Et si les excès d’eau pouvaient devenir une ressource pour les exploitations agricoles ? Tel est l’objectif du projet Food for Thought, développé par la start-up Terra Core Ltd, dirigée par Dhellan Kistamah. Soutenu par le Mauritius Research and Innovation Council et mené en collaboration avec l’Université de Maurice, le projet pilote prévoit la création d’une zone humide artificielle (Wetland) à Courchamps (Côte-d’Or), pour mieux gérer les eaux de pluie, limiter les risques d’inondation et permettre, à terme, la réutilisation de l’eau.
Les épisodes de fortes pluies constituent un défi pour l’agriculture. À travers son projet Food for Thought, Terra Core veut s’inspirer d’un mécanisme déjà présent dans la nature : les zones humides (Wetlands). Le principe est de récupérer une partie de l’eau qui s’accumule dans les terrains agricoles, de la faire passer par un système de drainage, puis de l’orienter vers une zone humide artificielle où elle pourra être retenue et naturellement traitée. « Dans la nature, on a déjà des marécages. Ces marécages traitent l’eau et servent aussi comme une sorte de buffer contre les inondations », explique Dhellan Kistamah. L’idée du projet est donc de reproduire certaines de ces fonctions naturelles dans un environnement agricole.
Lors de fortes pluies, une partie de l’eau qui ruisselle sur les terres agricoles peut entraîner avec elle des sédiments, des nutriments et des résidus vers les cours d’eau. Le système développé par Terra Core doit permettre d’en récupérer une partie avant qu’elle ne rejoigne les rivières ou, dans certaines situations, la mer. « Si nous pouvons aider à recréer ces marécages et les placer stratégiquement, nous pouvons capter une partie de cette eau et la traiter », explique le directeur de Terra Core. La zone humide permettra notamment de réduire la présence de phosphates et de nitrates dans l’eau avant son rejet ou sa réutilisation. L’approche se veut ainsi plus circulaire. Au lieu de considérer l’eau excédentaire uniquement comme un problème dont il faut se débarrasser, le projet cherche à la récupérer et, lorsque cela est possible, à la remettre dans le cycle agricole.
Le projet pilote sera installé sur une parcelle de 2 500 mètres carrés à Courchamps et la zone humide elle-même occupera environ 150 mètres carrés. Pour les agriculteurs, l’intérêt premier serait de mieux gérer les périodes de pluies importantes. Le dispositif comprendra des drains installés dans le sol, qui permettront de récupérer une partie de l’eau avant de l’orienter vers la zone humide. « Quand il y a ces grosses pluies, le dispositif va empêcher tout le terrain de s’inonder car nous allons installer des drains en dessous », explique Dhellan Kistamah. Ces drains, comparables à de gros tuyaux perforés installés dans le sol, permettront de capter une partie de l’eau excédentaire.
Le choix d’un site pour ce type de dispositif ne peut toutefois pas se faire au hasard. La pluviométrie, le type de sol et la topographie figurent parmi les paramètres à analyser avant son implantation. L’objectif est ensuite d’adapter la taille et la configuration de la zone humide aux conditions du site. Le concept de zone humide artificielle existe déjà en Europe, en Amérique et dans d’autres régions. À Maurice, Terra Core entend surtout adapter cette technologie au contexte local. « La technologie existe déjà, mais à Maurice, nous avons du retard sur cette technologie. Donc ici, c’est une première », souligne Dhellan Kistamah.
L’innovation du projet porte également sur le système de drainage, pour lequel Terra Core compte s’inspirer notamment des dispositifs utilisés sur les terrains de football afin de développer une configuration adaptée aux besoins du projet mauricien.
De l’ingénierie à l’entrepreneuriat
À la tête de Terra Core Ltd, Dhellan Kistamah possède une formation d’ingénieur. Après cinq années d’études en Chine, où il a obtenu un Bachelor of Engineering avec spécialisation en Mechanical Engineering, il a travaillé trois ans dans le secteur textile, puis deux ans dans l’agriculture. Il a également passé deux ans au ministère des Infrastructures, plus précisément au sein de la Mechanical Engineering Division. Son passage vers l’entrepreneuriat est directement lié au projet Food for Thought. Après avoir soumis sa proposition au MRIC, il apprend en 2025 que celle-ci a été retenue dans le cadre de l’Innovation Boost Grant. « C’est de là que j’ai décidé de me lancer », raconte-t-il. Terra Core est également accompagnée par l’incubateur La Turbine, tandis que l’Université de Maurice apporte son expertise technique.
Le projet pilote devra désormais faire ses preuves sur le terrain. Une période d’au moins un an de suivi et de tests est prévue pour mesurer le fonctionnement du système et la qualité du traitement de l’eau. « D’abord, nous devrons prouver que le système fonctionne à Maurice », insiste Dhellan Kistamah. Ce n’est qu’après cette phase que pourra se poser la question d’un déploiement plus large auprès des planteurs. Terra Core estime qu’une telle étape pourrait nécessiter un soutien supplémentaire en matière de réglementation et de sensibilisation, entre autres.
Pour la start-up, Food for Thought veut démontrer le potentiel d’une solution fondée sur les processus naturels pour mieux gérer l’eau agricole, réduire les effets des fortes pluies et explorer la possibilité de transformer une contrainte climatique en ressource.
Changement climatique – Projet de Terra Core Ltd : Zone humide artificielle pour la résilience de l’agriculture
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