Humeur — Le Trump show

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Laissons de côté cette semaine Maurice et ses scandales à répétition où le Premier ministre justifie l’achat d’une voiture blindée à Rs 30 millions en demandant à un journaliste « eski ou oulé ki premier ministre al travay lor charrette ? » Navin Ramgoolam avait déjà utilisé cette expression en 1996, lors de son premier mandat lorsqu’on lui avait demandé s’il était nécessaire de prendre le Concorde pour se rendre à l’assemblée générale des Nations Unies. Comme quoi, comme dit la chanson, malgré ses démentis, il n’a pas changé. On s’en rend compte de jour en jour. Intéressons-nous, ce dimanche, à un autre chef de gouvernement qui, comme le nôtre, et surêment beaucoup plus que lui, n’aime ni les questions qui dérangent ni ceux qui osent résister à ses décisions, qui ne sont en fait que des caprices, fussent-ils ses alliés, comme les dirigeants européens et, beaucoup plus près de lui au niveau géographique, son homologue canadien. Parce que Mark Carney a refusé des accords qui auraient fait du Canada presqu’une nouvelle province américaine, Donald Trump s’est mis en colère. Et quand on lui dit carrément et publiquement non, le Président américain fait du grand n’importe quoi. C’est-à-dire, c’est un de ses armes préférées, il augmente unilatéralement le montant des taxes douanières et puisque cela ne semble pas lui suffire, pour manifester son profond mécontentement, il a décidé de rebaptiser le lac Ontario, situé au Canada et aux USA : lac America ! Ce n’est pas la première fois que le Président américain joue au géographe baptiseur. Il y a quelque temps, alors qu’il était en guerre économique contre le Mexique, il avait décidé de rebaptiser le golfe du Mexique golfe d’Amérique sur les cartes de géographie américaines. Pourvu pour nous qu’il ne se mette pas en tête de donner un nouveau nom à Diégo Garcia !
Si le monde s’est habitué aux décrets ubuesques de Donald Trump, on n’arrive toujours pas à comprendre comment les gens qui l’entourent peuvent applaudir à deux mains et soutenir la moindre de ses initiatives. Un peu comme ça se passe à Maurice aussi. On se croirait revenu à l’époque des républiques bananières avec des courtisans – ancien nom des chatwas – se prosternant devant le Président. Comment les membres du gouvernement américain peuvent-ils accepter que leur Président conduise le monde au chaos sans réagir ? Sans lui dire que non seulement il ridiculise leur pays, mais qu’il est également en train de le ruiner et, plus grave encore, de semer un désordre total sur l’ensemble de la planète. Car les décisions prises par Donald Trump n’ont pas que des conséquences comiques, elles ont surtout des répercussions sur le fonctionnement du monde. D’autant plus que les dirigeants des grandes puissances se comportent souvent – à part la récente exception canadienne – comme des pays qui ont peur de fâcher le Président américain. Est-ce que c’est pour ne pas le fâcher qu’on l’a laissé essayer d’annexer le Groenland puis, beaucoup plus grave pour l’ensemble du monde, attaquer l’Iran qu’il avait promis de conquérir en quelques jours ? Tout comme il s’était vanté de mettre fin à la guerre en Ukraine en une semaine. Tout comme il avait promis de mettre un terme aux massacres israéliens – d’autres emploient le terme génocide – à Gaza. Dans les trois cas cités, non seulement les interventions du Président américain n’ont pas stoppé la guerre, mais au contraire elles n’ont fait que l’intensifier en multipliant le nombre de victimes. En 2002, au IVème sommet de la Terre, en Afrique du Sud, le Président français Jacques Chirac avait déclaré « notre maison brûle et nous regardons ailleurs. » Près d’un quart de siècle après, cette phrase, modifiée, est toujours d’actualité. Donald Trump est en train de brûler le monde et nos dirigeants regardent ailleurs. Jusqu’à quand est-ce que le monde, à travers les dirigeants de ses grands pays, ceux qui continuent de donner des leçons de démocratie aux autres, continueront de détourner le regard du Trump show ?
En début de semaine, une information a fait le tour de la planète suscitant de multiples réactions et de non moins nombreux talk-show télévisés pour l’analyser sous toutes ses coutures : l’Iran a mis à prix la tête de Barron, le fils du Président américain, pour la somme de 100 millions de dollars. L’Iran et son régime de mollahs a été qualifié de tous les noms et voué aux gémonies. Mais quand, en février dernier, les États-Unis ont bombardé l’immeuble dans lequel se trouvait le Guide de la Révolution iranienne en l’assassinant, cette nouvelle n’a pas suscité l’émoi de l’annonce de la mise à prix de la tête de Barron Trump. De quoi infirmer la déclaration du Président Macron, aux Nations Unies, à propos des massacres de Gaza selon laquelle « une vie vaut une vie ». Ce qui mène directement à la question suivante : la vie du fils du Président des États-Unis aurait-elle plus de valeur que celle de l’ex-Guide de la révolution iranienne ?

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Jean-Claude Antoine

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