Un peu de discernement

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Le Premier ministre va assister demain au 46e sommet ordinaire de la Southern African Development Community qui se tient en Afrique du Sud. Avant même de se renseigner sur les motifs de ce déplacement et les enjeux que ce sommet pose, des récriminations gratuites et maladives s’étaient déjà fait entendre et, cela, dès l’annonce par le conseil des ministres, vendredi, de ce déplacement diplomatique régional important.
Cela n’a évidemment rien de comparable avec cette visite inopinée de Navin Ramgoolam en République du Congo chez Denis Sassou Nguesso, celui qui arrive toujours à se faire élire avec plus de 90% des voix. Pour avoir une idée de ce que ce pays représente, il serait mieux d’aller voir l’excellente enquête de Cash Investigation de France 2 sur les petites affaires et les grands profits de Dominique Strauss-Kahn en tant que conseiller du président Sassou-Nguesso.
Oui, il y a eu des abus concernant les voyages d’officiels depuis des années et, il fut un temps où ces escapades aux quatre coins du monde étaient gardées secrètes sous le fallacieux prétexte que la « the list is being compiled », alors que les vrais motifs de cette opacité institutionnelle étaient de cacher les dépenses extravagantes encourues sur certains déplacements notoirement inutiles.
Comme le Dubai Craze de triste mémoire qui a vu, sur six mois de 2022, pratiquement tous les membres du gouvernement MSM se rendre aux Émirats Arabes Unis le temps d’une exposition. Cette fantaisie avait coûté la bagatelle de Rs 77 millions au pays. Les seules retombées connues de ces allers-retours dispendieux sont l’acquisition de villas à Dubaï pour certains officiels. À quelques mois des échéances électorales, certains s’assuraient des placements judicieux et procédaient à la vérification de leurs comptes dans ce centre financier mal noté par les gendarmes internationaux et les investigateurs médiatiques.
Aujourd’hui, les chiffres sont déposés à l’Assemblée nationale dès qu’ils sont demandés. C’est une bonne chose qui permet de juger du bien-fondé des visites officielles à l’étranger et de ce que cela est susceptible de rapporter au pays. Si les chiffres des derniers déplacements des parlementaires, Rs 18 millions en 20 mois, ont été l’objet de certaines critiques, ils n’ont pourtant rien de bien extravagant, les Junior Ministers ayant, par exemple, été souvent sollicités en remplacement de leurs ministres de tutelle.
Par contre, qu’il y ait un contrôle plus strict sur les allocations journalières per diem est essentiel pour prévenir tout abus et tout enrichissement personnel. Il fut un temps où des ministres se rendaient à Paris, Londres, Delhi, Washington, New York ou ailleurs, séjournaient chez l’ambassadeur, la famille ou les copains, tout en empochant leurs allocations de séjour en hôtel et les autres frais qui vont avec.
Et pendant que l’on se focalise sur les déplacements des parlementaires, certains nominés politiques réussissent à faire mieux. À l’Information and Communications Technology Authority, le budget voyages a totalisé Rs 14,2 millions entre novembre 2024 et juillet 2026. On sait bien peu des motifs et des résultats de ces coûteuses missions dans un secteur où ce sont les échanges sur les divers supports du net, dont l’intelligence artificielle, qui auraient dû être privilégiés, tandis que le lobbying en face à face pour défendre et promouvoir les intérêts du pays est d’une absolue nécessité. Voilà pourquoi il faut un minimum de discernement lorsqu’il s’agit de jauger les voyages officiels.
Et c’est sans doute aussi le discernement qui aurait dû l’emporter sur cette pratique un peu trop facile de faire passer coûte que coûte la hausse des prix du carburant aux consommateurs, de tous profils, travailleurs indépendants comme les petites moyennes entreprises. L’essence a franchi la barre de Rs 70 depuis vendredi, rejoignant les Rs 74.10 pratiquées en septembre 2022, tandis que le prix du diesel est resté inchangé après une hausse de Rs 7 à Rs 71.25 en avril 2026.
Cela commence à devenir problématique pour tous les consommateurs et pour les affaires déjà à la peine dans plusieurs secteurs impactés par les mesures budgétaires. Prenons le business des laveurs de voitures qui se plaignaient déjà de la baisse de fréquentation des automobilistes due à plusieurs facteurs, dont la hausse des prix découlant du renchérissement récent des tarifs de l’eau et de l’électricité et un usage moins régulier du véhicule. Avec l’interdiction du lavage décidé en raison de la sécheresse, ils sont nombreux à craindre pour leur gagne-pain.
Le carburant est un composant important de la production. Il va le demeurer, d’autant que les véhicules électriques, qui gagnent petit à petit en part de marché, avaient l’année dernière cessé de bénéficier d’un taux de taxation préférentielle et d’un régime d’encouragement de conversion du thermique à l’électrique.
Si le gouvernement veut diminuer la flotte nationale devenue exponentielle ces dernières années, ce qu’il a réussi en provoquant de gros dégâts chez les concessionnaires confrontés à une baisse notable des ventes tant chez ceux du neuf que du reconditionné, et s’il ne fait aucun effort pour promouvoir l’électrique, il a le devoir d’intervenir pour prévenir une hausse qui affectera ceux qui ont comme outil de travail leur véhicule. Un allégement de certaines taxes, TVA, droits d’accise ne serait, à cet égard, pas loin d’être superflu.
Dans l’action publique, il faut un minimum de cohérence. On ne peut pas subventionner un grand nombre de produits importés à coup de milliards et laisser filer le prix d’une commodité qui est essentielle pour l’activité économique et le transport tant pour les compagnies que les individus. Après les augmentations du Key Rate, du pain, de l’eau, de l’électricité et, maintenant, de l’essence, il va sans dire que le taux d’inflation va bondir.
Et ce ne sont certainement pas les études prospectives qui vont au-delà de la préparation d’un plan décennal, nécessaire au demeurant, qui changeront cette donne. Et maintenant 2050 et ce que cela aura coûté ? Redescendre sur terre est urgent !

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