Sommet Russie – Afrique 2026 : Moscou annonce 166 accords, place aux projets!

Ajouter en tant que source préférée sur Google

Maurice, une présence trop discrète… ?

- Publicité -

Le bilan communiqué par la Fondation Roscongress fait état de 104 accords et de 62 mémorandums signés lors du troisième sommet Russie–Afrique et des forums associés, les 28 et 29 octobre à Moscou. Énergie, investissements, formation, santé et médias figurent parmi les principaux domaines concernés. Reste désormais à traduire ces engagements en réalisations.

Quelques jours après la clôture du troisième sommet Russie–Afrique, les organisateurs en précisent les retombées. Selon le décompte de la Fondation Roscongress, opérateur de la rencontre, 166 documents de coopération ont été signés dans le cadre du sommet, du Forum économique et humanitaire et du Forum des médias. Ce bilan réunit 104 accords et 62 mémorandums, dont la portée varie : création de mécanismes de dialogue, partenariats universitaires, coopération technique ou préparation de projets industriels.

- Publicité -

Trois textes doivent encadrer la poursuite de ces échanges : la déclaration du troisième sommet, une déclaration sur la coopération dans les applications civiles de l’intelligence artificielle et le plan d’action du Forum de partenariat Russie–Afrique pour 2027–2029.

Le communiqué ne fournit toutefois ni montant global des investissements engagés ni calendrier détaillé de réalisation. Le nombre de signatures mesure donc d’abord l’étendue des partenariats annoncés. Il ne permet pas, à lui seul, d’évaluer les financements effectivement mobilisés ou les projets prêts à démarrer.
Anton Kobiakov, conseiller du président russe et secrétaire exécutif du comité d’organisation, souligne lui-même la nécessité de donner une suite concrète aux décisions. Il met notamment en avant les commissions intergouvernementales, les investissements, les partenariats scientifiques et la formation de spécialistes comme bases d’un travail de longue durée.

- Advertisement -

Des débouchés industriels et énergétiques

Le volet économique occupe une place centrale. Des accords prévoient la création de commissions intergouvernementales avec le Sénégal, la République démocratique du Congo, le Niger, le Kenya et le Soudan du Sud. Ces structures doivent organiser les échanges dans les domaines commercial, économique, scientifique et technologique.
Plusieurs annonces concernent directement les ressources naturelles. Le groupe russe Rusal a signé avec la Ghana Integrated Aluminium Development Corporation un mémorandum visant la création d’une entreprise commune d’extraction et de transformation de la bauxite. La banque de développement VEB.RF a, pour sa part, conclu un mémorandum avec la Banque confédérale d’investissement et de développement des États du Sahel.

Au Soudan du Sud, les documents signés entre Zarubezhneft et le ministère du Pétrole portent sur une éventuelle participation de l’entreprise russe à des consortiums de production pétrolière. À ce stade, le communiqué présente donc une perspective de participation, sans annoncer une opération définitivement conclue.
Dans le nucléaire civil, Rosatom a signé des documents de coopération avec le Togo, le Rwanda et l’Ouganda. Ils concernent les usages pacifiques de l’énergie atomique et les infrastructures correspondantes. Des mémorandums ont également été conclus dans les transports avec le Mozambique, la Sierra Leone, le Kenya et la République centrafricaine.

La Russie cherche parallèlement à structurer ses relations avec les organisations régionales. Roscongress fait état de mémorandums avec la Communauté d’Afrique de l’Est, le COMESA et le secrétariat de la Zone de libre-échange continentale africaine, ainsi que de plans d’action avec plusieurs institutions africaines. La SADC a confirmé séparément la signature, le 28 octobre à Moscou, de son plan de coopération avec la Russie.
Formation, santé et technologies au programme
Au-delà des matières premières et de l’énergie, le bilan accorde une place importante à la formation. Des universités russes ont développé leurs partenariats avec des établissements du Mali, du Nigeria, du Zimbabwe, du Soudan et de l’Éthiopie, entre autres.

L’Université russe de l’amitié des peuples Patrice-Lumumba a conclu des accords avec trois universités nigérianes. Le ministère russe de la Science et de l’Enseignement supérieur a également signé des documents avec l’Angola, le Niger, le Togo et Madagascar, couvrant l’enseignement supérieur, la recherche et l’innovation.
Dans l’agriculture, PhosAgro annonce des accords avec des universités sud-africaines et éthiopiennes pour soutenir des recherches et des programmes éducatifs communs.

Les technologies spatiales et les drones constituent un autre axe. Roscosmos a signé un mémorandum de partenariat stratégique avec la Tanzanie, tandis que le groupe Geoscan a conclu des accords avec des partenaires africains dans la prospection géologique et les systèmes aériens sans pilote.
En santé, les engagements cités concernent notamment la République démocratique du Congo et la République centrafricaine. L’agence sanitaire russe Rospotrebnadzor a signé des mémorandums avec la Centrafrique, Madagascar et le Mali. Un accord intergouvernemental avec l’Éthiopie porte également sur l’hôpital de la Croix-Rouge russe Dejazmach Balcha, à Addis-Abeba.

Un important volet médiatique

La coopération dans l’information représente 29 documents, selon les organisateurs. TASS, RT et Rossiya Segodnya figurent parmi les signataires russes, aux côtés de partenaires du Mali, du Burundi, du Ghana, de l’Éthiopie, de la Mauritanie, de la Tanzanie et du Nigeria notamment. Les engagements portent sur les échanges d’informations et la diffusion audiovisuelle.
Roscongress revendique, de son côté, 29 documents avec des organisations économiques, des structures d’investissement et des partenaires engagés dans la coopération avec la jeunesse.

Au total, les 166 signatures se répartissent entre 64 documents au niveau interadministratif, 44 entre universités, entreprises et organisations, 29 dans les médias et 29 conclus par Roscongress.
La prochaine étape sera celle de l’exécution : préciser les financements, fixer les échéances et rendre compte des résultats. Le plan d’action 2027–2029 offre un cadre à ce suivi. C’est à l’aune des projets effectivement lancés, des formations dispensées et des infrastructures réalisées que pourra être mesurée la portée de cette nouvelle séquence du partenariat Russie–Afrique.

Un rendez-vous manqué pour Maurice ?

Dans cette moisson de 166 documents annoncée par Roscongress, Maurice ne figure pas parmi les pays expressément cités comme bénéficiaires d’un accord. Elle reste concernée par le volet régional, à travers le COMESA, la SADC et l’Union africaine. Reste à savoir ce que sa participation aura permis d’obtenir concrètement : quels contacts, quels projets et quelles perspectives pour le tourisme, la formation, la recherche ou les investissements ? Le communiqué des organisateurs ne permet pas, à lui seul, de répondre à ces questions.

——————————————

Maurice : les interrogations d’une présence discrète

Maurice a-t-elle sous-évalué le troisième sommet Russie–Afrique ? Le niveau de sa représentation résultait-il d’un arbitrage diplomatique, de contraintes d’agenda ou d’un souci d’économie ? La question mérite une explication. Alors que 22 pays étaient représentés par leur chef d’État ou de gouvernement, Maurice avait choisi, selon la liste des délégations consultée, d’y dépêcher Janmajaising Bissoondoyal, secrétaire aux Affaires étrangères.
La compétence du diplomate n’est pas en cause. Mais un secrétaire aux Affaires étrangères ne dispose pas du même mandat politique qu’un ministre, encore moins d’un Premier ministre. Dans ces rencontres, les échanges directs entre dirigeants permettent de porter une demande, de solliciter un arbitrage et de donner une impulsion au travail des administrations. Le niveau de représentation ne garantit pas les résultats ; il peut néanmoins élargir les possibilités.

Les Chagos justifiaient une mobilisation

Le dossier des Chagos constituait une raison majeure d’investir politiquement ce rendez-vous. L’Union africaine a constamment soutenu les revendications mauriciennes. La Russie s’est également prononcée en faveur du respect de la résolution des Nations unies sur l’archipel. Ces soutiens doivent être entretenus et mobilisés pour faire aboutir le processus de décolonisation.
Dans un sommet plaçant la souveraineté au cœur des discussions, Maurice disposait d’une tribune pour rappeler ses droits, exposer les obstacles et demander un accompagnement diplomatique renouvelé. Une présence au sommet de l’exécutif aurait pu donner davantage de portée à cette démarche. Défendre les Chagos exige aussi de maintenir le dossier à l’agenda de partenaires déjà acquis à la cause mauricienne.

Des intérêts économiques à défendre

Les possibilités dépassaient cette question de souveraineté. Le tourisme russe offrait un sujet concret de discussion : promotion de la destination, relations avec les voyagistes et perspectives de desserte aérienne. La liaison assurée par Aeroflot a montré l’intérêt d’un accès direct. Sans présumer de sa viabilité actuelle, ce dossier méritait des échanges entre responsables politiques, autorités touristiques et opérateurs.
La MTPA ayant déjà mené une mission en Russie en juin, le sommet pouvait prolonger ce travail. Il s’agissait de soutenir une démarche commerciale engagée, avec des objectifs précis et des interlocuteurs identifiés.
Formation, santé, eau, énergie et économie bleue ouvraient également des pistes : bourses, partenariats universitaires, recherche marine et coopération technique. Aucune ne constituait un bénéfice acquis. Toutes justifiaient une préparation et un suivi.

Économiser, mais selon quels critères ?

Si le coût du déplacement a pesé dans la décision, le gouvernement doit le préciser. Aucune information établie ne permet aujourd’hui d’en faire la raison du choix mauricien. La maîtrise des dépenses publiques reste nécessaire, mais elle suppose d’évaluer aussi l’utilité attendue d’une mission.
Une petite délégation politique, préparée autour de quelques dossiers prioritaires, peut être plus efficace qu’un déplacement nombreux sans programme substantiel. L’enjeu est de savoir où une présence politique peut servir le pays et quels résultats elle doit rechercher.
Le gouvernement doit donc présenter le bilan mauricien : quelles rencontres ont eu lieu ? Les Chagos ont-ils été abordés ? Quelles propositions économiques ont été défendues ? Quel suivi est prévu ?
Sans ces réponses, conclure à un échec serait prématuré. Mais la discrétion de Maurice laisse une interrogation légitime : avons-nous proportionné notre présence à nos moyens, ou sous-estimé ce que nos intérêts exigeaient ?

EN CONTINU ↻