Dans le sillage de la descente des lieux à la Prison Centrale de Beau-Bassin, l’enquête judiciaire, présidée par le magistrat Jonathan Vellien, concernant la mort suspecte de John Mick Martingale a repris, hier, devant la Cour de Rose-Hill. L’ASP Ramtoolah a été appelé de nouveau à la barre des témoins, où il été accusé de « mensonges » une nouvelle fois par le représentant du Directeur des Poursuites Publiques (DPP). Par ailleurs, plusieurs zones d’ombre entourent ce qu’il est advenu du portable de détenu Martingale après sa saisie par les gardiens.
L’ASP Assif Ramtoolah, qui avait ordonné une fouille de la cellule de M la veille de sa mort, a été appelé à la barre des témoins, où il a répondu aux questions de Me Ricky Bhookhun, le représentant du DPP. Cde dernier a initialement demandé au témoin, dans le sillage du constat que la Cour avait effectué in situ à la prison de Beau-Bassin, qu’il lui donnait l’opportunité de revenir sur son témoignage antérieur, et de dire ce qui s’était réellement passé le soir du 7 septembre dans la cellule de Martingale. Néanmoins, l’ASP Ramtoolah a indiqué qu’il n’avait rien à modifier à la version des événements qu’il avait déjà fournie en cour.
Me Bhookhun est ensuite revenu sur la fouille de la cellule de Martingale. Il a lu des extraits des Standing Orders du service pénitentiaire, prévoyant, sans aucune exception, qu’en cas de fouille d’une cellule, que le détenu doit être évacué de la cellule au préalable. En outre, cette fouille doit porter sur tous les coins et recoins de la cellule. Le détenu doit lui-même être soumis à une fouille corporelle, hors de la vue des autres détenus.
L’ASP Ramtoolah ayant admis que tout cela n’avait pas été fait lors de la fouille de la cellule de Martingale, Me Bhookhun a qualifié cette fouille de « complete and utter failure » de la part de l’ASP Ramtoolah.
Celui-ci a tenté de se justifier en disant qu’il était normalement affecté au service des ateliers, où les détenus sont formés à un métier, et que c’était la première fois qu’il effectuait une fouille d’une cellule de nuit, mais a été confronté à une déclaration antérieure en Cour, où il avait expliqué qu’il était familier des procédures entourant une fouille.
L’ASP Ramtoolah a ensuite été confronté aux Statements que trois détenus, qui occupaient des cellules contiguës à celle de Martingale, avaient consignées à la police. Ils avaient expliqué qu’ils avaient été réveillés vers 21 h le soir du 7 septembre 2024 et constaté la présence de Prison Officers devant la cellule de Martingale. Ils ont aussi ajouté qu’ils avaient entendu du bruit et qu’il y a eu un échange verbal à l’intérieur de la cellule, dont, entre autres,« inn gagn portab-la konple». L’un de ces détenus affirme qu’après le départ des officiers, Martingale pleurait et lui avait dit depuis sa cellule que les gardiens lui avaient menacé qu’ils allaient le faire transférer à La-Bastille.
Me Bhookhun a alors demandé à brûle-pourpoint pourquoi on avait fait peur au détenu. L’ASP Ramtoolah a démenti qu’il avait dit à Martingale qu’on allait le faire transférer à La-Bastille ou qu’il l’aurait intimidé. Selon lui, il aurait même rassuré qu’il n’allait rien lui arriver. Pour Me Bhookhun, les mots « inn gagn portab-la kpnple» impliquait que Martingale ne leur avait pas donné le portable volontairement, mais l’ASP Ramtoolah a maintenu que c’était bien ce qui s’était passé.
Me Bhookhun a accusé le témoin « d’esquiver les questions » et a expliqué qu’il comptait faire appeler ces détenus en Cour. Il a ensuite lancé au témoin : « Zot sink inn fini decsde ansam ki version zot pou done! ».
Répondant aux questions de Me Bhookhun, le témoin a expliqué qu’après avoir pris des instructions de l’ASP Dwarka, qui était l’Officer-in-Charge de la prison, qu’il avait mis le portable et son chargeur dans un casier dans l’Exhibit Room de la prison. Selon lui, c’était l’équipe de relève le matin qui a ensuite été responsable du portable.
Tioutefois, l’ASP Ramtoolah a été pris dans une contradiction quand Me Bhookhun lui a lu le Statement qu’il avait consigné à la police le 10 septembre 2024, où il avait affirmé : « Exhibit secured. Handed over to police for inquiry. »
Me Bhookhun : Qu’est-il arrivé au portable ensuite ?
ASP Ramtoolah : Je ne me souviens pas.
Me Bhookhun : Vous ne vous en souvenez pas ? Mettez de l’ordre dans vos mensonges ! Avant, vous vous souveniez de tout ! Maintenant, vous ne vous souvenez de rien ! Je veux savoir ce qu’il est devenu du portable une fois que vous l’avez laissé dans le casier. Il est passé entre les mains de qui ?
ASP Ramtoolah : Un autre officier l’a pris.
Me Bhookhun : Maintenant, vous vous en souvenez ?
ASP Ramtoolah : Je ne sais pas qui l’a pris.
Le magistrat Denis Vellien, qui préside cette enquête, a renvoyé cette affaire pour au 18 septembre prochain. L’ASP Ramtoolah et les gardiens Ghoorah, Vythilinga, Nundllall et Constant, qui avaient effectué la fouille dans la cellule de Martingale la veille de sa mort, seront de nouveau à la barre des témoins à cette date.
John Mick Martingale, âgé de 32 ans, avait été écroué à la prison de Beau-Bassin dans une affaire de drogue et avait été retrouvé pendu aux barreaux de la lucarne de sa cellule le 8 septembre 2024.
Selon la version de l’ASP Ramtoolah et des gardiens, qui ont déjà déposé à la barre des témoins antérieurement, ayant appris que Martingale avait illicitement en sa possession un portable, certains d’entre eux avaient pénétré dans sa cellule, et le détenu avaient fini par leur remettre le portable.
Les Prison Officers maintiennent qu’ils n’ont jamais brutalisé Martingale. Toutefois, le lendemain, ce dernier avait été retrouvé pendu aux barreaux de la lucarne de sa cellule. Mais selon le Dr Sipho Mfolozi, un médecin légiste sud-africain qui avait pratiqué une contre-autopsie, le détenu avait été sauvagement agressé et était mort asphyxié par la compression de son cou. Le DPP avait ordonné la présente enquête judiciaire sur la base de ce rapport.
Cour de Rose-Hill – Enquête sur la mort suspecte de Martingale : Zones d’ombre sur le sort réservé au portable saisi
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