de travailleurs étrangers recule de 832 personnes. Cette évolution traduit une baisse globale de l’activité plutôt qu’un simple remplacement de la main-d’œuvre étrangère par des travailleurs locaux.
Le textile reste le principal foyer des pertes
Comme depuis plusieurs années, c’est l’industrie de l’habillement qui concentre l’essentiel des difficultés.
Le secteur du wearing apparel perd à lui seul 1 403 emplois en douze mois, soit près de six emplois supprimés sur dix dans l’ensemble des EOE. Le secteur alimentaire enregistre également une baisse significative avec 576 emplois perdus, tandis que la bijouterie (-216 emplois) poursuit également son repli. À l’inverse, très peu de branches affichent une progression notable de leurs effectifs.
Ces chiffres illustrent les difficultés persistantes du textile mauricien, confronté depuis plusieurs années à la concurrence asiatique, à la hausse des coûts de production et à une demande internationale plus volatile.
La contraction du secteur ne concerne pas uniquement l’emploi.
Le nombre d’entreprises exportatrices est passé de 226 à 221 en seulement un an. Cette baisse s’inscrit dans une tendance de long terme : le pays comptait encore 280 entreprises en 2017 contre 223 à fin 2025, avant les nouvelles fermetures enregistrées au premier trimestre 2026.
Autrement dit, la restructuration du secteur se poursuit, avec une concentration progressive de l’activité autour d’un nombre toujours plus réduit d’opérateurs.
Des exportations en recul sur le trimestre
Sur le plan commercial, les résultats apparaissent contrastés.
Les exportations des EOE atteignent Rs 9,28 milliards au premier trimestre 2026, soit une baisse de 14,6 % par rapport au trimestre précédent. Ce recul provient principalement de la diminution des exportations de vêtements (-20,3 %), de textiles (-27,8 %) et d’animaux vivants hors poissons (-31,3 %). En revanche, comparées au premier trimestre 2025, les exportations demeurent pratiquement stables avec une légère hausse de 0,5 %.
Le Royaume-Uni reste le premier marché des entreprises exportatrices, devant l’Afrique du Sud, les États-Unis, l’Espagne et la France, qui concentrent ensemble près des deux tiers des ventes du secteur.
Au-delà des chiffres trimestriels, les tendances de fond interpellent.
En huit ans, les effectifs des EOE ont pratiquement été divisés par deux, passant de plus de 52 000 salariés en 2017 à moins de 28 000 aujourd’hui. Dans le même temps, la part du secteur dans la valeur ajoutée nationale est tombée de 5,3 % à 3,5 %, tandis que sa contribution à l’ensemble de l’industrie manufacturière continue également de diminuer.
Ces données montrent que les entreprises exportatrices demeurent un pilier important des exportations mauriciennes, mais qu’elles occupent désormais une place moins centrale dans l’économie qu’au cours des décennies précédentes.
Le principal défi reste désormais celui de la montée en gamme. Face à une concurrence internationale toujours plus forte, la compétitivité du secteur dépendra moins des volumes produits que de sa capacité à se repositionner sur des produits à plus forte valeur ajoutée, à investir dans l’innovation et à améliorer sa productivité. Sans cette transformation, l’érosion progressive de l’emploi et du tissu industriel pourrait se poursuivre au cours des prochaines années

