La taxe bancaire invisible

SAMAD RAMOLY

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Alors que l’orthodoxie économique locale s’entête à réclamer une baisse du taux directeur pour « relancer la croissance », l’analyse des faits révèle une réalité bien plus sombre. À Maurice, le mécanisme de transmission monétaire est grippé. Le pays inflige à ses forces vives une véritable taxe invisible : un écart de taux absolu de +4,25 %, soit une marge commerciale près de quatre fois supérieure à celle de la Zone Euro. Pendant que notre secteur financier international brille à l’étranger, nos entrepreneurs locaux et nos citoyens sont asphyxiés par un oligopole bancaire qui refuse de faire circuler la richesse.

Le piège du taux directeur : Une fausse bonne idée

Céder à la tentation de baisser le taux directeur sous la pression populaire serait une erreur macroéconomique majeure. À Maurice, ce remède est pire que le mal.

  1. Un coup de massue pour les citoyens :
    Une baisse des taux détruit instantanément le pouvoir d’achat des épargnants et des retraités, les banques s’empressant de couper les rendements des comptes d’épargne. Plus grave encore, elle accélère la dépréciation de la roupie mauricienne. Maurice important la quasi-totalité de ses biens de consommation, une monnaie faible alimente directement une inflation importée dévastatrice sur le panier de la ménagère (nourriture, carburant, médicaments).
  2. Un étranglement pour les entreprises locales :
    Une roupie affaiblie aggrave la crise chronique de pénurie de devises étrangères (FX). Les PME locales se retrouvent incapables de financer l’achat de matières premières en dollar américain ou en euros. L’argument classique voulant qu’une roupie faible favorise nos exportations est une illusion économique à Maurice. Nos industries d’exportation dépendent d’un taux extrêmement élevé d’intrants importés. La dévaluation fait ainsi exploser leurs coûts de production à l’achat, ce qui annule complètement leurs gains marginaux à la vente. De plus, si une baisse du taux directeur réduit mécaniquement le coût des crédits variables indexés, elle ne règle en rien le problème de fond : la marge structurelle de 4,25 % imposée par les banques reste figée, maintenant le coût du capital à un niveau exorbitant qui décourage l’investissement

La solution : Le modèle botswanais à double détente

Pour sauver l’économie réelle, Maurice doit abandonner la passivité et adopter une stratégie monétaire agressive, inspirée des meilleures pratiques des marchés intermédiaires :

  • Augmenter le taux directeur : relever le taux de base est le seul moyen de défendre fermement la roupie, de freiner la fuite des capitaux vers l’étranger et de stabiliser l’accès aux devises pour nos importateurs.
  • Plafonner légalement la marge bancaire : pour éviter que cette hausse ne tue le crédit, la Banque de Maurice doit appliquer la méthode forte du Botswana. Les autorités doivent imposer un plafond légal strict sur l’écart absolu que les banques ont le droit de facturer au-dessus du taux directeur.

 

En forçant l’oligopole bancaire à comprimer sa marge aberrante de 4,25 %, l’État obligera enfin les institutions financières à absorber le risque de change et les coûts de friction, au lieu de transférer systématiquement la facture aux citoyens et aux entreprises mauriciennes. 

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