Le temps presse

Le temps presse

Le temps presse. Apparemment pour cette « zoli mamzel », celle qui arrive toujours à se glisser dans n’importe quel attelage du moment qu’il y a des dividendes immédiats à récolter pour soi et pour ses plus proches.
Mais là où le temps presse vraiment, c’est sur le front de la drogue, qui est devenue hors de contrôle. Chaque jour qui passe plonge un peu plus les jeunes dans l’enfer de la consommation et du deal, tandis que les barons s’enrichissent et qu’ils partagent leur sinistre butin avec de soi-disant agents de l’ordre.
Les rumeurs d’une prochaine entrée du PMSD au gouvernement, reprises hier par Paul Bérenger, ont commencé à se répandre depuis que le Premier ministre avait publiquement évoqué un prochain remaniement. Mais ce ne fut pas la seule occurrence à avoir alimenté les bruits de couloir à ce sujet. Les votes sur la pension avaient déjà en juillet dernier poussé à l’accréditation de cette thèse.
Après un discours des plus vigoureux et critiques sur la réforme des pensions et avoir même préconisé un décompte des voix pour bien identifier ceux qui approuveraient cette démarche infâme, Adrien Duval s’était finalement tranquillement éclipsé au moment crucial du vote et n’avait pas, au même titre que Kushal Lobine, participé au scrutin. Au contraire du Junior Minister Sydney Pierre qui avait, comme l’opposition, voté contre.
Les vacances parlementaires ayant été l’occasion d’une reconfiguration de l’opposition, Adrien Duval se trouva soudainement fort dépourvu, lui qui a toujours été habitué aux fonctions régaliennes depuis son arrivée au Parlement en 2014.
Il est passé du statut de Whip avec ses avantages et ses privilèges au statut de simple député, tandis que son compagnon d’infortune Joe Lesjongard, fort de son antériorité et de son passage récent à la tête de l’opposition parlementaire, a bénéficié du groupe de l’opposition pour accéder au poste de président du Public Accounts Committee.
La récente et soudaine sortie du leader du PMSD contre l’ancienne ministre de l’Éducation Leela Devi Dookun-Luchoomun, qui est une figure de proue de son partenaire politique le plus récent, le MSM, est venue porter de l’eau au moulin de ceux qui évoquent des tractations nocturnes. Tout cela en ménageant l’actuel titulaire, Mahend Gungapersad, qui donne l’impression de tourner en rond.
Et mardi, alors même qu’il était prévu qu’il intervienne sur les amendements au Police Bill, Adrien Duval était absent de l’Assemblée nationale. On ne croit pas que ce soit sa présence en cour en sa qualité d’avocat ou de justiciable qui ait motivé cette dérobade puisque le texte a été débattu en fin d’après midi.
Certains croient que le scénario est déjà écrit et que tout s’accélérerait au retour de Navin Ramgoolam. Adrien Duval est annoncé démissionnaire pour permettre à son père Xavier de récupérer un siège de Best Loser et ainsi se voir installé au poste de ministre des Finances et de l’Intégration sociale, ce qui permettrait au fils de retrouver le siège actuellement occupé par Shirin Aumeeruddy-Cziffra.
On ne sait pas encore ce qu’en pensent les MMM, les ReA et Richard Duval, et si XLD exigera une place sur le front bench du gouvernement, mais la situation pourrait s’avérer très cocasse. Politique fiction ? Tout ceci est du fake, a réagi, hier, le secrétaire général du PMSD, Mahmad Khodabaccus. Vraiment lorsqu’on connait l’histoire du PMSD depuis 1969 ?
C’est le même genre de déclaration publique que l’on avait entendu en 2024 lorsque l’alliance du PMSD avec le MSM avait été conclue et que Sooroojdev Phokeer avait été prié, quelques semaines avant les élections générales, de se casser pour pouvoir faire de la place à Adrien Duval au perchoir.
Ceux qui s’attendent à une promotion au prochain remaniement seront sans doute déçus, mais certains savent qu’ils ne doivent plus se faire d’illusion. À commencer par Eshan Juman qui, après sa rencontre avec son leader Navin Ramgoolam, la semaine dernière, suivant le tollé provoqué par ses propos visant le ministre Deven Nagalingum et les « Rolls Royce qui resteraient au garage au profit des Minor » a été désavoué par le conseil des ministres sur le dossier du night market à Port-Louis.
Déterminé et précis, le premier député du N°3 avait même indiqué, mercredi, les dates de ce marché de nuit de la capitale, du 12 décembre au 4 janvier 2027, mais le conseil des ministres lui a administré, vendredi, un véritable camouflet en précisant que « no decision has been taken regarding the holding of night markets during the festive period in any region, including Desforges Street, Port Louis. »
La politique qui envahit le débat ne devrait pourtant pas occulter la question urgente de la drogue. Plus que les maroquins, les retournements ou les reniements, le dossier qui doit mobiliser tous les acteurs de la société est celui des stupéfiants. Parce que les drames ne sont plus anecdotiques, ils sont quotidiens.
Le cas de cette jeune fille de 17 ans, retrouvée morte probablement d’une overdose, seule dans une maison abandonnée à Baie-du-Tombeau, a interpellé et bouleversé plus d’un. Le psychologue Vijay Ramanjooloo a relayé avec beaucoup de compassion et d’inquiétude l’histoire de cette jeune fille qu’il a pu côtoyer en milieu carcéral. Dans une tribune publiée cette semaine, il a raconté le parcours triste de cette fille à peine sortie de l’adolescence.
Un engrenage infernal : séjour en prison, mauvaises fréquentations, consommation de drogue et un passage dans un shelter et, une fois laissée à la rue, plus aucun accompagnement, plus rien. Laissée à elle-même, elle a vite retrouvé les mêmes travers.
C’est un échec de la politique carcérale et de la réhabilitation, mais c’est aussi la faillite du combat contre la drogue. L’échec n’est pas le fruit d’un accident. Il est le résultat de décisions retardées sur le cannabis couplée d’une mafioisation du système caractérisé par ce nombre incroyable de policiers impliqués.
Lorsque, dans la même semaine, un officier de la National Coast Guard est interpellé pour vente de stupéfiant et que des officiers de rang sont impliqués dans un trafic transfrontalier, tout est dit…

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