Vous souvenez-vous de l’angoisse liée au passage à l’an 2000 ?
Celles et ceux qui ont plus de 35 ans se rappelleront sans doute de cette période, précédant le passage à l’an 2000, où une sorte d’angoisse funeste avait saisi, à travers le monde, des millions de personnes convaincues que tout allait se détraquer lorsque l’horloge atteindrait minuit. Certains pour des raisons occultes liées à d’obscures prédictions. Mais d’autres, plus largement, pour des raisons très techniques : la crainte d’une panne informatique, un énorme bug qui paralyserait l’ensemble des systèmes informatiques de la planète et bloquerait l’activité mondiale.
Cette conviction était basée sur le fait que lorsque furent conçus les premiers systèmes informatiques, une convention fut adoptée selon laquelle les dates n’étaient indiquées que par les deux derniers chiffres de l’année : donc jusqu’à 99 pour l’année 1999. Mais lorsqu’il s’agit de l’année 2000, la crainte est que le 00 de fin ramène à l’année 1900. Entraînant un dérèglement total de tous les logiciels gérant l’ensemble des administrations et des entreprises, entraînant le chaos général. Dans l’urgence, plusieurs centaines de milliards de dollars seront investis pour mettre en place les mises à jour nécessaires.
Pendant ce temps, une véritable panique s’empare de certains, qui se mettent à acheter des générateurs, à faire des réserves d’argent liquide, à stocker de l’eau et des produits alimentaires, dans le sillage des survivalistes américains qui proclamaient, jusque dans la très réputée revue Forbes, que « quand l’horloge affichera 2000, le pays sera à court d’électricité, les trains ne rouleront plus, les banques s’effondreront… »
Minuit est venu et passé, l’année 2000 a commencé sans que le crash redouté ne se produise.
Nous sommes aujourd’hui en 2026, et l’on voit actuellement se mettre en place des prédictions et une appréhension semblables. À une différence majeure toutefois : cette fois, ce sont les gouvernements à travers le monde, des États-Unis au Japon, en passant par la Grande-Bretagne et une quinzaine d’autres pays, qui ont ces derniers jours averti les populations de stocker de l’eau, des vivres, des médicaments, des lampes, des piles, de l’argent liquide et de se préparer à être autonomes pendant un minimum de 72 heures. Créant une appréhension d’autant plus forte qu’aucune raison précise n’est avancée pour expliquer cette alerte pourtant très conséquente. Et aucune date précise n’est fournie sur la survenue de la présumée catastrophe.
Dès lors, les spéculations ne peuvent qu’aller bon train.
Pour certains, les gouvernements auraient pris connaissance de menaces d’une Intelligence Artificielle devenue tellement puissante et autonome qu’elle serait en mesure de détraquer une nuée de systèmes à travers le monde. Cette interprétation est appuyée par plusieurs faits survenus ces dernières semaines : siphonnage de données sur des sites gouvernementaux comme ceux des impôts, hijacking de fonds bancaires, jusqu’au traficage à distance du thermostat de frigidaires dans des supermarchés qui se mettent à chauffer au lieu de refroidir… Pas des élucubrations, rien que des faits. Si de telles attaques se généralisent, nous pourrions en effet aller au-devant d’un crash dont nous peinons encore à imaginer l’ampleur et les conséquences.
Pour d’autres, ces avertissements qui ont démarré aux États-Unis viendraient d’une intention du président américain Donald Trump, après les primaires électorales du 3 novembre, de lancer une offensive massive contre l’Iran. Qui provoquerait en retour une gigantesque cyberattaque forçant les gouvernements à adopter la stratégie du « grid down ». Soit couper totalement l’électricité le temps d’assurer la protection de leurs systèmes. Dans ce cas effectivement, plus de pompes pour assurer la fourniture en eau, plus d’internet, impossibilité de fonctionnement pour les banques, les supermarchés, les services de santé, etc.
D’autres encore parlent de l’éventualité du déclenchement d’une guerre nucléaire. S’appuyant notamment sur un document du Pentagon appelé « FORTRESS America », qui demande aux principales installations militaires américaines d’être prêtes à assurer une autonomie de fonctionnement de 90 jours. .
Et puis, il y a aussi ceux qui estiment que tout cela, au fond, serait une façon pour les gouvernements d’instiller chez les populations une forme de peur diffuse qui concentre toutes les énergies, détournant l’attention des autres problèmes qui font notamment se soulever les jeunes à travers le monde, et leur donnant les moyens d’instaurer des mesures restrictives et répressives autrement inacceptables.
Les semaines qui viennent nous donneront sans doute la réponse.
En attendant, aucune réaction ici à Maurice. Où nous continuons à importer 80% de ce que nous consommons.
Juste une autre alerte : celle émise ce vendredi 30 octobre par la National Agency for Drug Control (NADC) à l’effet qu’il été noté la présence récente d’une quantité importante de drogues sur le territoire mauricien. Ce qui pourrait entraîner une plus grande disponibilité de certaines substances sur le marché illicite dans les prochains jours et semaines. Avec un risque accru d’overdoses, vu que ces drogues présenteraient des niveaux de pureté et de concentration en substances actives plus élevés, soit une toxicité accrue qui augmenterait les risques d’overdose.
C’est la première fois que le pays est confronté à une telle alerte émise par un organisme officiel. Jusqu’ici, c’étaient plutôt les travailleurs sociaux sur le terrain qui s’inquiétaient de nouveaux trends liés à la drogue sur notre territoire. C’est dire à quel point la situation est alarmante. D’autant plus alarmante que l’on attend, encore et toujours, que le gouvernement se prononce sur le rapport urgent qui lui a été soumis le 9 septembre dernier par le directeur général de la NADC, Kunal Naik. D’autant plus alarmante que l’on peut se demander si cet aggravement sur lequel la NADC tire cette semaine la sonnette d’alarme ne viendrait pas accréditer la thèse selon laquelle les émeutes survenues dans nos cités le 12 octobre dernier n’auraient pas aussi constitué, pour certains, un détournement de l’attention des forces de l’ordre pour faire entrer dans le pays une nouvelle grosse cargaison de drogue…
Le Premier ministre mauricien, Navin Ramgoolam, a utilisé l’argument que ces émeutes avaient été fomentées par la mafia de la drogue. Faisant totalement l’impasse sur la colère que tous ceux qui sont sur le terrain voient monter depuis un certain temps chez une population à bout à force de privations, d’inégalités et d’injustices. Une population qui constitue effectivement une proie privilégiée pour les trafiquants de drogue.
On aimerait pouvoir penser que forte de sa capacité à créer un pays sur la base d’une histoire douloureuse, la République de Maurice soit encore capable d’imaginer un développement autre. Qui, loin de consacrer ses terres à la spéculation foncière et à la construction de villas de luxe pour de riches étrangers, choisisse une formule de développement agricole qui permettrait à des familles de sortir de l’enfermement suffocant et sans horizons de nos cités, pour offrir un lieu de vie plus décent, la possibilité de nourrir sainement la famille et le pays, le sentiment de contribuer à une construction commune valorisante pour tous.
Nous pourrions être un sanctuaire. Voire un exemple. Mais à ce stade, nous demeurons dans l’impréparation la plus totale face aux défis posés par un monde de plus en plus menaçant…
SHENAZ PATEL
Sortie de texte
« Vous souvenez-vous de l’angoisse liée au passage à l’an 2000 ? Lorsque certains affirmaient qu’à minuit, tous les systèmes informatiques se détraqueraient, plongeant le monde dans le chaos ? Minuit est venu et passé, l’année 2000 a commencé sans que le crash redouté se produise. Aujourd’hui, en 2026, on voit se mettre en place des prédictions et une appréhension semblables. À la différence que cette fois, ce sont les gouvernements à travers le monde, qui ont ces derniers jours averti les populations de stocker de l’eau, des vivres, des médicaments, des lampes, des piles, de l’argent liquide et de se préparer à être autonomes pendant un minimum de 72 heures. Créant une appréhension d’autant plus forte qu’aucune raison précise n’est avancée pour expliquer cette alerte pourtant très conséquente. Et qu’aucune date précise n’est fournie sur la survenue de la présumée catastrophe. Dès lors, diverses spéculations et explications pullulent. Pendant qu’ici, à Maurice, nous semblons désespérément n’être préparés à rien…
