À l’aune de ses promesses…

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Le Premier ministre a impressionné plus d’un avec son allocution, vendredi dernier, devant l’Assemblée des jeunes parlementaires. En défendant avec conviction et insistance la nécessité d’une réforme électorale, Navin Ramgoolam a renoué avec le discours qui s’impose sur la démocratie, l’ouverture et le pluralisme.
Plus de 60/0, a-t-il affirmé, parce que, comme une évidence souvent mise en avant, et ce, depuis très longtemps par le MMM, celui de Paul Bérenger s’entend, ce genre de résultat à des élections générales ne reflète jamais fidèlement le vœu exprimé par la population. « Vous avez besoin d’une opposition robuste », a-t-il aussi soutenu, ce qui part d’un esprit résolument tourné vers la modernité et la diversité d’opinion.
Le Leader du PTr parle certainement de l’expérience du propre vécu de son parti. En 1982, malgré un peu plus de 25% des suffrages, le PTr n’avait obtenu que deux sièges de Best Losers. En 2000, après son premier passage au poste de PM après le 60/0 de 1995, son équipe a été battue à 54/6, la formation rouge, en alliance avec le PMSD, ne disposera, avec pourtant plus de 35% des voix, que de 8 représentants au total, dont 2 Best Losers.
Les résultats de 2014 et de 2019, qui l’ont carrément exclu de l’Assemblée Nationale, ont dû achever de convaincre Navin Ramgoolam de l’urgence d’une transformation de notre mode de scrutin. Parce que le 60/0, subi par Sir Seewoosagur Ramgoolam en 1982, celui de 1995 qui avait balayé Sir Anerood Jugnauth, les majorités constitutionnelles de 57/3 de 1991 ou le 54/6 de 2000 qui avaient confiné le PTr et ses alliés à un petit coin de l’Assemblée Nationale ont amplement démontré que le système hérité de la colonisation était largement dépassé. La conversion assumée est peut-être tardive mais, comme le veut l’adage, vaut mieux tard que jamais.
Si le chef du gouvernement avait, vendredi, le verbe haut et un discours bienvenu sur la nécessité d’un forte opposition, ce fut, le lendemain, une toute autre histoire. Face aux questions des journalistes sur quelques sujets de brûlante actualité, il a semblé très irrité et peu enclin à faire face à la contradiction.
On peut discuter du ton des questions, l’irrévérence étant une marque de la qualité journalistique, surtout si elle est déclinée de manière polie et posée, mais rien ne peut justifier qu’un PM fasse étalage d’une telle agressivité vis-à-vis d’un membre de la presse.
Si Navin Ramgoolam avait pris l’habitude d’échanges réguliers avec l’ensemble de la presse sur des dossiers d’actualité, il aurait, sans doute, évité ces affrontements entre deux portes presque à la dérobade avec les journalistes qui ne le servent absolument pas. Il ne fait que s’enfoncer lorsqu’il réagit de manière aussi abrupte.
Il s’est, sans doute, réveillé sur le mauvais pied hier, mais il a eu tout faux. Pourquoi nous faire miroiter Singapour et son statut d’exemple sur plusieurs plans, pour ensuite établir une comparaison avec l’Afrique du Sud ? La critique est trop aisée et la démagogie facile ? Mais c’est le fondement même de la démocratie. Il en a bien usé durant les 10 années où il était dans l’opposition. Pourquoi, donc, devrait-il en être autrement aujourd’hui ?
Un ministre de la Santé qui se fait opérer dans un établissement public, mais qui fait intervenir son médecin personnel du privé ou qui impose un carer auprès d’un de ses agents qui se fait soigner à l’hoîtal SAJ, c’est une situation qui interpelle ici et qui aurait suscité bien plus d’interrogations ailleurs, comme en Afrique du Sud.
Anil Baichoo a choisi le public pour donner le bon exemple et ainsi insuffler la confiance dans le système qu’il dirige. S’il a fait ce choix, il aurait dû aller au bout de sa logique et se mettre au niveau du patient lambda. Ce que cela démontre, c’est qu’il ne fait pas totalement confiance aux praticiens du public et qu’il a eu recours à un externe pour les superviser.
Personne ne lui aurait, non plus, reproché de continuer son traitement dans le privé avec le médecin qui le suit depuis des années. Le choix de ses soins et de ses médecins relève d’une décision strictement personnelle. Mais essayer de profiter des deux systèmes, ce qui n’est pas accessible aux patients ordinaires, relève, ni plus ni moins, d’un privilège indu. D’autres vont bien à l’étranger pour ne serait-ce qu’un bilan médical, comme l’a fait Navin Ramgoolam en octobre de l’année dernière. So what !?
Lorsqu’on sait, par ailleurs, que le médecin désormais désigné comme le bhai looké de l’hôpital Jeetoo – un établissement bien éloigné de la résidence du ministre de la Santé – par ceux qui y exercent, le Dr Pravish Sookha a été nommé président du Trust Fund du Cardiac Centre l’année dernière, qu’il était activement engagé dans la dernière campagne électorale auprès des activistes travaillistes au no 7, et que son frère est aussi membre du Medical Council, on peut dire que la boucle partisane est bouclée. Et on demande au citoyen contribuable de faire confiance à la santé publique !
L’histoire du carer, étranger de surcroît, est aussi discutable. Pourquoi un ministre doit-il intervenir pour faire admettre quelqu’un qui n’a rien à faire avec un patient dans un hôpital ? Le soignant externe était plus qualifié que le personnel de l’hôpital SAJ ?
Où est le devoir d’exemplarité promis ? Où est la fin de la République des privilèges ? Pourquoi avoir demandé que le MSM soit botté hors du pouvoir, ce à quoi la population a répondu de manière absolument tranchée, si c’est pour émuler le fredonneur de Koukouroukoukou ?
Ce que Navin Ramgoolam devrait finalement savoir, c’est qu’il est en train d’être jugé à l’aune des promesses faites lors de la dernière campagne électorale. Il ne peut pas en vouloir au peuple d’avoir cru en ses engagements fermes et programmatiques de changement.
Il doit, en fait, ne s’en prendre qu’à lui-même si la situation a tourné dans la mauvaise direction pour lui et son équipe gouvernementale. Le changement promis devait être radical mais, après près de deux ans d’exercice du pouvoir, c’est surtout la trahison du programme qui est flagrante !

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