La National Crime Agency (NCA) deviendra une réalité. L’Attorney General, Gavin Glover, l’a affirmé, hier, à l’issue de la cérémonie d’ouverture de la 9e réunion du Groupe de contact sur la sécurité entre Maurice et La-Réunion. Mais il a surtout voulu dissiper les craintes entourant la nouvelle agence, en particulier celles relatives aux pouvoirs du commissaire de police et au contrôle parlementaire.
« Ce n’est pas le but de la NCA de réduire le bureau du commissaire de Police comme une peau de chagrin », a déclaré Gavin Glover, précisant que le projet de loi avait été discuté avec la Financial Crimes Commission, le commissaire de police et ses adjoints avant son passage au conseil des ministres.
L’Attorney General s’est également dit disposé à entendre les critiques formulées avant la reprise des travaux parlementaires le 20 octobre. Il a notamment annoncé son intention de contacter Adrien Duval, qui avait exprimé des appréhensions concernant le dispositif de contrôle de la future agence. « S’il faut faire certains ajustements, je n’ai aucun problème », a-t-il assuré.
Sur la question d’un comité parlementaire, Gavin Glover indique que le projet prévoit déjà un Independent Advisory Panel, chargé de superviser la NCA et de rendre compte au Parlement. Un premier rapport devra être présenté après 12 mois, puis tous les deux ans. « Ce qui est important, c’est que les rapports soient déposés au Parlement et que tous les parlementaires, pas uniquement ceux qui siègeraient au sein du comité parlementaire de la NCA, puissent faire entendre leurs voix », a-t-il expliqué.
Il laisse donc la porte ouverte à un ajustement du dispositif. « Si la création d’un comité parlementaire permet d’atténuer la peur de certains, nous le ferons », a-t-il dit en ajoutant que « nos intentions sont bonnes. S’il y a des appréhensions, nous les tiendrons en considération. » Pour autant, il ne laisse aucun doute sur l’issue du processus : « La NCA deviendra une réalité, c’est un fait. »
Cette déclaration intervenait en marge d’une cérémonie d’ouverture consacrée à la coopération sécuritaire entre Maurice et La-Réunion. Gavin Glover a estimé que cette coopération doit désormais déboucher sur des mécanismes concrets. Il est revenu sur l’importance du renseignement en temps réel, des points de contact directement joignables, des livraisons surveillées et, lorsque les dossiers le permettent, de véritables enquêtes conjointes.
La coopération maritime devra également être renforcée, notamment contre le trafic de drogue, la pêche illégale et le trafic de déchets dangereux. Sur le plan financier, il estime nécessaire de suivre les flux d’argent générés par les réseaux criminels d’un territoire à une autre.
La coopération judiciaire constitue un autre axe prioritaire. Les conventions d’entraide judiciaire en matière pénale et d’extradition, signées en 2022 et entrées en vigueur, doivent désormais être pleinement utilisées afin d’accélérer les procédures.
Enjeu de sécurité publique
De son côté, le préfet de La-Réunion, Patrice Latron, a abordé la transformation du narcotrafic et la nécessité d’une réponse commune. « Le narcotrafic n’est plus seulement désormais une question de lutte contre la délinquance », a-t-il déclaré. Il constitue également un enjeu de sécurité publique, alimente les violences et la criminalité organisée et entraîne des conséquences sanitaires, sociales et familiales.
Face à des réseaux qui évoluent constamment, par l’adaptation des itinéraires, par la diversification des produits, la création de nouveaux produits, par le recours à de nouveaux modes de communication, de dissimulation, les services de sécurité doivent eux aussi adapter leur réponse.
« Aucun territoire ne peut à lui seul apporter une réponse complète à un phénomène par nature transnational », a souligné le préfet. La coopération doit ainsi porter sur le renseignement, les informations opérationnelles, la connaissance des réseaux, la formation des personnels, la coordination des services et, lorsque nécessaire, la coopération judiciaire. Patrice Latron a mis en avant les progrès réalisés depuis 2024 entre les services français et mauriciens, notamment entre l’OFAST, côté français, et l’Anti Drug and Smuggling Unit (ADSU) de la police.
« Une coopération efficace ne repose pas uniquement sur des textes; elle repose avant tout sur des femmes et des hommes qui se connaissent, qui se font confiance et qui sont capables de travailler ensemble lorsque l’urgence opérationnelle l’exige », poursuit le préfet.
En avril, une opération maritime conjointe a permis la saisie de 271 kilos de stupéfiants en mer. Patrice Latron a également cité une autre opération au cours de laquelle le partage de renseignements entre les deux pays a permis la saisie de 156 kilos de cannabis, avec deux trafiquants interpellés à La-Réunion, soit la Govind Connection.
Mais pour le représentant de l’État français, l’objectif ne doit pas s’arrêter aux saisies et aux arrestations. « La lutte contre les trafics (…) n’est évidemment pas le but de la saisie », a-t-il fait ressortir. Il faut surtout « remonter les filières, identifier les organisateurs et commanditaires » et consolider les procédures lorsque les réseaux sont implantés dans plusieurs pays.
De la drogue à la cybersécurité
La coopération Maurice–La-Réunion dépasse désormais largement la seule lutte antidrogue. La 9e réunion du Groupe de contact travaille sur quatre grands volets : la sécurité intérieure, la sécurité maritime, la sécurité civile et la coopération judiciaire.
La dimension de formation prend également de l’ampleur. En 2026, 34 actions de formation ont été menées par l’Académie de l’Océan Indien, basée à La-Réunion, au bénéfice de Maurice. Cette structure vise notamment à développer les échanges de compétences, les savoir-faire et une culture commune de coopération dans le domaine sécuritaire.
Un nouveau chantier vient désormais s’ajouter à cette coopération : la cybersécurité et la lutte contre les cybercrises. Patrice Latron a annoncé que l’Académie de l’Océan Indien créera un cinquième volet consacré à cette problématique. Cette évolution traduit la volonté de prendre en compte les nouvelles formes de criminalité et les menaces numériques dans la coopération régionale.
À l’issue de la rencontre, le message des deux parties était donc celui d’une coopération appelée à devenir plus opérationnelle. Comme l’a résumé Gavin Glover : « Repartons avec des engagements, des actions, des noms et des dates. »
La cérémonie d’hier a également été marquée par le renouvellement d’un accord de coopération entre Maurice et La-Réunion par le préfet de La-Réunion et le commissaire de police, Rampersad Sooroojbally.

