Deux occurrences survenues au cours de la semaine écoulée confirment, si besoin est, que les pires fléaux, ceux qui sont les plus fourbes et les plus désarmants, sont borderless. Pire encore, leurs conséquences ne respectent et n’épargnent aucune frontière humaine, qu’il s’agisse d’un homme ou d’une femme, d’une personne âgée ou d’un nouveau-né, ni aucune frontière physique ou politique. Deux événements, qui n’ont aucun lien ni aucune relation de cause à effet, viennent soutenir cette affirmation.
Depuis le dimanche 23 août, le pays a établi une marque dont aucun Mauricien digne de ce nom ne voudrait jamais, au grand jamais, faire état. Le petit Adriano Perrine, innocent de sept mois, n’ayant jamais tué un moustique, puisque ce sont les femelles qui piquent, a été une victime expiatoire sur l’autel du fléau de la toxicomanie. Pire encore, cet enfant a été tué de sang-froid par nul autre que son père. Un père qui ne vouait fidélité qu’au simik. Une série noire, après les matricides et autres agressions fatales d’aînés au nom de Sa Majesté la Dose de Simik, dont l’île Maurice aurait pu faire l’économie.
Jusqu’ici, le pays se préoccupait de la présence de la drogue dans les écoles. Désormais, le fléau de la drogue fait des victimes jusque dans les berceaux d’innocents bébés. Entre-temps, ceux érigés en Boardroom Pundits dans la lutte contre la drogue s’étonnent des mouvements des mains invisibles constituant des barrières infranchissables à la mise en place de plans d’action contre la prolifération des stupéfiants. À cette enseigne, peut-être devra-t-on ramener au premier plan la définition des Vested Interests assurant la justification d’une Unexplained Wealth de plus en plus visible à Maurice ?
En dépit des multiples explications savantes, allant de l’impact dévastateur de la précarité sociale aux carences dans la lutte contre la violence domestique autour de ces Protection Orders sans effet réel, avec des « si » des plus déplacés dans ce cas de figure, la réalité de la drogue sur le terrain dépasse ce slogan galvaudé de pa get figir. Aster-la, avec ce qui se passe chaque jour dans des familles secouées par les ravages du simik, figir nepli ena pou mete. Il n’y a aucune frontière d’âge pour les victimes, collatérales ou pas, de la drogue.
La réponse effective à cette menace contre ce qu’il y a de plus intime au sein de la société n’est même pas esquissée à l’horizon. Au point que la tentation de reprendre cette réplique au sujet des excuses, prononcée par le sergent O’Neill à la fin du non moins célèbre film Platoon, devient irrésistible, comme dans le cas de l’accro en manque de sa dose de simik. Mais, par respect pour la situation dramatique d’il y a huit jours, la cruauté dicte une retenue de langage. Même s’il ne peut y avoir d’excuse, aucune dans les circonstances, pour se donner bonne conscience.
L’autre épisode reste hors de tout contrôle. Que ce soit pour nous, à Maurice, ou dans les pays où se joue encore le drame, celui-ci ne peut laisser aucun être humain insensible. Le leitmotiv selon lequel dans fleo pena triaz revient comme une hantise de culpabilité. L’image du poste-frontière de Gyirong, aux confins du Tibet, du Népal et de la Chine, balayé en un clin d’œil par un tsunami de boue ne laissant rien sur son passage, demeure un cruel rappel de la vulnérabilité de ceux qui s’arment d’intelligence artificielle par avidité matérielle et par un urge de tout contrôler.
L’épisode précédant la destruction de ce poste-frontière de Gyirong est encore plus désarmant. Les images crues filmées du ciel montrent ceux qui, présents sur les lieux du sinistre et avertis de l’impending danger avec le déferlement de cette vague monstrueuse dans la vallée, courent dans tous les sens, croyant se mettre à l’abri. Certains, par réflexe, se sont retournés sur leurs pas pour chercher refuge dans ce qui était un majestueux immeuble, réputé résister à la pire attaque.
Hélas, le détachement d’un glacier à la frontière sino-népalaise, survenu quelques instants plus tôt, soit à 8 h 40, heure du Népal, ce 26 août 2026, semait une destruction aveugle. Rien n’a résisté. Plus cruelle encore est l’impression découlant des images crues enregistrées et diffusées en boucle dans le monde entier. Des petits points, tels des fourmis, courant dans tous les sens pour tenter de sauver leur peau devant un monstre multiforme et déchaîné. Le script d’un film d’horreur ne se présente que sous la forme d’une pâle copie.
L’une des raisons derrière cette catastrophe naturelle, littéralement sans commune mesure et qui n’a pas encore révélé toute sa profondeur, saute aux yeux : le réchauffement climatique, conséquence dévastatrice des émissions de gaz à effet de serre. Pourtant, depuis avril 1995, les COP (Conferences of Parties) sur le climat se sont succédé, jusqu’à la 31e, annoncée en Turquie du 9 au 20 novembre, tirant la sonnette d’alarme sur les risques potentiels et les conséquences du dérèglement climatique sur la planète Terre. Les effets d’El Niño ou de La Niña n’ont eu aucun effet sur ces mêmes mains invisibles, expression-paravent utilisée par ces pundits contre la drogue à Maurice, qui sévissent sans frontières pour assouvir des intérêts inavouables.
Le bottom line, dans tous les cas de figure, est que ce sont toujours des innocents qui paient le prix le plus fort, tandis que les responsables s’en tirent avec des excuses…
Patrick Michel

