Décidément, les championnats d’Afrique élites 2026 de boxe actuellement à Kinshasa vont de polémique en polémique. Depuis le début du tournoi, Maurice est victime d’un arbitrage maison et le dernier cas flagrant est celui de Fabrice Valérie, déclaré vainqueur puis battu hier. Plus tôt, Merven Clair s’est glissé en demi-finale, à la faveur d’une victoire aux dépens du Camerounais Koloko Yantou qui lui garantit au minimum une médaille de bronze. Cloe Gabriel, la seule boxeuse mauricienne engagée, affronte la Zambienne Catherine Mwape pour une place en finale des -54 kg ce soir.
Merven Clair, la meilleure chance mauricienne en RD Congo, a réussi son entrée en compétition avec une victoire face Camerounais Koloko Yantou chez les -71 kg. Déjà assuré d’une médaille, le bronze pour l’instant, il retourne sur le ring demain soir pour son combat en demi-finale.
En revanche, Fabrice Valérie, qui disputait lui aussi son premier combat et qui affrontait le Congolais Mandou Mbouba (déjà victorieux du Mozambicain Manuel Paulo Banguine au premier tour des -54 kg), a perdu aux points après une décision controversable autour d’un incroyable imbroglio. Touché à l’arcade sourcilière droite, le troisième round a été interrompu sur avis médical pour les soins au Mauricien. Durant l’arrêt, Valérie était proclamé vainqueur, mais dans les minutes qui ont suivi, la décision a été renversée, les organisateurs avançant qu’une erreur a été commise lors de l’annonce officielle du résultat. Devant cet incroyable retournement de situation, le Congolais Mandou Mbouba peut ainsi poursuivre l’aventure chez lui.
Une histoire de non-certification IBA à l’entraîneur Roméo Caliste, nommé pour la toute première fois entraîneur en chef du groupe par la Fédération mauricienne de boxe, et la présence de Levy Gabriel (qui habite en Irlande et qui est le père de Cloé), enfle autour d’une autre polémique grandissante dont fait face le staff technique de l’équipe de Maurice. Compte tenu du déplacement en RD Congo entièrement financé autour de Rs 1,2M par le ministère de la Jeunesse et des Sports, son Directeur des Sports, Indiressen Descann, a demandé à la FMB des explications sur le choix de Roméo Caliste, qui ne possède aucune étoile IBA, au détriment d’autres techniciens locaux, titulaires de la qualification requise pour intervenir au coin du ring (pendant les combats placés sous la juridiction de cet organisme de boxe) et qui sont restés cette fois à la maison. Ceux pointés du doigt n’ont pas tardé à monter au créneau.
Roméo Caliste, le premier concerné, reconnaît qu’il ne possède pas d’étoile certifiée, mais avance qu’il a eu l’autorisation de l’IBA, donc éligible pour donner les instructions aux boxeurs mauriciens durant ces championnats. Un constat appuyé sans condition par Pascal Telvar, le président de la FMB, lequel a lui-même nommé Caliste pour le voyage à Kinshasa. « Le nom de Roméo Caliste, qui fait partie de l’encadrement technique fédéral, figurait dans le dossier soumis au MJS pour l’approbation du déplacement », nous a-t-il déclaré au téléphone dans la journée d’hier.
« J’avais, par ailleurs, fait une demande formelle à André Basile Kalong, le secrétaire général de l’African Boxing Confederation, pour une considération à Roméo qui n’a pas de certification IBA. Il a été autorisé à accompagner les boxeurs dans le field of play (FOP) à proximité du ring pour transmettre ses instructions. Mais il ne peut intervenir pendant les pauses entre les reprises des rounds, où seuls sont éligibles les entraîneurs avec étoiles ». Pascal Telvar déplore la très mauvaise organisation autour de ces championnats en RD Congo, « où les boxeurs mauriciens ont été très souvent lésés, victimes d’un arbitrage maison ».
À La Réunion aussi, c’est la grogne, où la politique s’invite une nouvelle fois sur le ring en marge des prochains Jeux des îles de l’océan Indien, où le noble art de l’île sœur pourrait ne pas être présent à Moroni. Les Comores, selon une section de la presse de La Réunion, auraient décidé d’appliquer les règlements techniques de l’IBA plutôt que ceux de World Boxing, contrairement à ce qui avait été entériné en avril dernier.
Historiquement, l’International Boxing Association, anciennement AIBA, était l’instance internationale chargée de régir la boxe olympique. En juin 2023, le Comité international olympique lui a retiré cette reconnaissance en raison de problèmes de gouvernance, de transparence financière et d’intégrité des compétitions. World Boxing, créée la même année par des fédérations qui ont quitté le giron de l’IBA afin de préserver la place de la boxe aux JO, a obtenu la reconnaissance provisoire du CIO en février 2025, avant de se voir confier par le même CIO la responsabilité de la boxe olympique pour Los Angeles 2028, avec notamment l’organisation des épreuves qualificatives. L’IBA a continué à revendiquer une place centrale dans la boxe amateur mondiale. D’où le différend autour des prochains JIOI à Moroni.
« Nous avons appris dernièrement que ce sont les règlements de l’IBA qui se substitueraient à ceux de World Boxing aux Comores. Ça nous pose un gros problème de cohérence vis-à-vis de la Fédération française de boxe », rappelle Johan Guillou, président du CROS Réunion. Mayotte est lui aussi rattachée à World Boxing via la FFB. Madagascar et Maurice figurent dans les deux annuaires officiels des deux instances (IBA et World Boxing), alors que l’adhésion à World Boxing est en attente de ratification du côté des Seychelles. Tous sont ainsi en porte-à-faux vis-à-vis de WB et peuvent aller jusqu’à compromettre leurs ambitions olympiques. Affaire à suivre.

